V – PHOEBOS

V – PHOEBOS ¥

 

L’Ancien allonge l’Enfant sur la table de pierre, dans l’extension de la vaste hutte patriarcale. Il recouvre la pierre d’un drap blanc, provenant de ses possessions personnelles antérieures à la naissance de la Tribu. Partout ailleurs règne un merdier total, que l’Ancien n’a pas eu le courage de ranger la veille : d’innombrables objets, occultes ou non, sont éparpillés au sol, contre les murs et sur les étagères de bois. La lumière du foyer central pénètre timidement depuis l’autre pièce, à travers le rideau de peau. L’éclairage ambiant provient essentiellement d’une multitude de petits pots de terre, qui abritent chacun une bougie donnant naissance à une douce flamme.

A l’aide d’un peu d’eau, l’Ancien entreprend de faire la toilette de l’Enfant. Il est toujours couvert de sang, mais gazouille en toute innocence. De ses mains ridées, le vieil homme frotte délicatement cette peau d’apparence si pâle et si fragile, pourtant si douce et si chaude, afin d’en retirer les plumes et le sang séché qui y sont collés. A travers ses yeux éteints, l’esprit éclairé de l’Ancien distingue les pulsations d’énergie vitale qui émanent du petit être. L’Enfant le dévisage en retour de ses yeux dorés, aux fines pupilles d’un noir profond, presque comme celles d’un félin. Ce n’est plus vraiment un nouveau-né… Il doit avoir vu la nuit, et la lumière de Lune, depuis près d’un cycle déjà…

« Enfant tombé du ciel, qui es-tu ? Es-tu le Fils de Lune, celui que nous attendions ? »

L‘Ancien se tourne vers l’étrange berceau, posé à proximité, et continue de s’interroger sur les origines de l’Enfant. Aucun moyen d’en apprendre plus par simple observation. Aucune note écrite laissée par les cigognes, ce serait trop facile… Alors le vieil homme trace un symbole complexe, invisible, sur le front pâle du petit être. Il murmure quelques mots incompréhensibles, respire un bon coup et ferme les yeux. Il se concentre quelques instants, afin d’établir un lien invisible entre sa psyché et celle de l’Enfant.

Une succession d’images apparaissent directement dans l’esprit de l’Ancien, à une vitesse et avec une intensité inimaginables, qui le prennent par surprise. Des scènes de réjouissance. Des scènes de rédemption. Des scènes de combat, de violence et de mort, surtout.

Le sang coule à flot devant les yeux de l’Ancien.

 

Un château noir, l’orage qui déchire le ciel, l’énergie de Lune qui balaie Tenebrae. Des cris, du sang, des larmes. Une lutte acharnée entre ennemis mortels, entre amours impossibles. L’antithèse d’un monde de Paix et d’Amour.

Une voix douce : « Phoebos ? »

Tempus Fugit.

Le ciel est d’une noirceur insondable, seulement illuminé par les nombreux éclairs qui frappent régulièrement la surface de Tenebrae. Une lueur rouge apparaît dans le ciel, lentement le point se transforme en disque. A l’apogée de Morte-Lune, majestueux disque rouge sang, une prodigieuse vague d’énergie déferle sur la surface de Tenebrae.

Tempus Fugit.

Une fine pluie d’hémoglobine tombe sur Tenebrae, tombe sur le visage de l’Enfant. Une gouttelette glisse jusqu’à la commissure de ses lèvres, et il l’avale avec extase. Il tend les mains vers Lune, suppliant de lui accorder le pardon. Il la désire. Il l’aime de tout son cœur.

Tempus Fugit.

Le cri de douleur de l’Enfant, crucifié sur la croix, retentit dans les profondeurs. Une couronne d’épines métalliques est déposée sur son front. Des filets de sang ruissellent sur son visage angélique. Une dague plonge dans son cœur.

Tempus Fugit.

 

L’Ancien rouvre brusquement les paupières, découvrant les globes pâles logés à l’intérieur de son crâne. Son visage est en sueur, profondément marqué par l’expérience intense et troublante qu’il vient de vivre. Il a totalement perdu la notion du temps. Est-ce déjà la nuit de Lune d’Amour ? Ses bougies consumées et la luminosité provenant du dehors semblent le confirmer.

Peu à peu, le vieil homme reprend ses esprits. Avant que les images mentales ne quittent sa mémoire, il griffonne quelques notes dans un petit carnet :

Lune d’Amour, Sixième Millénium, An 5000 de Tenebrae. Les chasseurs ont trouvé un Enfant tombé du ciel, aux pieds du Grand Arbre. Malgré la nature obscure des anciennes prophéties, j’aime à croire qu’il pourrait avoir un rôle à jouer dans l’avenir de notre monde. Mes yeux sont aveugles, mais pas mon esprit.

L’Ancien relève la pointe de son stylo. Sa main est tremblante, mais son écriture est précise. Il rajoute ces quelques mots :

En sondant mentalement l’Enfant, j’ai vu les images de ce qui semblait être une succession d’Eclipses de Lune. Passées ou futures, je ne saurais dire. Tumultueuses, certainement. Mais la Vie trouve toujours son chemin.

Le vieil homme hésite, puis repose son stylo.

« Puisse Lune veiller sur toi, Phoebos… Enfant du Millénium. Enfant venu d’ailleurs. Enfant tombé du ciel. La Tribu te reconnaîtra comme l’un des siens et t’offrira sa protection, tout le temps qui sera nécessaire. Et je ferai ce qui doit être fait, quelles qu’en soient les conséquences. »

L’Enfant s’est rendormi. L’Ancien le remet dans son berceau et sort de la hutte en le portant dans ses bras. L’Eclipse de Lune d’Amour n’a pas encore commencé, mais le ciel brille déjà de reflets bleus et rouges sensuellement mêlés. Le vieil homme s’avance en direction des hommes, femmes et enfants qui l’observent. Ils ont cessé toute activité dès qu’ils l’ont vu réapparaître. La Tribu au complet est rassemblée autour du feu, au cœur du village, afin de commencer les préparatifs pour la cérémonie de Lune d’Amour. Même Ania a séché ses larmes et rejoint les autres villageois. La viande est déjà en train de rôtir, présent du Grand-Arbre, dégageant alentours un parfum des plus alléchants.

L’Ancien attend que le silence se fasse. Tous les yeux sont figés sur lui. Il prend un peu de sang animal dans un récipient, et trace un cercle parfait sur le front de l’Enfant, comme le veut la tradition pour une naissance dans la Tribu.

« Oh toi, l’Enfant qui vient de naître, reçois en cette nuit la bénédiction de Lune d’Amour. Voici le cercle de Vie, symbole de Lune, du cycle des saisons et de l’éternel recommencement. »

Puis le vieil homme lève le berceau au dessus de sa tête et s’adresse à l’assemblée tribale :

« Lune et le Grand Arbre nous ont confié cet Enfant. Il est des nôtres désormais. J’ai parlé à Lune, et elle m’a révélé son nom. Il s’appelle Phoebos. »

L’Ancien se tourne vers Ania.

« Tu as perdu un fils la nuit dernière, Ania, et tu pleureras longtemps pour cela. Mais tu as été désignée pour prendre soin de celui-là. Il a les cheveux bleus, les yeux dorés et la peau pâle, mais c’est ton fils à présent. Je sais que tu es une très bonne mère, et que tu sauras bien t’occuper de lui. »

Ania prend le berceau dans ses bras. Troublée mais ravie, elle contemple l’Enfant, minuscule et fragile, tellement magnifique dans son sommeil. Après quelque hésitation, elle le sort de sa coquille, et le serre délicatement contre son cœur. Elle a besoin de sentir le contact de sa peau, et la chaleur qui se dégage de ce petit être. Son parfum d’innocence…

Malgré la nature singulière de l’événement, l’Ancien n’en dit pas beaucoup plus. Ce n’est pas son habitude. Il passe d’un groupe à l’autre pour chapeauter les préparatifs de la cérémonie, de l’hommage qui sera rendu à Lune cette nuit.

 

L’Eclipse de Lune d’Amour débute enfin.

Lune bleue se change peu à peu en un disque argenté scintillant, magnifique au milieu des volutes célestes rouges et bleues. Les villageois sont assis en cercle autour du feu, à siroter divers cocktails de leur composition tout en admirant l’Astre Divin. Assis dans le cercle, l’Ancien raconte des histoires des temps passés, de la mythologie de Tenebrae. Ensuite un groupe de danseurs masqués et costumés met en scène une chorégraphie baptisée « Tendre Lune », au son de chants mélodieux accompagnés de quelques bongos, flutes et castagnettes. La représentation dure le temps que l’Astre parvienne au plus haut dans le ciel, à son apogée, sa métamorphose quasiment accomplie.

L’Ancien commande alors de faire la prière de minuit, pour remercier Lune de protéger la Tribu, et de lui offrir son divin amour. En cercle, chaque membre de cette grande famille prend la main de son voisin et murmure les paroles rituelles qu’il connait par cœur. Puis chacun ouvre ses bras aux autres membres de la Tribu, pour leur communiquer tour à tour une marque d’amour. Les amis s’enlacent, se donnent l’accolade, se tapent affectueusement dans le dos. Les parents câlinent leurs enfants, qui le leur rendent bien. Les couples s’embrassent tendrement. Ceux qui le souhaitent se retirent un moment dans l’intimité de leur hutte, puis rejoignent l’assemblée un peu plus tard.

Les villageois n’en ont sans doute pas conscience, mais l’Ancien glisse une substance dont il a le secret dans les boissons distribuées au début de l’Eclipse, afin d’atténuer l’excitation sexuelle décuplée par Lune d’Amour et d’éviter que le rassemblement ne finisse en orgie générale, comme c’est le cas en de nombreux endroits de Tenebrae cette nuit-là.

Plus tard, les villageois reçoivent la portion de nourriture à laquelle chacun a droit, et entament ce copieux repas de fête. Pourtant la saveur des aliments n’a que peu d’importance cette nuit-là, en comparaison avec les précédentes Lune d’Amour. Tous pensent à l’Enfant tombé du ciel, si pâle et si fragile, si mystérieux. Chacun attend son tour de venir l’observer plus en détail.

Hormis sa chevelure bleue encore duveteuse, et les petites cornes dorées qui poussent au sommet de son front, Phoebos ne semble souffrir d’aucune autre mutation, bonne ou mauvaise. Néanmoins, le mystère de ses origines reste entier. Les chasseurs l’ont trouvé au pied du Grand Arbre… Avant cela, il semble être tombé du ciel… La flèche de lumière bleue était visible depuis le village lorsqu’elle a transpercé Oreanos. Mais avant cela ? Est-ce vraiment l’Enfant de Lune ?

Cet après-minuit, chacun reprend ses occupations des questions plein la tête. Inévitable est le monologue de l’esprit, dans une telle situation. Le cheminement mental diffère d’un individu à l’autre, mais les conclusions se tiennent. Cet Enfant est un cadeau des Dieux. Protégeons-le et aimons-le comme un des nôtres.

 

Phoebos dort d’un profond sommeil, contre le sein de sa mère d’adoption, Ania. Pleine d’attention, elle a préféré quitter le tumulte de la fête pour ramener le nourrisson au calme, dans la hutte familiale. Elle lui a donné le sein et maintenant, il rêve. Un rêve qu’il refera dans quelques années, mais qu’il va oublier pour le moment. Il existe un âge en dessous duquel il ne reste, une fois atteint l’âge adulte, plus aucun souvenir conscient.

Son rêve est étrange. Des ailes ont poussé dans son dos d’Enfant – ou tel qu’il se perçoit. De grandes ailes aux plumes dorées. Il flotte très haut au dessus d’une planète qui lui paraît immense. Il s’agit de Tenebrae, même s’il n’en a pas conscience. Juste un peu plus haut, au-dessus de lui, une couche de nuages noirs filtre les rayons de Lune, qui le réchauffent bien qu’il ne la voit pas. L’Enfant descend en direction de la surface, et survole une terre brûlée, où la végétation est rare et pathétique, une terre de poussière.

Soudain le vent souffle contre lui et ralentit son vol. Des tourbillons poussiéreux s’élèvent du sol et lui fouettent le visage. Un goût de cendre envahit sa bouche, suivi d’une autre saveur, étrange mais agréable : le goût du sang. Des sentiments ambigus s’emparent de lui, malaise et bien-être mêlés. D’où vient ce sang ? C’est le sien, son propre sang, qui lui coule sur le visage, et à la commissure des lèvres lui pénètre dans la bouche, mêlé à la poussière amère de la terre. Il pleure des larmes de sang.

Phoebos avance longuement dans la tourmente, mais ne renonce pas. Il s’efforce d’ignorer l’écoulement de fluide vital qui s’échappe de son corps, s’écoule depuis ses yeux et pénètre de nouveau en lui par la bouche. La tempête se dissipe peu à peu, et il voit apparaître au loin une tache sombre, incertaine. Mais plus il s’approche, plus cette tache devient nette, pour finalement révéler une ville gigantesque, dont il est impossible de discerner les frontières à l’horizon. Phoebos survole la ville avec émerveillement, ses jardins, ses constructions, ses habitants qui grouillent comme des fourmis. Les édifices sont de plus en plus hauts, projetant leurs reflets argentés sous Lune magnifique. Au cœur de la ville se dresse un Palais blanc, constitué d’une multitude de flèches dressées vers le ciel, lumineuses et superbes, dont la plus haute s’élève plus haut que les nuages, transperçant Oreanos.

Mais le ciel s’assombrit et l’instant lui échappe. Les nuages noirs d’Oreanos masquent Lune et projettent alentours leurs éclairs couleur de sang. La foudre frappe le Palais en de nombreux endroits, et à chaque impact celui-ci parait gémir de douleur. Un gémissement étrange, indescriptible, semblable à la fusion d’une multitude d’autres, comme si tous les habitants souffraient avec lui. A son tour le Palais saigne, par les orifices béants qui s’ouvrent en lui sous les coups de la foudre. Phoebos contemple cette beauté ravagée, sous une pluie de sang qui tombe toujours plus dense. Les gouttelettes écarlates forment un contraste parfait avec sa peau blanche, immaculée. Un éclair passe juste à côté de lui, flash de lumière aveuglant, suivi d’un vacarme assourdissant. Il s’aperçoit avec stupeur que l’orage surnaturel le menace également, visant toujours plus prêt, avec une insistance maléfique.

Enfin la foudre le frappe, et Phoebos sent une chaleur insoutenable envahir tout son être. Tout en lui et autour de lui n’est plus que souffrance et destruction. Le Palais s’effondre à l’instant même où son propre corps s’embrase, puis se décompose, et retombe en cendres chaudes sur les ruines de la cité.

Il se réveille.

 

Ania pose un regard inquiet sur l’Enfant. Elle essuie discrètement la larme de sang apparue au coin de l’œil, tout en le berçant contre son sein. Elle a senti la tension qui se dégageait de lui durant son sommeil, mais elle a tout de même préféré lui laisser vivre l’instant plutôt que de le réveiller. Les rêves sont sacrés, comme leur a dit l’Ancien. Nous en avons besoin pour affronter nos désirs, et nos démons.

Phoebos pousse un petit soupir et replonge dans le monde des songes. Plus agréables cette fois-ci, Lune d’Amour en soit remerciée. Ania repense fugitivement à la larme écarlate. Cela fait naître en elle un sentiment de peur – et profusion d’amour, également. Elle lui chante une berceuse, à propos de ceux qui partent par delà le Rempart et ne reviennent jamais…

 

A côté de ta mère
Fais ton petit dodo
Sans savoir que ton père
S’en est allé là-haut !
Même Lune est en colère
Et pleure tout bas
A côté de ta mère
Fais dodo mon p’tit gars

Pour te bercer je chante
Fais bien vite dodo
Car dans ma voix tremblante
J’étouffe un long sanglot
Quand la vie est méchante
Mon cœur sonne le glas
Mais il faut que je chante
Fais dodo, mon p’tit gars

Si la douleur m’agite
Lorsque tu fais dodo
Si une nuit on se quitte
Tu partiras là-haut
Sur la terre maudite
Bien loin tu t’en iras
Ne grandis pas trop vite
Fais dodo, mon p’tit gars

Somewhere else on Tenebrae, un nouveau-né verse également une larme. La sienne est une perle de cristal lunaire le plus pur. La petite créature est allongée sur un écrin de velours rouge brodé d’or noir, enveloppée d’un voile de soie argentée. Lune d’Amour baigne également son ciel de ses merveilleux rayons.

Elle rêve.

 

Trois nuits après Lune d’Amour, dans la Lande Foudroyée, les représentants de trois tribus voisines viennent rendre hommage à l’Enfant tombé du ciel. Eux aussi ont vu la traînée lumineuse percer Oreanos, et ont ressenti son appel. Trois éminentes délégations se sont hâtées de venir contempler le présent de Lune d’Amour. Elles arrivent en même temps aux portes du village, tout juste à l’apogée de Lune Sage, vers minuit.

En guise de présent, Mekior et ses Nains des cavernes apportent une énorme pépite d’or, aussi grosse que la tête de Phoebos, précieux fruit de leur labeur, qu’ils ont extraite de la terre à la sueur de leur front. Les Psy’kalien’s mutants de Baal’Ta’Zar offrent un petit coffret de poussière d’encendre, substance psycho-active facilitant la communication avec les Dieux. Enfin les habitants de la Rivière, les Aquaarius amphibies de Gaass-Paarr, déposent aux pieds de l’Enfant une fleur d’Asëa Eranion, d’une grande rareté et d’une beauté indescriptible, symbole de rédemption.

Le jour suivant leur arrivée, un orage formidable éclate et la terre se met à trembler. Nains, mutants et amphibiens se serrent les uns contre les autres, dans la grande hutte de l’Ancien, pendant que les villageois tremblent dans leurs propres demeures. Ce jour-là dans la Lande Foudroyée, aucun être vivant, y compris le Grand Arbre, ne parvient à trouver le sommeil. Mais au petit matin, l’orage a cessé aussi brusquement qu’il était apparu. Les répliques du séisme se sont sentir pendant quelques heures, puis disparaissent à leur tour.

Les délégations restent trois nuits et trois jours à festoyer, s’amuser et commercer avec la Tribu. Les quatre sages se réunissent plusieurs fois dans la hutte de l’Ancien. Ils examinent Phoebos, jauge sa puissance, sa pureté, et tentent de dénouer la trame de son destin. Celle-ci leur apparaît d’une rare complexité, tissée entre Lumière et Ténèbres.

Enfin les visiteurs prennent congés de leurs hôtes et repartent dans leurs domaines respectifs, le cœur plus léger.

 

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