XIV – Chasseurs de Reliques

CHAPITRE 3 : LE MONDE SOUTERRAIN DE NAHANG’HOG

Où les trois compères rencontrent des créatures surprenantes : les Orks.

Où les deux groupes fusionnent pour unir leurs forces et parcourir le Sous-Monde.

Où la Souffrance montre l’un de ses multiples visages à Abjectalia.

Où les compagnons traversent les profondeurs de Nahang’Hog – catabase héroïque.

Où l’Enfant montre qu’il a gagné en puissance, suite au Premier Eveil, sous Morte-Lune.

« Les Orks nous ont sauvés, et enseignés tant que choses que je ne pourrais jamais les remercier assez. Œil-de-Feu. Poing-Tonnerre. Aigle-Tempête. Souffle-Dragon. Ours-Agile. Vos noms sont gravés dans mon cœur et ma mémoire pour l’éternité.

Leur quête pour Stormanea était noble, et nos intérêts convergeaient vers un même idéal de rédemption et de vengeance.

La traversée du monde souterrain de Nahang’Hog fut riche en apprentissages et émotions.

La puissance du Ki et des Arcanes m’embrasa, et je m’éveillais un peu plus au monde, à Tenebrae.

 

XIV – Chasseurs de Reliques

 

Une fois remis de leurs émotions, les trois compères entament la conversation avec le groupe de créatures, qui semblent pacifiques. Elles s’expriment assez bien dans la langue qui est celle des enfants, assez courante sur Tenebrae – surtout la plus massive, un grand guerrier à ce qu’ils comprennent, ainsi que le plus mince, un chaman.

« Roooh, zaurié vu vos tronches ! » se marre toujours le colosse en armure.

Ce sont des Orks, féroces barbares à la peau verte, comme des Gobelins mais en plus grands et plus forts. Persécutés à la surface de la planète, ils ont été contraints de quitter leur citée dévastée, bien que cachée au creux d’une forêt, afin de se mettre en quête de reliques, armes et équipements puissants à mettre au service de leur vengeance.

Suite aux présentations, le groupe établit un campement dans la salle directement attenante au tunnel, de dimensions plus confortables. Les Orks sont cinq en tout, tous des guerriers hormis le chaman qui se dénomme Œil-de-Feu, et dont l’autorité parait égale à celle du massif berzerker, Poing-Tonnerre. Leurs vêtements de toile, peaux et cuir sont usés par l’aventure, mais toujours plus présentables que ceux de Kharn et Phoebos. Leurs armes, armures, les sacs à dos pleins à craquer et tout l’attirail impressionnant qu’ils trimbalent confirment la détermination avec laquelle les chasseurs de reliques comptent poursuivre leur quête, accomplir leur mission.

Le premier des trois autres s’appelle Ours-Agile, joyeux spécialiste du fléau, une arme étrange constituée d’un long manche, d’une chaîne et d’une boule de métal garnie de pointes et plus grosse que sa tête, qu’il manie par paire. Le second est Aigle-Tempête, tekno du groupe, adepte de la gâchette et des explosifs en tout genre, exubérant et habile personnage. Le troisième ork est le seul individu féminin, discrète mais à peine moins baraquée que ses congénères, maniant une arme capable de cracher des flammes, à laquelle elle voue une affection brûlante, Souffle-Dragon. Très séduisante avec sa chevelure de feu – du moins, pour une ork.

Le plus imposant, Poing-Tonnerre, qui doit faire plus de deux mètres cinquante de haut, presque trois mètres, manie un tranchoir presque aussi grand que lui. Son énorme manche d’acier ornementé supporte une lame menaçante, qui impressionne vraiment Phoebos et Kharn. Après avoir retiré son armure, il leur explique également que celle-ci est rituellement enchantée, spécialement pour encaisser les coups les plus violents et décupler sa force de maître berzerker. Sur ce, il grimace son plus beau sourire, sort une canette de son sac, la décapsule, puis la vide entièrement en deux goulées, la broie et la jette à ses pieds.

Mais pour Phoebos, le plus intrigant de tous est sans aucun doute Œil-de-Feu. Par bien des aspects il lui fait penser à Grand-Père. Par le calme qui le caractérise d’abord, ainsi que ses colliers probablement magiques, et sa grande cape de fourrure rouge et or – bien que plus ostentatoire que celle de l’Ancien. Phoebos sent également la puissance qui se dégage de lui, intense mais… troublée. Les tatouages et scarifications qui parcourent les parties visibles de son corps imposent réellement le respect. Sur son torse découvert, un énorme joyau écarlate est enchâssé dans l’un de ses pendentifs. Enfin le chaman s’appuie sur un long bâton de pierre, couvert d’inscriptions runiques et parsemé de lierres dansants.

« Zavez faim, les mômes ? Alors cé parti pour la popotte. »

Œil-de-Feu fait léviter sept grosses tranches de viande au dessus du feu magique qu’il a allumé, et les saupoudre d’une multitude de fines herbes séchées tirées de son sac. Puis il ouvre une petite fiole et verse un liquide crémeux sur chacune d’entre elle. Ce sont leurs derrières rations de viande, mais ils veulent faire plaisir à leurs hôtes, et puis ça ne leur fera pas de mal de se remplir un peu la panse. Une odeur agréable se dégage rapidement de la préparation, et fait lécher les babines de Phoebos, Kharn et Garulo. Tout en surveillant la cuisson, le chaman plonge son regard dans les flammes, pratiquant silencieusement la pyromancie.

Les autres orks vérifient consciencieusement leur équipement, afin d’en tirer le maximum en combat. Souffle-Dragon frotte méticuleusement son étrange arme, tout en inspectant les différents voyants lumineux situés sur la crosse, tandis que le cœur de plasma ronronne tranquillement. Aigle-Tempête inspecte ses flingues sous tous les angles, à travers ses étranges lunettes bariolées – des lunettes de Lune. Puis il s’efforce de contrôler les dispositifs de sécurité de ses explosifs, et autres gadgets. Ours-Agile a quitté son armure et déposé ses lourdes chaînes sur le sol, pour vider quelques canettes avec Poing-Tonnerre.

Ils savourent leur pitance tout en continuant à bavarder, et Phoebos leur raconte plus en détail les derniers évènements qu’ils ont vécus, et les questionnent sur leur objectif : le Nord, les Cités des Hommes… Œil-de-Feu fronce les sourcils. Il réfléchit puis leur demande :

« Vous konnaissez pô grand chose de l’immensité de Tenebrae, mmm ? »

Phoebos reste muet et hausse les épaules, conscient de son ignorance en ce domaine – et beaucoup d’autres. Kharn et Garulo haussent les épaules pour l’imiter.

« J’vous la fé en rapide, alors ? »

Phoebos acquiesce avec reconnaissance tandis qu’Œil-de-Feu déplie une carte grossière de Tenebrae. De nombreux lieux sont indéfinis, approximatifs. Les contours du continent de Monstrogho sont visibles, et la région où ils se trouvent est plus détaillée que le reste.

« Nous sommes aktuellement au kœur d’un Donjon appelé Nahang’Hog, sans doute parmi les plus anciens et les plus vastes de Tenebrae, au sud-ouest du grand kontinent de Monstrogho. Et à ma konnaissance y’a seulement deux Cités des Hommes sur Tenebrae : Abjektalia et Solaaris. Si vous cherchez vot’ mère, et les survivants de vot’ tribu, faudrait tenter la plus proche, située en ce moment très loin juste au dessus d’nos têtes : Abjektalia. Mais cé une ville maléfike, pleine de parias de toutes zorigines, sous le kontrôle des derniers Mages Noirs. Le Zodiak des Ténèbres. Y’a bien longtemps, ceux-ci trahirent la race humaine et furent chassés de Solaaris. Ils s’exilèrent alors pour fondé c’te cité maudite. La seule loi en vigueur est celle du plus fort, et le trafik d’êtres vivants se tient à même la rue, ou bien dans les nombreux lieux de déperdition où s’mêlent trafikants, tueurs et autres psykopathes en tous genres. »

Phoebos hésite quelques instants, le temps de s’imprégner de ces paroles, et de certains mots aux significations inconnues mais qui sonnent comme des promesses désagréables à ses oreilles. Il ouvre la bouche pour répondre lorsque le chaman l’interrompt :

« C’ke j’vé dire va pas vous plaire, mé il le faut. Abjektalia est beaukoup trop dangereuse. Mortellement dangereuse, c’t’un euphémisme. Alors… oubliez cette idée pour l’instant, et suivez nous au kœur du Donjon. De toute façon, cé p’t’être vot’ seule chance de r’monter en vie à la surface, et de survivre une fois là-haut. Et j’pense ke ce sera une expérience très instruktive pour tous… » conclut-il avec l’œil brillant.

« Mais nous n’avons pas le temps ! Où sont notre mère, nos frères et nos sœurs en ce moment ? N’importe quoi peut leur arriver ! Nous devons les trouver avant qu’il ne soit trop tard ! »

Le chaman hésite quelques secondes, puis choisit de dire la vérité.

« …Chui désolé d’vous décevoir, mé il est probable ke d’toute façon, nous arrivions trop tard… S’ils ont d’la chance, ils seront p’t’être mis au service de maîtres misérikordieux… Mé sinon, dans tous les aut’ kas… impossible de les retrouver… jamais. »

Phoebos encaisse le coup et reste silencieux, cependant que la rage monte en lui.

« Jamais ? Jamais je n’abandonnerai ! Et je continuerai de lutter pour sauver ceux que j’aime ! A tout prix ! Vous ne comprenez pas ? »

Les cinq orks se regardent puis baissent tristement les yeux. Une larme coule sur la joue du chaman qui détourne la tête. Poing-Tonnerre reprend finalement la parole de sa voix caverneuse :

« Oooooh si… Nous komprenons trop bien… Nous zaussi, zavons perdu dé zêtres chers. L’dernié y’a kelkes nuits, avant d’rentré dans c’donjon… Karnodon-Gris, abattu par une patrouille dé Skadrons d’la Mort… »

Le guerrier marque un court silence.

« Foutue guerre kontre Abjektalia… L’a éklatée y’a cink années lunaires… Deux années seulement d’puis l’Nouvô Millénium. Dé bandes d’hommes, orks noirs, ogres, trolls, minotaures, zelfes noirs, ont envahi nos forêts, plaines et montagnes. Et zont tout ravagé… Zont tué nos femmes, nos zenfants, nos zamis… Kel malheur…

Mé faut kontinué à vivre, pi espéré… Lé survivants, dont nous f’zont parti, se sont séparés afin de r’trouver lé dons d’nos ancêtres : trois artefakts sakrés ke nous pourrons utilisé pour délivré not’ terre, Orkalia.

Not’ groupe est à la r’cherche du plus puissant artefakt, Stormanea, la Kouronne des Orages. Découverte jadis par le premier Roi Ork, Harukh Morglum, ki l’a transmise à ses successeurs, pendant des sièkles.

Jusk’à c’ke la guerre kontre Abjektalia éklate, et k’le roi Harukh Torg parte à l’est avek son armée, marché kontre les hordes noires de la Cité maudite. Ils luttèrent des dizaines durant pour repoussé l’envahisseur, au prix de pertes kruelles de chake kôté. Mé la veille d’la plus importante bataille, on dit k’une ombre pénétra dans la tente du roi, et s’empara d’la Kouronne. Aveuglé par la kolère, il la poursuivit en dehors du kampement. Un d’sé lieutenants parvint à l’suivre et à en r’venir vivant. Il rakonta k’au bôôô milieu des marais, not’roi disparut dans lé zentrailles de Tenebrae. Mé la bataille fut perdue sans son général, et Orkalia souillée à jamais…

D’puis, nous zavons tout kitté pour partir sur l’sentié d’la guerre. Et tant k’une flamme de vie brûlera en moi, je n’abandonnerai jamais ma kête ! »

Poing-Tonnerre broie la canette qu’il tenait dans la main, et la jette sur le sol. Phoebos baisse la tête, mais la rage continue de monter en lui. Il serre les dents et les poings.

Tuer ? Vivre ou mourir ?

Une aura d’énergie commence à se dégager de lui sous l’effet de la colère. Il n’y prête pas attention, mais le chaman ork le remarque.

« C’est donc ÇA, le monde dans lequel on vit ?!? Toujours se battre pour survivre ! Pourquoi tant de morts, tant de larmes ? »

Kharn ne comprend pas tout, mais il grogne pour manifester lui aussi son mécontentement, bientôt suivi de Garulo :

« Grrrrr… Rooooolooooo ! »

Ils ont partagé quelques canettes avec les orks, et leurs yeux sont brillants. Le breuvage semble leur avoir apporté quelque réconfort.

Œil-de-Feu pose une main sur le crâne de Phoebos, qui se sent aussitôt apaisé. L’Enfant plonge les yeux dans ceux du chaman, et ne peut laisser échapper une larme écarlate. Puis il se jette contre lui, au creux de ses bras, et éclate une nouvelle fois en sanglots.

La toute dernière fois avant très longtemps, c’est promis.

« Chut… Ça ira, tout va bien aller. Kalme-toi… Chut… »

Ils se couchent bientôt, et chacun pense longuement à cette discussion avant de trouver le sommeil. Œil-de-Feu veille devant le feu pour le premier tour de garde, tirant de grandes bouffées sur sa pipe. Il surprend Phoebos qui s’agite et parle en dormant.

« Non… Ania… Lune… Tenebrae… Tuer… Non… »

 

Ki est donc cet Enfant ? Lui-même ne semble pas le savoir. Né dans la Tribu, ou tombé du ciel ? Et tout ce sang sur ses vêtements, sur son visage… Ses petites kornes, ses oreilles pointues… Ses cheveux bleus et noirs dressés sur la tête… Ses pendentifs au kou. Ses yeux de chat. Ses yeux … Cette chose dans son regard. Cette kolère. Cette envie de vivre et mourir à la fois, avec une telle intensité ! Comme s’il portait la souffrance de toute la planète en son cœur… Il est comme une pierre enkore brute, ki attend d’être taillée en un joyau étincelant. A la pureté sans égale, mais ki menace de se briser au moindre chok mal ajusté.

Même son frère paraît moins étrange. Il a l’âme d’un enfant, mais son korps est celui d’un kolosse… Le gigantisme, comme chez certains berzerks orks. Mais lui, si jeune… Jusqu’où pourra-t-il grandir ? S’il survit… Il ne dit rien, mais observe le monde. Sans tout enregistrer, seulement en gardant la meilleure partie. Mais ki peut l’en blâmer ? En tout cas il suivra son frère jusqu’au bout, c’est une certitude.

Et le dernier, Garulo, pauvre petit singeloup également viktime de la folie de ce monde. Il est bien plus désarmé face à la vie ke les deux autres. Mais lui aussi peut apprendre. Grandir, et vivre.

Ces malheureux orphelins… Nous devons les aider à survivre. Nous pouvons leur enseigner ce ke nous savons. Et peut-être nous aideront-ils même dans notre kête, puis nous ferons tout notre possible pour eux. Pour l’espoir d’un monde meilleur, pour Tenebrae…

 

Le chaman pose sa pipe éteinte à côté de lui, et attrape son sac de cuir. Il en sort une peau et quelques accessoires de couture, et se met à l’ouvrage.

 

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