XXIII – La maîtrise des Arcanes et du Ki

XXIII – La maîtrise des Arcanes et du Ki

 

Kharn et Garulo ressentent maintenant les effets des perles de Gyromitras avec plus d’intensité. Ils sont pris d’un fou rire démentiel. De la bave coule à la commissure de leurs lèvres. Les orks les maintiennent plaqués contre le sol de la caverne, aussi fermement que possible sans les blesser. Œil-de-Feu a tiré plusieurs herbes et onguents de son paquetage, et s’efforce d’apaiser les esprits drogués des deux enfants. Phoebos est affolé, il s’en veut d’avoir gardé toute son attention sur le combat, et n’avoir pu empêcher cette bêtise. Souffle-Dragon également, toute absorbée qu’elle était par la découverte du carnet de notes. Les Limax ont repris leurs couinements désagréables en fond sonore de la scène.

Malgré tous les efforts du chaman, les enfants sont pris de spasmes violents, le sang et le cerveau saturés par l’importante quantité de perles qu’ils ont ingérés, sous une impulsion de curiorité bien malheureuse. Poing-Tonnerre et Aigle-Tempête sont penchés sur Kharn, dont la force incontrôlable est la plus dangereuse. Ours-Agile et Souffle-Dragon tiennent Garulo, l’empêchant de battre l’air avec ses griffes. Le petit singeloup hurle comme un possédé, supportant moins bien l’intensité des effets de la substance. Ses yeux se révulsent, et il manque avaler sa langue. Œil-de-Feu l’en empêche, et s’efforce de ralentir son cœur, tout prêt à exploser.

« Je n’y arrive pas ! Phoebos, aide-moi ! »

Phoebos ajoute son énergie de guérison à celle du chaman, mais cela ne suffit pas. Tentant le tout pour le tout, il tire une graine magique de son sac, et la place entre les lèvres de Garulo. Avec l’aide du chaman il parvient à la lui faire avaler, et au bout de quelques instants le petit singeloup retrouve son calme, hébété mais hors de danger.

Mais la crise de Kharn atteint son paroxysme, et il faut bien toute la force du maître berzerk pour l’empêcher de déchaîner sa frénésie. pose les mains sur ses tempes, maintenant au mieux sa tête vociférante. Après plusieurs tentatives infructueuses, manquant se faire mordre, Phoebos lui fait gober à son tour une graine du Grand Arbre. Les effets se font rapidement sentir chez l’enfant, ses spasmes musculaires et ses battements de cœur ralentissent. Son corps est sauf, mais pour sauver son esprit le chaman continue son imposition des mains, et purge le Ki qui circule en Kharn. Peu à peu l’enfant s’apaise, et ses traits se détendent complètement.

Bientôt les deux imprudents dorment d’un lourd sommeil, toute menace de crise écartée. Phoebos se tient à leur chevet. Le chaman a fait taire les mollusques bruyants d’un sort de silence, et ramasse les perles toujours répandues à terre dans le tunnel. Puis il s’empresse de ranger le sac dans son bagage, non loin du carnet de note.

Œil-de-Feu et Aigle-Tempête inspectent les objects éclectiques trouvés dans la cavité murale, dernières preuves des expériences du dénommé Daïus Holthar, du Ministère de la Recherche des Mages Noirs. Ils trouvent une télécommande, destinée à contrôler la sphère lumineuse dans la caverne, la caméra de télésurveillance désormais détruite, et d’autres fonctions qu’ils n’ont pas le temps d’étudier. Une malette d’instruments médicaux, et d’instruments de torture. Des éprouvettes remplis de produits chimiques. Un pistolet à flechette. Un talisman orné d’une gemme sombre, et frappé du sceau d’Abjectalia : le Crâne Cornu Rieur. Une balise de localisation, magique et électronique. Œil-de-Feu et Aigle-Tempête font le nécessaire pour la désactiver. Le tekno fourre les objets dans son sac, pour les inspecter plus tard. Avec sa magie, le chaman pourra mener une analyse psychométrique pour en apprendre plus sur Daïus Holthar et ses motivations.

 

Les compagnons quittent la grotte du géant fou. Ils marchent plusieurs heures, mis à profit pour se remettre de leurs émotions. Enfin ils marquent la pause de fin de nuitée, et installent leur campement. Les orks astiquent leur attirail, comme à leur habitude. Le maître berzerk frotte la bosse impressionnante qui orne encore son crâne, mauvais souvenir du géant, à l’aide d’une pommade curative élaborée par le chaman. Souffle-Dragon, se sentant toujours un peu coupable, veille sur les deux enfants convalescents. Phoebos est soulagé maintenant que son frère et leur compère poilu sont hors de danger. Ses pensées reviennent à ses considérations habituelles. L’apprentissage du pouvoir, entre autre.

« Dis Œil-de-Feu, comment as-tu fait pour calmer Kharn, après qu’il ait pris la graine ? Juste avec tes mains… J’arrive à soulever des pierres, contrôler le feu, guérir les blessures mêmes. Mais je ne fais jamais qu’agir sur la matière visible, sur des choses que l’on peut voir et toucher… C’est facile… J’aimerai pouvoir aller plus loin, maintenant ! »

« Hum… » le chaman cherche ses mots, tout en allumant sa pipe. « En premier lieu, ne sous-estime pas tes capacités, Phoebos. C’est déjà un exploit de pouvoir manipuler les forces magiques comme tu le fais. Même la matière. Pour l’immatériel, c’est une autre paire de manche. Tu dois prendre le temps d’explorer l’immensité de ton esprit, pour mieux le contrôler, l’affûter, l’affiner… Apprendre à distinguer les innombrables flux d’énergie qui baignent les êtres, et le monde qui nous entoure. Alors seulement – et pas avant – seras-tu capable de maîtriser la quintessence des arcanes magiques. Mais je pense que tu es encore un peu jeune, même si tu es extrêmement doué. Surtout, il te manque encore un élément essentiel : la sagesse. Cela viendra avec le temps, ne sois pas déçu. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre. »

« Ne t’en fais pas, je comprends. J’apprendrai la patience… Mais j’aimerai tant pouvoir créer un bouclier comme le tien ! Pour vous protéger tous ! » reprend l’Enfant avec un enthousiasme débordant.

Œil-de-Feu, assis prêt du feu et des gamins convalescents, sourit chaleureusement à son jeune élève.

« Le Ki, Phoebos, le Ki. Le mana, l’aether, l’énergie magique, l’énergie spirituelle, peu importe comment on l’appelle. Là est la clé. Tu dois pouvoir le modeler à ta convenance, par la force de ton esprit. Tu dois penser très fort à la forme que tu veux lui donner, la visualiser même, et tisser la trame du Ki dans ce but. »

Le chaman fouille dans son sac, pendant que ses mots s’impriment dans l’esprit de son disciple. Avec le plus grand soin, il en sort un ouvrage épais et ancien. Il le caresse avec émotion, puis le tend à l’Enfant.

« Tiens… Jette un œil à ce grimoire. »

Dans un premier temps, Phoebos n’ose poser les mains sur cet antique recueil de connaissances, qui pulse paisiblement d’énergie à l’état pur. Mais il l’accepte finalement, avec une délicatesse exagérée mais sincère. Des souvenirs remontent à la surface de son esprit, des lectures qu’il faisait auprès de Grand-Père, au coin de l’âtre, dans la hutte patriarcale. Pour la première fois, une telle pensée fait naître l’ombre d’un sourire en bordure de ses lèvres, plutôt que de couvrir son cœur d’un voile de tristesse. Il se souvient de l’Ancien, qui refusait de le laisser manipuler seul un tel ouvrage. Et maintenant il comprend mieux pourquoi. Trop de puissance pour un si jeune enfant… Il repense à tous ces livres qui sont partis en fumée, cette nuit maudite où la Tribu a été anéantie…

« Je le tiens de mon maître, Bison Argenté. Et je n’ai cessé de l’enrichir avec le temps, afin de parfaire mes sortilèges et mon art. Des notes, des idées, des visions, des mots de pouvoir, des réflexions sur le monde… Des poèmes même, lorsque les muses daignaient me visiter… Pour tout initié aux arts magiques, un tel grimoire est un élément indispensable, tellement précieux. »

Phoebos caresse la couverture de cuir, en évitant de toucher les enluminures sang et or. Puis il parcourt les premières pages, découvrant le serment du chaman, les premières annotations inscrites par Bison Argenté, et les règles sacrées édictées par le Conseil. Oubliant tout autre chose alentour, il s’assied près du feu, à côté de son mentor, et de ses amis. Œil-de-Feu le guide jusqu’à la page dévoilant les secrets du bouclier de protection.

« Regarde les mots, les symboles, et essaie de comprendre leur signification. Je les ai retravaillés jusqu’à arriver à la combinaison qui me paraissait la plus appropriée. Une partie de ma force vitale, de mon Ki, imprègne ces lignes, et ces feuillets jaunis par le temps. C’est ce qui leur donne une grande partie de leur pouvoir. En les lisant, tu pourras y trouver une partie de tes réponses. Mais malgré tout tu devras trouver tes propres mots, suivre ta propre voie pour parvenir au bon résultat. Regarde, et apprends… »

Les deux initiés passent un long moment plongés dans le grimoire.

Parfois le cliquetis des armes et des armures leur rappelle la présence du reste de la troupe. Puis les orks se lancent dans la préparation du repas. Poing-Tonnerre peste contre cette « salop’rie d’géant d’pierre », qui n’était même pas comestible… Ses limaces auraient pu faire pour l’apéro, mais ils n’en ont pas pris. Le berzerk s’éloigne un peu pour dénicher quelque chose de plus consistant. Aigle-Tempête s’est lancé dans la préparation d’une poêlée de champignons, en assez grande quantité pour eux tous. Souffle-Dragon s’amuse comme une folle avec un jouet électronique, une “Gam’Boyz”, que lui a prêté le tekno. Ours-Agile est penché sur son épaule, et se marre avec elle, lui balançant de grandes tapes dans le dos lorsqu’elle gagne ou perd.

«Satané boss de fin d’niveau… Vas-y fé lui la fesse ! » l’encourage le berzerk.

« Et eux… Tu ne leur apprends pas la magie? » murmure l’Enfant au chaman.

« Très bonne question, mon jeune élève. Comme tu le sais, sur proposition du Conseil, les orks survivants à la guerre ont abandonné leurs noms pour suivre la voie du chaman. Afin de perpétrer nos traditions, notre sagesse, pour que brille encore une étincelle d’espoir… Mais j’ai tout essayé, et ces quatre là ne sont pas doués pour la magie… Chakun son truk, comme on dit chez nous. »

« Même avec des parchemins ? »

« Hmm, tu apprends vite. Non, même en lisant un parchemin, qui contient pourtant toutes les indications nécessaires, ils ne parviennent pas à modeler correctement les courants magiques qui nous entoure, et l’énergie du Ki en eux. En revanche, l’Ordre Berzerk a développé depuis longtemps des techniques très intéressantes pour utiliser cette énergie au combat. Mais patience, nous n’en sommes pas encore là… »

Le maître chaman sort un nouvel objet de son sac à malice, une étoile dorée sertie d’une pierre blanche étincelante. Œil-de-Feu passe une main devant la pierre, augmentant l’intensité de son éclat. Phoebos se masque les yeux pour ne pas être aveuglé.

« Oh pardon, c’est un peu fort. Ceci est un Talisman de Lumière. »

Œil-de-Feu passe la main devant la pierre, et celle-ci retrouve une intensité supportable.

« Comme pour un parchemin, la personne qui a créé ce Talisman y a enfermé une partie de son énergie, en lui donnant une forme particulière. Mais l’élaboration d’un tel objet est beaucoup plus complexe que l’écriture d’un parchemin, et la difficulté augmente avec la puissance de l’objet. Cette méthode peut aussi être utilisée pour créer une arme, tel le Tranchoir de Poing-Tonnerre, ou bien son armure. »

Œil-de-Feu repose le Talisman, tire une bouffée de sa pipe, puis reprend sa leçon.

« Regarde ma main. Chaque anneau renferme un pouvoir particulier, que j’ai appris à connaître pour bien le maîtriser. Regarde ce pendentif à mon cou, qui m’a été remis lors de mon accession au titre de maître chaman. Regarde le joyau du Feu Ardent qui y est enchâssé. Regarde mon bâton, et ses runes sacrées… Les objets enchantés acquièrent une énergie propre, qu’il est nécessaire de stimuler, et de contrôler pour en faire bon usage. »

« Waaaa… C’est fantastique… »

« Oui, mon jeune ami. Mais revenons au Talisman de Lumière. Il a été créé par Blanche-Marmotte, alors qu’elle était une toute jeune apprentie, déjà très douée. Son pouvoir est de concentrer la lumière, pour la rediffuser de manière amplifiée. Tiens, essaie. Approche-le du feu, vois comme il rayonne. Pas trop près, attention. Maintenant, tiens le bien au creux de tes mains, et concentre-toi. Essaie d’utiliser ton Ki pour contrôler la lumière. »

L’Enfant referme ses mains pâles sur le Talisman. Il tient l’étoile de métal doré d’une main, et plonge la pierre blanche dans l’obscurité de l’autre main. Puis il ferme les yeux, et contrôle le flux d’énergie qui s’écoule par ses paumes, comme lors de l’expérience de la flamme magique. Cette énergie pénètre lentement dans la pierre, qui ne tarde pas à se gonfler de magie, et irradier de lumière à travers ses doigts.

« Génial, ça marche ! Ouch, la pierre chauffe et devient brûlante ! C’est tellement facile, incroyable ! »

« Oui… C’est tout l’intérêt des artefacts magiques. Ce sont de puissants catalyseurs, qui permettent de modeler le Ki avec un moindre effort. Tu comprends leur importance. Ils peuvent faire toute la différence lors d’un combat, d’une bataille. Ou dans d’innombrables autres situations, selon le pouvoir qui leur a été donné. »

Œil-de-Feu tire une nouvelle bouffée de sa pipe, et esquisse un sourire triste.

« Je te confie ce Talisman, Phoebos. Prends en grand soin, et entraîne toi sans relâche à maîtriser tous ses pouvoirs. »

« Œil-de-Feu, merci… Encore un cadeau… Tu es beaucoup trop généreux avec moi. »

« Ne te méprend pas, Phoebos. Si je te fais ces cadeaux, c’est que cela m’emplit de joie. Je désespérais de trouver un apprenti auquel je pourrais transmettre mon savoir. Notre rencontre est un signe du destin, alors daigne accepter ce modeste présent. Car il était écrit qu’il en serait ainsi. »

« Merci, mille fois merci… Mais… si nous ne nous étions jamais rencontrés ? C’est le Talisman de Marmotte, tu dois beaucoup y tenir ? »

« Oh oui, c’est certain. Mais je souhaite encore plus ardemment que ce Talisman de Lumière te revienne. Et je suis certain que Marmotte aurait désiré la même chose. Ainsi elle continuera de vivre en toi, en quelque sorte. Mets-le précieusement de côté pour l’instant, et passons à la suite de notre leçon. Si les arcanes magiques sont un élément essentiel de notre Art, il existe également d’autres façons d’utiliser le Ki. Par exemple tout à l’heure, lorsque tu t’es concentré pour donner plus de force à ta flèche, tirée contre le géant. A l’inverse, si tu avais été la cible, tu aurais pu essayer de dévier cette flèche. L’énergie qui nous entoure peut être canalisée et modelée pour agir sur l’univers matériel. »

« Je vois ce que tu veux dire. J’ai fait ça sans y penser, par pur instinct… »

« Et je t’en félicite. C’est comme ça que ça doit marcher. Un guerrier par exemple, avec l’expérience, devient capable de sentir l’énergie vitale qui circule dans tout son corps. Avec de l’entraînement, il devient capable de ralentir ou d’accélérer l’écoulement de cette énergie. Economiser ses forces. Ou déchaîner sa fureur. »

« C’est ce qu’a fait Poing-Tonnerre contre le géant ? »

« Oui, exactement. »

« HOLA lé potos, on parle de moi ? Bougé vous d’finir vot’ papote, on va bientôt passé à la tambouille. Maté un peu c’ke jé chopé ! »

Le berzerk brandit par la queue une espèce d’énorme raton, gigotant avec frénésie. La bestiole se contorsionne et essaie de mordre celui qui le maltraite ainsi. Mais Poing-Tonnerre ne se laisse pas faire, et d’un revers parfaitement maîtrisé, lui explose la tête contre une stalagmite dépassant du sol.

« Ayé la bestiole est r’froidie, nous f’ra plus chier. Tiens Aigle-Tempête, mézy à kuire avek lé champis. Lé bien grasse, miam miam. En fait jé complèt’ment trop la dalle… Souffle-Dragon, tu voudré pas y foutre un koup d’rôtissoire lance-flam’ pour gagner du temps ? Komment ça cé pô fait pour ça ? Mouais, bon d’accord… »

Poing-Tonnerre se retourne vers Œil-de-Feu et Phoebos.

« Vous disié koi de bô ? »

« Hum, je lui expliquais les possibilités d’utilisation du Ki. Et on allait justement parler des techniques de l’Ordre Berzerk. Ecoute Phoebos, le principe est assez simple : concentrer le Ki dans une partie de ton corps, ce qui te donne une force ou une résistance supérieure, phénoménale. Hey boss, tu peux nous faire une petite démonstration ? Avec un caillou pour commencer ? »

« Waaa, trop fastoch’ !… Regard’zy bien, ça va allé très vite. »

Le colosse ramasse une pierre, plus grosse que la tête de Phoebos, mais qui dépasse à peine de son énorme main. Il la montre à l’assemblée, comme un prestidigitateur voulant prouver que son tour est réalisé sans aucun trucage.

« Maté ça. Là y’a une pierre. »

Il referme la main et le rocher est immédiatement pulvérisé en une poudre grisâtre, qui s’écoule à terre lorsqu’il écarte ses doigts.

« Et là y’a pu d’pierre ! »

« Mouais… Cé trop facile boss, t’as pris une kaillasse tout’ molle ! J’fé pareil ! »

Ours-Agile ramasse un caillou à sa taille et le broie tout aussi facilement. Les autres Orks esquissent un sourire, habitués à ce genre de défis entre les deux berzerks.

« P’tit kon va, hé ça tu peux l’faire ? »

Poing-Tonnerre s’approche d’une énorme stalagmite, et l’enlace de ses bras démesurément musclés. L’instant d’après, la pointe de pierre éclate en une infinité de cailloux de petite taille. Ne voulant pas en rester là, Ours-Agile s’empresse de faire de même. Il force comme un possédé sur une grosse stalagmite, jusqu’à ce que ses veines saillent sur ses tempes, ses biceps. Finalement la stalagmite se fissure et tombe en petits morceaux. Phoebos se lève et essaie à son tour, mais ne parvient pas à diriger une énergie suffisante vers ses muscles pour détruire le rocher.

« ET ÇA, VOUS POUVEZ L’FAIRE !? »

Le maître berzerk, soucieux de prouver qu’il est vraiment le plus fort, fait péter un énorme coup de poing dans un mur de la caverne. L’impact fait littéralement éclater la paroi, creusant un profond cratère circulaire qui s’étend du sol au plafond. Mais le choc se propage, et la caverne se met à trembler. Des morceaux de roches tombent vers le sol, risquant de blesser les compagnons.

D’instinct, Phoebos s’élance vers Kharn et Garulo. De toutes les forces de son esprit, il parvient à stopper la chute des pierres meurtrières juste au dessus d’eux. Œil-de-Feu également a été prompt à réagir, créant un bouclier magique de dimensions plus importantes. Seul Poing-Tonnerre n’a pas jugé utile de se mettre à couvert, car il n’a pas besoin d’une telle protection. Il se déplace légèrement, la tête levée vers le plafond, et lorsqu’un rocher tombe vers lui, il le pulvérise d’un coup de boule d’une grande puissance. Du sang s’écoule par une légère entaille au dessus de son sourcil gauche, mais il sourit au reste du groupe et salue pataudement, ravi de sa prestation…

Le maître chaman laisse éclater sa colère. Son accent ork le plus primitif reprend alors le dessus :

« MÉ CÉ PÔ VRÉ ! Ah ça cé sûr, cé toi l’plus fort, mé T’AS VRÉMENT UN P’TIT POIS DANS LA TÊTE ! Le plus fort pour faire nimp’ ouais ! Kelk’un aurait pu êt’ blessé ! Lé zenfants sont pô aussi kostos k’toi ! »

« …Ah ouais, merde… Chui désolé !… » laisse échapper un Poing-Tonnerre un peu penaud.

« Putain boss tu krains du boudin !… T’as dékonné, tu m’as fé perdre ma partie d’Gam’ Boyz ! »

« GRRR… »

« Nan putain tap’ pô la tête, tap’ pô la tête !… »

 

La nuit suivante, les compagnons reprennent leur marche dans les profondeurs de Nahang’Hog. Kharn et Garulo ont repris connaissance, mais restent silencieux, comme s’ils avaient une sale gueule de bois.

Aigle-Tempête s’approche de Phoebos.

« Hey gamin, cé trop kool c’ke l’chaman t’as appris. Etre un chaman, c’est vrément la klasse. Mais putain sans dek’ faut faire ‘achment gaffe… La magie ça fé pas tout… »

« Oui, c’est sûr. »

« J’avé un frère k’été chaman, et ben maint’nant ilé raide mort, six pieds sous terre… Pendant la dernière guerre kontre Abjektalia d’mes deux, il sé pris un putain d’missile. Eh beh j’peux t’dire ke bouklier d’énergie ou pô, on l’a r’trouvé éparpillé en p’tits morceaux façon puzzle… Cété franch’ment moche à voir, j’te l’garantis. »

« …Désolé… »

« Non, t’en fais pô mek. L’a buté paket d’ogres et d’géants avant d’krever. Ilé mort en héros. Cé pas l’blème. C’ke j’voulé t’dire, cé d’faire ‘achment gaffe aux flingues, et toutes lé zarmes de teknologie. Paske ça pardonne pô. Sauf si té kapable d’arrêté les balles, les lasers, les missiles… Mais là, ça veut dire k’t’es déjà un putain d’balèze… »

Le tekno lui montre son énorme flingue en acier chromé. Phoebos a déjà été témoin des dégâts qu’était capable de produire une telle arme.

« Tu peux avoir la hache la plus maouss’, ou plein d’pouvoirs… Mé kontre ça, j’en konnais pô des masses ki font les marioles… Bam ! Une putain d’balle bien kallée dans la tronche, et tu t’retrouves fissa à faire la papote avek les pissenlits et les vers de terre. »

Œil-de-Feu observe la discussion du coin de l’œil, tout en marchant en appui sur son bâton. Il tortille sa barbichette de plus en plus fournie, de plus en plus blanche également… Mantisss est partie en éclaireur, tandis qu’un essaim de lucioles voltige autour d’eux. La troupe avance à bons pas, de plus en plus proche de son but.

Après sa discussion avec Aigle-Tempête, l’Enfant semble méditer aux enseignements de la nuitée dernière. De la main droite, il tient fermement sa lance tribale. L’autre main est serrée sur le Talisman de Lumière, qui pulse par intermittence. Sans relâche, Phoebos s’entraîne à maîtriser son pouvoir, et il semble y parvenir à merveille. En s’approchant un peu, la chaleur qui se dégage de l’objet est presque perceptible, et le rayonnement de lumière parfaitement maîtrisé. Même lorsque l’Enfant paraît songer à autre chose, parle à son frère, ou bien avec un autre membre de la compagnie, sa concentration reste exemplaire… Il n’a pas perdu de temps.

L’élève n’est pas un vase que l’on remplit mais un feu qu’on allume.

Je me souviens de cette phrase, que répétaient sans cesse mes maîtres lorsque j’étais encore un jeune apprenti. C’est tellement vrai, je m’en rends bien compte à présent. Quant à Phoebos, c’est un véritable brasier, qui brûle avec une telle ardeur…

 

LIRE LA SUITE

Si tu as aimé la lecture

Si tu as des suggestions ou corrections

N’hésite pas à laisser un commentaire !

 

XXI – Le géant fou ¥

XXI – Le géant fou ¥

 

La petite troupe avance, le cœur léger. Plus des trois quarts du chemin jusqu’à Stormanea ont déjà été parcourus, depuis la rencontre entre les enfants et les chasseurs de reliques, il y a une cinquantaine de nuits. A la surface, Lune d’Espoir a succédé à la funeste Morte-Lune, mais l’Eclipse de Lune Sang n’a pas encore eu lieu.

Revenant de reconnaissance, Mantisss apparaît devant les compagnons. Ses pattes s’entrechoquent en une symbolique complexe, mêlée aux claquements de ses mandibules. L’insectoïde semble vouloir les avertir de quelque chose, mais Phoebos ne parvient toujours pas à comprendre toutes les subtilités de son langage. Seul Œil-de-Feu y parvient, et effectue la traduction pour ses camarades :

« Mantisss a trouvé une grotte sur notre chemin. La grotte est habitée par un géant solitaire. Nous devons redoubler de prudence. »

Les explorateurs s’arrêtent devant l’une des entrées d’une immense caverne, constituant l’antre du géant. La pièce est éclairée par sphère cristalline irradiant une lumière pourpre surnaturelle, posée sur un autel de pierre taillé dans le sol.

La peau est du géant est grisâtre, et il est complètement nu. Malgré ses épaules voûtées, il est grand comme quatre fois Poing-Tonnerre. Mais il a la fantaisie de se mouvoir en sifflotant et sautillant, sans risque compte tenu de la hauteur du plafond. Les trois ouvertures ménagées dans les parois de la grotte sont trop petites pour qu’il puisse y passer. Impossible de comprendre comment il est arrivé là, en tout cas sous cette forme.

Les compagnons hésitent à rebrousser chemin jusqu’à la dernière bifurcation. Finalement ils restent cachés et observent le géant en silence. Ils craignent de susciter une mauvaise réaction de sa part s’il les découvre. Mieux vaut attendre son sommeil pour traverser la grotte.

Le géant semble subsister grâce à l’élevage de grosses limaces baveuses et la culture d’étranges végétaux. Il ramasse une limace dans son enclos, et la presse délicatement entre ses grosses mains. Elle sécrète alors une bouillie laiteuse, dont il se nourrit. Dans un autre coin de la grotte poussent les végétaux, sortes de champignons aux pieds massifs et aux chapeaux couverts de hautes fleurs multicolores. Après son repas, le géant passe de longues heures à caresser et contempler les fleurs, durant un temps qui semble interminable. Enfin il exulte de joie, gesticulant et braillant, lorsque l’une de ses protégées ouvre sa corolle gonflée de poudre scintillante. Il recueille cette poussière dorée, qui est en fait une multitude de petites perles huileuses, dans un pot de terre.

Puis le géant s’attable devant son trésor, sur son autel de pierre. Il trempe son doigt dans la poudre et la porte à sa bouche. De la pointe de sa langue il attire quelques perles dorées à travers ses grosses lèvres, et les déguste lentement. Ensuite il avale le reste, suçant goulûment son doigt gros comme un petit tronc d’arbre.

Le géant gris reprend plusieurs fois de la mixture, et chaque bouchée semble l’émerveiller un peu plus. Au bout d’un moment il se met à chanter à gorge déployée, se relève et titube dans la caverne, heurtant l’un des murs. En pleine crise de folie, il se met à frapper le mur de ses grosses mains, excavant la roche friable avec une facilité déconcertante. Après quelques minutes de ce spectacle, il recule et s’effondre sur la paillasse de fleurs séchées qui lui sert de lit.

Les compagnons attendent un moment, afin de s’assurer que le géant est bien endormi. Ils attendent encore un peu qu’il plonge dans un sommeil plus profond. Enfin ils osent pénétrer dans la caverne, Mantisss en tête, et s’avancent prudemment vers la sortie opposée, sur la droite. Les orks surveillent le géant du coin de l’œil, tout en détaillant son antre pour ne prendre aucun risque inutile. Le regard du chaman se pose sur la poudre dorée. Il ne connaît pas cette substance d’origine végétale, aux propriétés surprenantes. La curiosité prend le dessus sur la prudence, son cœur d’aventurier baroudeur l’emporte sur la raison.

« Poing-Tonnerre, aide-moi à me hisser sur ce plateau de pierre. Je veux jeter un œil à cette poudre, elle a peut-être une grande valeur. Les autres, continuer à avancer vers la sortie, je vous rejoints. »

Œil-de-Feu grimpe sur l’autel du géant, sort un sac de cuir de son paquetage, et commence à le remplir de perles dorées. Celles-ci paraissaient minuscules à l’échelle du géant, mais sont plus grosses à l’échelle de l’ork.

Pendant ce temps Ours-Agile se dirige vers l’ouverture, située légèrement au dessus du sol. Il fait la courte échelle à Souffle-Dragon, qui rejoint Mantisss dans le tunnel éclairé par les lucioles magiques. Elle tend la main pour hisser Kharn, puis Garulo. Phoebos lui fait passer sa lance, puis monte à son tour dans le tunnel. Aigle-Tempête vient ensuite, Databok en main. Poing-Tonnerre garde un œil sur le géant endormi, alors que le chaman remplit toujours son sac.

Mais le destin est cruel, lorsqu’une des grosses limaces remarque les intrus, malgré son intelligence limitée. Surprise ou apeurée, elle se met à couiner, bientôt imitée par toutes ses sœurs, en une cacophonie assourdissante. Le géant grogne, ouvre un œil et aperçoit les voleurs.

Œil-de-Feu saute de la table et s’élance vers le tunnel de sortie, dans lequel il jette son sac magique bien rempli, et qui pourtant n’a pas changé de volume. Aigle-Tempête manque la réception, le sac s’ouvre et quelques billes se déversent sur le sol du tunnel.

Poing-Tonnerre brandit sa hache, pousse son féroce cri de guerre, puis s’élance sur le géant gris encore allongé, désireux de neutraliser cet adversaire avant qu’il ne menace le groupe. Le géant lui répond par un beuglement encore plus puissant, saisit un rocher à ses côtés, et le projette avec une force phénoménale dans sa direction. Poing-Tonnerre est frappé de plein fouet, et vole avec le rocher contre la paroi opposée de la grotte, dans laquelle il s’encastre. Malgré sa résistance supérieure, le berzerk est tout de même sévèrement sonné.

Par réflexe, Œil-de-Feu invoque un grand élémental de feu, créature magique à la silhouette flamboyante. L’élémental se jette sur le géant, qui se relève en beuglant de colère. Ensuite le chaman dresse une barrière de protection entre le géant et le groupe, puis se précipite auprès de Poing-Tonnerre. Le choc a été rude. Malgré la protection de son casque massif, un filet de sang s’écoule sur la nuque du maître berzerk, qui gémit en tentant de reprendre ses esprits. Ours-Agile se positionne en première ligne, pour encaisser une éventuelle charge du géant à la place de son mentor.

Dans le tunnel les autres compagnons reprennent leur sang-froid. Aigle-Tempête se saisit de son fusil à pompe, et ouvre le feu sur le géant. Mais les plombs ricochent contre sa peau, sans blessure apparente. Le tekno remarque que le géant n’est pas non plus affecté par la morsure de l’élémental de feu. Soudain il comprend la raison.

« Œil-de-Feu, c’est un putain de géant de PIERRE ! »

Le chaman lance un sort de soin au boss, toujours encastré dans la roche, et se retourne vers l’ennemi. Il dissipe l’élémental afin de ne pas gaspiller d’énergie, puis se rapproche d’Ours-Agile pour le faire bénéficier de son aura protectrice. Le guerrier ne se laisse pas surprendre par le nouveau rocher lancé par le géant, qu’il explose d’un puissant coup de fléau. Un second rocher s’écrase contre le bouclier du chaman. Le géant se précipite sur eux, vociférant, les poings brandis. Aigle-Tempête tire plusieurs cartouches dans sa direction, en visant les yeux. Mais le montre se protège avec son bras, et les impacts ne font que lui enlever quelques fragments de chair minérale.

Il faut réagir. Concentrant l’énergie magique de son Ki, Œil-de-Feu matérialise une forme ectoplasmique qu’il projette sur l’ennemi, accompagné de hurlements incantatoires :

« MORG BOG’DOROTH DOLOM ! »

Le géant de pierre encaisse un choc violent, comme frappé par une main titanesque. Il tient bon quelques instants, puis est brutalement projeté contre un pilier de la caverne. Le colosse emporte le pilier avec lui et s’encastre dans la paroi juste derrière, en symétrie avec Poing-Tonnerre. Malgré tout il parait toujours aussi combatif, et de plus en plus furieux. Il arrache des morceaux entiers du mur pour les balancer contre les intrus. Le bouclier magique crépite mais tient encore le coup. Un bloc éclate non loin de l’ouverture, et de la tête d’Aigle-Tempête seulement protégé par ses lunettes, qui pousse un « putain d’merde » de rigueur.

Un autre rocher atteint un angle et détruit une caméra de surveillance, sans que personne ne le remarque.

Une flèche fuse de l’arc de Phoebos, passe au dessus des Orks, et se plante profondément dans le crâne du géant, malgré sa peau de pierre. L’Enfant a mis toute sa force physique et mentale dans ce tir incertain. Le géant est durement frappé, ses mouvements ralentissent.

« Bien envoyé ! Toi mon pote té béni de Lune… » lâche Aigle-Tempête à Phoebos.

« Maintenant ! » hurle Œil-de-Feu en dissipant son bouclier.

Ours-Agile s’élance, son fléau prêt à s’abattre. Poing-Tonnerre s’est enfin relevé, l’œil furieux, et rejoint la mêlée. Œil-de-Feu trace plusieurs symboles cabalistiques dans l’air, et pointe son bâton magique sur le géant de pierre. Le monstre tente d’écraser Ours-Agile, qui bondit dans tous les sens et en frappant de son fléau. Puis le sort d’immobilisation du chaman l’enveloppe et l’immobilise pour de bon.

Dans le tunnel, Aigle-Tempête et Phoebos assistent avec attention aux derniers instants du combat.

« Mate le boss, la putain d’tarifette k’y va lui mettre… »

Pendant ce temps Souffle-Dragon a mis la main sur un manuscrit fort intéressant, qu’elle s’efforce de déchiffrer. De leur côté Kharn et Garulo s’intéressent de prêt au contenu du sac de perles dorées, répandu sur le sol de pierre.

Poing-Tonnerre est sur le coup pour prendre sa revanche. Il se jette dans les airs, son énorme poing dressé contre le géant. Le maître berzerk a délaissé sa hache, soucieux de ne pas amocher inutilement son tranchant. Son coup de poing est d’une puissance phénoménale, résonnant dans la caverne. La peau de pierre du monstre encaisse une partie du choc, mais la force cinétique est trop importante. Le géant est dévasté par une onde de choc partant du poing berzerk et se répandant dans sa poitrine. Il éclate en mille morceaux de pierre, éclaboussant les environs de son sang noir et visqueux. Seules subsistent encore le bas de ses jambes et ses pieds, soudés au sol par l’onde de choc. Poing-Tonnerre retombe habilement sur ses pieds, un grand sourire aux lèvres.

Les combattants dans la grotte se félicitent, puis se tournent vers le tunnel, triomphants. Le maître berzerk lève ses gros doigts, en V de la victoire. Souffle-Dragon fait passer un petit carnet de note à Aigle-Tempête, qu’elle a trouvé dans une cavité spécialement aménagée dans le mur, au milieu de nombreux instruments curieux. Le tekno le tend à son tour à Œil-de-Feu, la référence en la matière, qui souffle un peu au pied du refuge.

« K’est-ce ke cé k’cé notes ?… Pfff… saleté d’géant, jé plus mé vingt ans. Ça donne koi… Souffle-Dragon ? » halète le chaman, épuisé par l’effort, ayant du mal à articuler.

« On diré komme un rapport, une expérience sur l’géant. Au début c’té pô un géant, plutôt un bonhomme. Cé lé perles ki brillent, les spèces de pilules, ki lui ont fé ça. »

« Putain d’pilules. J’vous jure… »

« Ok Œil-de-Feu, lis en voir un p’tit bout. »

Le chaman s’éclaircit la voix, et crache un petit glaviot sur le sol – la pipe ça pardonne pas. Il tourne quelques pages du carnet, puis revient sur l’une des premières.

 

« Daïus Holthar, serviteur du Haut Conseil des Mages Noirs d’Abjectalia, chargé de recherches au Ministère du Savoir. Année 4996. Etude numéro 152. Perles de Gyromitras Gigas. (Œil-de-Feu tourne quelques pages)

Nuit 3. Le sujet 152 semble parfaitement accepter l’expérience. Il s’est fait au cycle de vie imposé par le globe lumineux. Dans les premiers temps il a rechigné à se nourrir de la sève des gluantes Limax Rufux, mais il a vite compris qu’il n’avait pas d’autre alternative. Il commence à peine à s’intéresser aux Gyromitras…

Nuit 7. N°152 est parfaitement conditionné, et ne pense pas une seconde à quitter la caverne. Il suit son petit rythme de vie, dormant, taillant la pierre, se nourrissant. Il est en pleine santé. Il s’émerveille de plus en plus lorsque les fleurs ouvrent leurs corolles.

(une page) Nuit 13. Le sujet a goutté sa première perle de Gyromitras. Dans un premier temps cela ne lui a rien fait, mais au bout d’une demi-heure, il a commencé à rire par intermittence, sans pouvoir se contrôler. Puis il s’est mis à bondir de partout comme un kangourou, en poussant des cris incohérents. Enfin il s’est assoupi sur sa paillasse.

(quelques pages) Nuit 37. N°152 est de plus en plus accroc aux perles. Au début il n’osait en prendre que quelques unes à chaque éclosion, maintenant ils les cueillent presque toutes. Ce qu’il ne gobe pas immédiatement, il le dépose dans une feuille arrachée à la plante, pour plus tard. Il est presque tout le temps sous les effets de la substance. Ses crises d’euphorie durent de moins en moins longtemps, sous l’effet de l’accoutumance. A noter, son corps grandit. Je n’en étais pas tellement sûr au départ, mais maintenant c’est incontestable. Ses vêtements commencent à craquer et se déchirer. Encore plus impressionnant, sa peau change. Elle prend la teinte de la pierre, et maintenant je suis persuadé qu’elle DEVIENT vraiment de la pierre. »

« Putain… Elle déchire trop cette dope, bad trip bad trip moi j’vous l’dis. »

« Mouais… »

« Nuit 68. N°152 perd complètement les pédales. Il passe presque tout son temps à attendre la prochaine éclosion dorée. Alors il avale toutes les perles, leur huile brillante dégoulinant sur son menton et son torse. Il mesure maintenant plus de trois mètres de haut, et sa peau est dure comme le roc. Ses crises sont de plus en plus violentes. Il se jette sauvagement contre les murs, en arrachant des fragments entiers. L’autre nuit il a tenté de se nourrir durant l’une de ces phases de démences, et a broyé l’une des Limax dans ses énormes mains. Les autres bestioles se sont mises à hurler, et cela l’a rendu encore plus furieux.

Nuit 82. Le sujet a mangé entièrement la tête d’une fleur, juste avant son éclosion. Le choc a été trop violent pour son cerveau. Il est devenu complètement frénétique, à se cogner la tête contre les murs. La grotte a tremblé et j’ai bien cru que le plafond allait s’effondrer sur nous. Ses hurlements déments m’ont glacé les sangs, et j’ai songé partir un moment, en attendant la fin de la crise. Mais pour la science, je suis resté jusqu’au bout. A la fin le géant s’est effondré à terre, complètement vidé.

Nuit 85. Le géant dort toujours. Au début j’ai pensé qu’il était mort, mais son corps de pierre se soulève, très lentement, au rythme de sa respiration minérale.

Nuit 88. N° 152 s’est enfin réveillé. Il semble complètement lobotomisé. Il a reprit la mécanique bien huilée des premières nuits, répétant inlassablement le même rituel. Je n’ai pu m’empêcher de rire lorsque j’ai vu son nouveau mode de déplacement. Il sautille comme un débile – ce qu’il est sûrement maintenant. Il n’ose pas encore s’approcher de nouveau des Gyromitras.

Nuit 98 : Le sujet a finalement recommencé à prendre un peu de poudre dorée, il y a deux nuits. Avec la plus grande prudence, car cela semble l’affecter de façon importante.

Nuit 100. Fin de l’étude préliminaire, récupération des données enregistrées par la caméra de surveillance. Pour la suite, cette caméra sera reliée directement au Ministère. Un échantillon de Gyromitras est recueilli pour analyse et traitement. Le sujet a muté en géant de pierre, mais ses capacités mentales ont fortement diminué.

Gyromitras Gigas, propriétés observées :

  • substance psychotrope provoquant des crises de delirium
  • transformation de la chair en pierre
  • augmentation de taille, masse et résistance corporelle

Utilisations recommandées après traitement et distillation :

  • stimulateur de combat
  • drogue psycho-destructrice, notamment pour munitions
  • potion de résistance

Le présent rapport de projet de fin d’études est dupliqué et emmené à Abjectalia, pour les Ministères du Savoir, de la Technologie, de la Magie et de la Guerre. Je reviendrai dans 50 nuits pour constater d’éventuels changements chez le sujet. »

 

« Putain de putain de putain d’Abjectalia. » lâche Aigle-Tempête.

Poing-Tonnerre lui claque un petit coup sur le crâne. Le tekno se frotte la tête avec une indignation exagérée.

« Vouzenpensé koi les potos ? » demande Ours-Agile.

« Ce mek a pô eu de bol. Et sinon cette poudre, ben cé d’la grosse merde. Iléoù le sak d’abord ? NOOOOON ! BOUFFEZ EN PÔ LES GOSSES ! »

Kharn et Garulo relèvent la tête avec une expression coupable. Ils ont goûté leurs premières perles pendant le combat, puis leur saveur mielleuse leur en a fait gober plus, puis plus, puis toujours plus… Les premiers effets sont encore assez faibles, mais ce n’est qu’une question de minutes avant que les deux enfants n’entrent en crise.

 

LIRE LA SUITE

Si tu as aimé la lecture

Si tu as des suggestions ou corrections

N’hésite pas à laisser un commentaire !

Phoebos by Sarah

Phoebos by Sarah
Phoebos by Sarah

Portfolio :

http://sarahpenoblarportfolio.blogspot.com/2018/01/sarah-penoblar-portfolio.html

* * *

Interview Sarah

Quel âge as-tu ?

J’ai 31 ans.

Où es-tu née et où vis-tu ?

Je suis née à Manille, aux Philippines.
Je vis maintenant dans la ville de Las Pinas.

Comment as-tu appris à dessiner ?

J’ai appris quand j’étais en primaire. Chaque fois que je regarde un anime, je mémorise tous les détails. Je dessine tous les jours jusqu’à ce que je remarque une amélioration. J’ai travaillé dans un Studio d’Animation quand j’avais 19 ans. J’apprends tous les jours.

Quels sont les livres qui ont grandement influencé ta vie ?

-La Bible – j’ai réalisé que mon talent venait de Dieu
-Manga Shonen Jump
– Dictionnaire Anglais-Japonais

Quelle est ta connaissance de la Dark Fantasy, comme sous-genre littéraire et artistique?

La première fois que j’ai aimé des oeuvres de Dark Fantasy était quand j’ai regardé Trinity Blood et Death Note. Je pense que l’histoire et les illustrations sont cool.

Où te vois-tu dans 10 ans ?

En voyage. 🙂

Quel est ton plus grand rêve ?

Créer mon propre manga.

Merci beaucoup Sarah !

* * *

Interview Sarah (en anglais)

What’s your age ?

31 years old.

Where are you born and where do you live now ?

Born in Manila, Philippines.
I live now in Las Pinas City.

How did you learn drawing skills ?

I learned when I was in elementary. Every time I watch anime I memorize every details. I draw everyday until I notice I have improvement. I worked in Animation Studio when I was 19 traditional and digital. And I learned a lot more.

What are the books that have greatly influenced your life ?

-Bible, I learned that my talent came from God
-Manga Shonen Jump
-English Japanese Dictionary

How familiar are you with the dark fantasy subgenre of fantasy literary and artistic works?

The first time I liked dark fantasy was when I watched Trinity Blood and Death Note. I think story and artwork is cool.

 

Where do you see yourself in 10 years ?

Traveling. 🙂

What is your biggest dream ?

To create my own manga.

Thank you Sarah !

* * *

RETOUR AUX ILLUSTRATIONS

 

Phoebos by Omar

Phoebos by Omar
Phoebos by Omar

Websites :

Art Station

Facebook

Deviant Art

 

* * *

Interview Omar

Quel âge as-tu ?

J’ai 32 ans.

Où es-tu née et où vis-tu ?

Santiago, Chile.

Comment as-tu appris à dessiner ?

En dessinant avec ma sœur, les animes classiques des années 90.

Où te vois-tu dans 10 ans ?

Illustrateur pour les meilleurs jeux vidéos.

Quel est ton plus grand rêve ?

Je veux être reconnu comme un des meilleurs illustrateurs.

Merci beaucoup Omar !

* * *

Interview Omar (en anglais)

What’s your age ?

I am 32 years old.

Where are you born and where do you live now ?

Santiago, Chile.

How did you learn drawing skills ?

Drawing with my sister, classic animes of the 90s.

Where do you see yourself in 10 years ?

Illustrating for the most important video games.

What is your biggest dream ?

I want to be recognized as one of the best illustrators.

Thank you Omar !

* * *

RETOUR AUX ILLUSTRATIONS

Phoebos by Inochihime

Phoebos by Inochihime
Phoebos by Inochihime

Websites :
www.facebook.com/Prismatic.Lines
www.twilight-inochihime.deviantart.com
www.artstation.com/inochihime

* * *

Interview Inochihime

Quel âge as-tu ?

J’ai 25 ans. 26 cette année !

Où es-tu née et où vis-tu ?

Je suis née et réside actuellement à Naga City, Philippines. C’est bon de vivre en province ici 🙂

Comment as-tu appris à dessiner ?

J’ai commencé par imiter mes animes préférés, en particulier les œuvres de Kazuya Minekura. Je sais que je n’imiterai pas pour toujours, alors j’essaye d’enlever mes roues d’entraînement et dessiner mes propres trucs. Grâce à la pratique et aux études, j’ai pu obtenir le niveau de compétence que j’ai maintenant 😀

Quels sont les livres qui ont grandement influencé ta vie ?

Livres … Je lis surtout des romans de fiction historique et je pense que les plus influents que j’ai lus sont les œuvres de Gail Tsukiyama, en particulier son livre intitulé “Le Jardin du Samouraï”.

Quelle est ta connaissance de la Dark Fantasy, comme sous-genre littéraire et artistique?

Sur une échelle de 1 à 10, je dirais qu’il est environ 8/10 XD Je suis familière avec les éléments essentiels du sous-genre, en termes de travaux littéraires, mais pour être honnête, je dessine rarement des illustrations qui tombent dans cette catégorie. J’admire les artistes qui dessinent bien ce genre de choses !

Quel achat de moins de 100€ a le plus positivement impacté ta vie cette année passée ? (ou de mémoire récente)

Hmmm … Je n’ai pas acheté beaucoup de choses ces dernières années, mais je pense que le moment où j’ai acheté ma nouvelle tablette pour moins de 100 $ (comme elle était en promo XD) a eu l’impact le plus positif sur ma vie et ma carrière d’artiste. Je me suis dit “ok c’est pas donné donc je ferais mieux d’en tirer le meilleur”. *Rires* Alors que beaucoup de gens croient que vous n’avez pas besoin d’outils coûteux pour faire de l’art génial, je pense que ça vaut la peine d’avoir de bons outils 🙂

Où te vois-tu dans 10 ans ?

J’ai l’espoir de travailler comme artiste dans une société de jeux vidéos dans 10 ans. (Hé, il n’y a pas de mal à rêver grand XD)

Quel est ton plus grand rêve ?

Mon plus grand rêve serait de travailler un jour en tant qu’artiste pour un jeu génial, ou dans une société de jeux vidéos. Je pense que je peux voir ce rêve se réaliser peu à peu, avec mon dur travail de ces derniers mois 🙂

Merci beaucoup Inochihime !

* * *

Interview Inochihime (en anglais)

What’s your age ?

I’m 25 years old. Turning 26 this year !

Where are you born and where do you live now ?

I was born and currently residing in Naga City, Philippines. It’s nice to live in a province here 🙂

How did you learn drawing skills ?

I started from imitating my favorite anime artworks, especially Kazuya Minekura’s artworks. I know that I shouldn’t be imitating forever so I tried to remove the training wheels and draw my own stuff. Through practice and studies, I was able to obtain the level of skill I have now 😀

What are the books that have greatly influenced your life ?

Books…  I mostly read historical fiction novels and I think the most influencial ones I’ve read are the works of Gail Tsukiyama, particularly her book entitled “The Samurai’s Garden”.

How familiar are you with the dark fantasy subgenre of fantasy literary and artistic works?

At the scale of 1 to 10, I would say it’s around 8/10 XD I am  familiar with the elements that make up the said subgenre in terms of literary works but to be honest, I rarely draw stuff that falls in the said category. I admire artists who draws stuff like this well !

What purchase of $100 or less has most positively impacted your life in the last year ? (or in recent memory)

Hmmm… I really don’t purchase much stuff these past few years but I think the time when I bought my new tablet for less than 100$ (since it’s on sale XD) had the most positive impact in my life and career as an artist. I told myself “okay this isn’t cheap so I better make the best out of it”. *chuckles* While most people believe you don’t need the expensive tools to make awesome art, I think it pays to have good tools of the trade sometimes 🙂

Where do you see yourself in 10 years ?

Hopefully, I see myself as a game artist in a game company 10 years from now. (Hey, there’s no harm in dreaming big. XD)

What is your biggest dream ?

My biggest dream is to be able to work as an artist for an awesome game or to be able to work in a game company someday. I think I can see this dream slowly unfolding as I work hard these past few months 🙂

Thank you Inochihime !

* * *

RETOUR AUX ILLUSTRATIONS

Phoebos by Jocelyn

Phoebos by Jocelyn
Phoebos by Jocelyn

Upwork freelancer profile

* * *

Interview Jocelyn

Quel âge as-tu ?

20 ans

Où es-tu née et où vis-tu ?

Je vis à Mabalacat aux Philippines, je suis née et j’ai grandi ici

Comment as-tu appris à dessiner ?

Dessiner est ma passion depuis mon plus jeune âge. Ma mère a rapidement vu mon potentiel artistique. Elle m’achetait toujours des livres de dessin et du matériel de coloriage. Et finalement, cette compétence s’est particulièrement perfectionnée à l’école, lors de la réalisation de projets artistiques et lors de concours. Il faut du temps et de la pratique pour développer ses compétences. Chaque fois que j’ai du temps libre, je dessine et dessine. Et je m’inspire des artistes que j’apprécie.

Quels sont les livres qui ont grandement influencé ta vie ?

Les 3 livres qui ont influencé ma vie sont Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, Wonder de RJ Palacio, The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky.

Quelle est ta connaissance de la Dark Fantasy, comme sous-genre littéraire et artistique?

Je regarde des animes depuis que l’école primaire. J’ai été pas mal exposée à la Dark Fantasy, un style commun dans beaucoup de séries d’animes que j’ai regardée.

Quel achat de moins de 100€ a le plus positivement impacté ta vie cette année passée ? (ou de mémoire récente)

Honnêtement, je ne dépense pas autant d’argent pour faire du shopping ou acheter des biens puisque j’ai été élevée par mes parents pour être très économe et pour mettre de l’argent de côté autant que possible. (Bien que je sois prête à dépenser de l’argent supplémentaire pour la nourriture lol).

Où te vois-tu dans 10 ans ?

Je me vois travailler comme graphiste professionnel ou peut-être un artiste de jeu en 2D.

Quel est ton plus grand rêve ?

Mon plus grand rêve est de vivre au Japon. J’ai toujours voulu visiter le Japon et m’y installer un jour. Non seulement parce que j’ai été influencé par les animes, mais aussi parce que la culture et le pays sont vraiment beaux.

Merci beaucoup Jocelyn !

* * *

Interview Jocelyn (en anglais)

What’s your age ?

I’m 20 years old.

Where are you born and where do you live now ?

I live in Mabalacat, Philippines, I was born and raised here.

How did you learn drawing skills ?

Drawing has been my passion since I was young, my mom already sees my potential to be an artist at the young age, she always buys me drawing books and coloring materials. And eventually, this skill honed especially at school, when making art projects and joining competitions. It takes time and practice to develop your skills so whenever I have free time I would always sketch and draw and sometimes I get inspiration from those artists whom I look up to.

What are the books that have greatly influenced your life ?

The 3 books that influenced my life were The Little Prince by Antoine de Saint-Exupéry, Wonder by rj palacio, The Perks of Being a Wallflower by Stephen Chbosky.

How familiar are you with the dark fantasy subgenre of fantasy literary and artistic works?

I’ve been watching anime since I was like in grade school and I’m pretty much exposed with the dark fantasy, since most common plot in anime series that I’ve watched involves the same theme.

What purchase of $100 or less has most positively impacted your life in the last year ? (or in recent memory)

Honestly, I don’t spend that much money on shopping or buying goods since I was raised by my parents to be very thrifty and to save money as much as possible. (Though I’m willing to spend extra money for food lol ).

Where do you see yourself in 10 years ?

I see myself in 10 years as a Professional Graphic Designer or maybe a 2D Game Artist.

What is your biggest dream ?

My biggest dream is to live in Japan, I’ve always wanted to visit Japan and to settle there someday, not only because I was influenced by watching anime, but also because the culture and the country are really beautiful.

Thank you Jocelyn !

* * *

RETOUR AUX ILLUSTRATIONS

Phoebos by Justin

Phoebos by Justin
Phoebos by Justin

Website : Deviant Art

FB Page : Kusinerong Artist

* * *

Interview Justin

Quel âge as-tu ?

26 ans

Où es-tu né et où vis-tu ?

Manille, Philippines

Comment as-tu appris à dessiner ?

J’apprends en assistant à des séminaires et des formations de l’école, en cherchant et en regardant des tutoriels sur internet.

Quels sont les livres qui ont grandement influencé ta vie ?

Les comic books des univers Marvel, DC, Darkhorse, etc

J’adore Spiderman, Lady Death, Batman, Ironman, Flash, Superman, etc

Quelle est ta connaissance de la Dark Fantasy, comme sous-genre littéraire et artistique?

J’ai beaucoup de bandes dessinées, la plupart d’entre elles sont de la Dark Fantasy. J’aime le style, le graphisme, c’est génial. Je suis le genre de personne qui aime les histoires et les illustrations d’horreur / sombres.

Quel achat de moins de 100€ a le plus positivement impacté ta vie cette année passée ? (ou de mémoire récente)

J’ai acheté une tablette graphique et d’autres matériels, qui m’aident pour mes illustrations.

Où te vois-tu dans 10 ans ?

Je serais heureux de travailler comme illustrateur de livres, comic books et séries de mangas.

Quel est ton plus grand rêve ?

Devenir un grand artiste, et utiliser cette passion comme source de revenus pour ma famille.

Merci beaucoup Justin !

* * *

Interview Justin (en anglais)

What’s your age ?

26 y/o

Where are you born and where do you live now ?

Manila, Philippines

How did you learn drawing skills ?

I learn from attending seminars and trainings from school, searching and watching tutorials on internet.

What are the books that have greatly influenced your life ?

Comic books, like marvel, DC, darkhorse, etc

I love to read spiderman, lady death, batman, ironman, flash, superman etc

How familiar are you with the dark fantasy subgenre of fantasy literary and artistic works?

I have a lot of comics most of them are dark fantasy, I love the style, the way you look at it, its awesome. I am a kind of person who loves dark/horror stories and artworks.

What purchase of $100 or less has most positively impacted your life in the last year ? (or in recent memory)

I bought this laptop, graphic tablet, and other art materials for me to help myself on this kind of work.

Where do you see yourself in 10 years ?

I have a lot of books, a manga series and happy to see myself on this kind of work.

What is your biggest dream ?

To become a great artist, to use this passion as my source of income for my family, to retire as an artist.

Thank you Justin !

* * *

RETOUR AUX ILLUSTRATIONS

XVIII – ORKALIA ¥

XVIII – ORKALIA ¥

 

A son réveil, Phoebos a recouvert l’essentiel de ses forces, malgré les mauvais songes venus troubler son sommeil. Une histoire de torture et de pierres maudites. Il est désormais si habitué à ces cauchemars qu’il les oublie aussitôt. Par ailleurs, l’Enfant a décidé d’éviter tout apitoiement, revigoré par son expérience avec le Ki. Il sent l’énergie bouillonner en lui. Une énergie qui pourrait lui servir à trouver puis détruire ses ennemis anonymes, et ainsi apaiser sa haine et sa soif de vengeance. Il se délecte de ce désir inavouable.

Après un repas plutôt frugal de champignons et racines séchés, les huit explorateurs se remettent en route. Ils quittent la salle aux piliers, et traversent une nouvelle série de cavernes abandonnées. Des morceaux de rocs encombrent parfois le chemin, qui se sont détachés lors du tremblement de terre récent. Mantisss part toujours en éclaireur, progressant furtivement dans l’obscurité. Quelques lucioles incandescentes voltigent et illuminent leurs pas, leur évitant de trébucher trop souvent.

« Amis orks… J’aimerais en savoir plus sur vous, sur Orkalia, sur Tenebrae. Je ne comprends pas. Pourquoi tant de malheur, tant de violence ? Pourquoi se battre ? Pourquoi la guerre, dont vous parlez ? Comment des êtres vivants, intelligents, peuvent-ils vouloir en détruire d’autres ? »

Œil-de-Feu lui sourit, tire une bouffée de sa pipe et répond :

« Ta naïveté est toute naturelle, mon jeune ami. La lande radioaktive d’où tu viens est un endroit sauvage, mais épargné par l’œuvre de mort à grande échelle k’est la guerre. Les heurts entre tribus y sont rares, en raison d’autres prédateurs primitifs bien plus menaçants. Mais ailleurs sur Tenebrae, il existe une multitude de peuples, une infinité peut-être, tous très différents. Leurs Histoires se kroisent et s’entrekroisent au gré des alliances, des trahisons, des batailles qui markent le passage du temps.

A l’origine, les vingt premières tribus orks étaient éparpillées sur le monde de Tenebrae. Elles étaient très primitives, sauvages et brutales. Au kours des sièkles des renkontres ont pu se faire, des liens se tisser entre ces ethnies orks, à la fois semblables et unikes. Certaines n’ont été aperçu k’une unike fois, au kours de l’Histoire telle ke relatée dans le Grand Livre d’Orkalia. Peut-être ont-elles disparu à jamais, viktimes de la férocité supérieure d’autres kréatures de Tenebrae. Peut-être attendent-elles leur heure, kelke part très loin d’ici.

La majorité des tribus orks étaient présentes dans cette partie Ouest de Monstrogho. Répartis entre la grande Forêt Saavage, peuplée de monstrueux Dinosaurus ; les Montagnes Bleues, colorées par les reflets de Lune sur la neige ; et la Plaine de Sang verdoyante, parsemée de quelques vergers et marais, bordée à l’ouest par la Forêt Saavage, au nord par les Montagnes Bleues, à l’est par le désert de cendres d’Eldarin’Ash, et au sud par le cratère abritant la Lande Foudroyée, traversé du nord au sud par le fleuve Styxx.

Pressé de toutes parts, notre peuple a tôt fait de se regrouper sur ces terres kommunes. Nos chefs de tribus karessaient les prémisses de la kréation d’une puissante Nation, afin de lutter kontre les races bellikeuses alentours. Les Nains ont guerroyé avec acharnement pour nous repousser vers le sud, loin de leurs forteresses dans les Montagnes Noires. Contre les Minotaures, Ogres et Trolls, nombreuses furent les batailles dans la Plaine de Sang, ce qui lui a donné son nom. Les Baknamus, les Shaggoths, les Titans, les Yugozoths… Tant de kréatures hostiles à notre race… Heureusement, notre taux de natalité élevée nous a permis de surmonter les défaites, kontinuer à se battre, et survivre à la violence de ce monde.

Ainsi il y a plus de mille ans est née la Cité d’Orkalia, et son Kœur magnifik, à la croisée de la Forêt Saavae, la Plaine de Sang et les Montagnes Bleues, sur les rives de la rivière Manea.

Harukh Morglum, le premier Roi guerrier, découvrit la Kouronne sacrée de notre peuple, une nuit d’orage, au bord de la rivière, au pied d’un chêne millénaire, sur un tapis de mousse brûlé par la foudre. Komment la Kouronne avait atterrit là, nul ne le sus, mais tous y virent un signe des Dieux. La Kouronne des Orages fut baptisée Stormanea, et la Cité d’Orkalia fut fondée.

Au cours des siècles, nos relations avek l’environnement se firent plus intimes, tandis ke nous battissions notre petit koin de paradis, dans la Plaine de Sang, la Forêt Saavage, et les Montagnes Bleues. Le royaume d’Orkalia devint un joyau cher au koeur de tous les orks, que nos ancêtres jurèrent de préserver et protéger à tout prix, pour toujours.

Harukh Morglum, premier des Rois orks, était un guerrier puissant et sage. Il fut pour beaukoup dans l’unifikation des différents klans. Il entreprit de faire la paix avek ceux de nos voisins pour ki le pardon était enkore possible. Il développa le kommerce avek les Nains et les Yugozoths des Montagnes Noires, au nord. Il siégea au Koeur d’Orkalia pendant karante longues années, kréant le Konseil Chaman et l’Ordre Berzerk. Il abolit également l’esklavage de nos kousins Gobelins, faibles et serviles, et leur permis de trouver refuge sur nos terres. Auprès de son trône défilait sans cesse la ribambelle de ses Konseillers et Seigneurs de Guerre, l’aidant à administrer et défendre la Nation naissante. Il est dit k’il passait parfois plus de sept nuits et sept jours sans dormir, œuvrant sans relâche, porté par l’amour de son peuple et l’énergie de Stormanea.

Le premier Roi mourut après une vie heureuse et bien remplie au service de la Nation, karante ans après la fondation d’Orkalia. Le Premier Seigneur de Guerre, élu kelkes années plus tôt par le Konseil Chaman et l’Ordre Berzerk, lui succéda comme second Roi sous le nom d’Harukh Grom. Il poursuivit l’œuvre de son prédécesseur avec passion, durant sa vie entière. Puis à sa mort le troisième Roi, Harukh Vorgor, fut kouronné à son tour. C’est sous son règne k’eut lieu la première grave diskorde au sein de notre peuple.

Deux des tribus originelles, les Orks Gris et les Orks Noirs, au style de vie troglodyte, se partageaient l’espace souterrain situé dans les profondeurs d’Orkalia. Elles étendirent leurs domaines sous la Forêt Saavage, la Plaine Emeraude, et les entrailles des Montagnes Bleues. Jusk’à cette nuit terrible, où une dispute éklata entre les Seigneurs de Guerre de ces tribus. Les Orks Gris akusèrent leurs kousins d’annexer leurs territoires par la force, de kreuser des galeries de manière imprudente, et de kontinuer à pratiquer esklavage et torture sur les Gobelins. Les Orks Noirs akusèrent les autres d’être perfides et lâches, d’avoir oublié leurs racines, et les traditions barbares des premiers Orks.

La krise atteint son paroxysme lorsque plusieurs kavernes des Noirs s’effondrèrent, emportant avek elles une partie du Koeur d’Orkalia. Les akusations furent vérifiées, et les Orks Noirs furent jugés pour avoir mis en danger la sékurité de la Cité, et l’unité de la Nation. Leur kondamnation fut l’exil. Mais les Noirs rejetèrent cette sanction avec mépris, et entreprirent de massakrer les Gris. Ceux-ci étaient préparés à se défendre, mais ne s’attendaient pas à une telle explosion de violence. Par la suite, les Orks Noirs rakontèrent que les Gris furent les premiers à verser le sang, prétextant de leur lenteur à kitter les lieux et céder leurs galeries.

Mais le mal était fait, les dés du destin étaient jetés, et le reste de la Nation Ork submergea le sous-sol pour chasser les Noirs. Le Roi Vorgor donna tout d’abord la konsigne de les maîtriser sans verser le sang, mais devant leur férocité il fut contraint de revenir sur sa décision. Cependant les Orks Noirs étaient les plus féroces et les plus massifs de notre race, et le prix à payer pour les repousser fut très lourd. Au final preske tous les Gris furent exterminés, et les autres tribus d’Orkalia repoussées à la surface. Les Noirs tenaient le sous-sol de la Cité, et il fallait les en déloger.

La décision suivante du Roi fut dure à prendre, après d’interminables débats au Konseil Chaman, et marka pour toujours notre Nation naissante. Une arme terrible fut utilisée, obtenue des Baknamus demeurant plus au nord-ouest, dans leurs kavernes baignées de vapeurs toxikes. Un gaz redoutable fut déversé dans les souterrains. Tunnels et grottes furent bientôt emplies d’Orks Noirs morts ou agonisants. Il fallut attendre une dizaine entière ke le gaz se dissipe, avant de pouvoir descendre, ékipés de maskes de protektion. Partout, les kadavres se trouvaient déjà dans un état de dékomposition avancée : orks, orkas, orkions, figés dans une mort atroce… Cette vision d’horreur resta gravée dans la mémoire de notre peuple à jamais.

Mais nombre d’Orks Noirs réussirent à s’enfuir par leurs galeries sekrètes, et quittèrent Orkalia en petits groupes de survivants. Ils durent lutter longtemps pour survivre et rekonstruire un klan puissant, dans la Plaine de Sang, mais ils y parvinrent. Générations après Générations, animés d’une rage terrible, ils ruminèrent leur vengeance.

Les hordes d’Orks Noirs, désormais alliés aux Minotaures et leurs cousins Magotaures, revinrent finalement affronter les armées d’Orkalia. Mais entre-temps nos ancêtres avaient créé l’Ordre Tekno, à l’origine de nombreux progrès teknologikes, et les Noirs furent kasiment anéantis une nouvelle fois.

On n’en entendit plus parler pendant des sièkles. Jusqu’à cette nuit terrible, y’a un peu plus de cink années lunaires, une veille de Morte-Lune… »

Œil-de-Feu s’arrête pour recharger sa pipe, et méditer à la suite de son récit. Les compagnons s’arrêtent également, entourant le chaman. Phoebos l’écoute avec passion, profondément touché par l’Histoire des Orks.

« Les Orks Noirs revinrent, et ils n’étaient plus seuls. La Cité d’Abjektalia avait émergé à l’est de la Plaine de Sang, sur les berges du Fleuve Styxx, sous l’impulsion des Mages Noirs. Eux aussi avaient été chassés par leur peuple, chassés de Solaaris, la majestueuse cité des hommes située tout au nord de Monstrogho. En contrepoint, sa jumelle ténébreuse, Abjektalia la maudite, avait grandit komme un kancer ki ronge, dans cette région du sud-ouest de Monstrogho… Les Mages Noirs avaient bâti une ville chaotique, autour d’une immense tour symbole de leur puissance, et entrepris de conquérir les environs, regroupant toutes les races brutales de la région, les enrôlant sous leur funeste bannière, le Crâne Cornu Rieur.

Les Skadrons de la Mort d’Abjectalia finirent par arriver aux frontières d’Orkalia, dans la Plaine de Sang. Le Roi Harukh Torg, averti des premières eskarmouches, fit avancer ses hordes à leur renkontre. Nos forces étaient mieux organisées, et mieux armées que jamais auparavant. Les chamans de kombat et les pièces d’artillerie étaient prêts à soutenir les eskouades de guerriers. Nos valeureux champions menaient les bataillons d’Orkalia, montés sur de puissants Dinosaurus de la Grande Forêt Saavage, domptés et dressés pour la guerre.

Durant plusieurs nuits les deux armées se toisèrent à distance, avec kelkes eskarmouches, sans k’aukune n’ose libérer toute sa rage dans la bataille. Tant ke les hordes d’Abjektalia restaient dans la Plaine de Sang, le Roi préférait jouer l’intimidation.

Des messages de rangers postés dans les Montagnes Bleues et la Forêt Savaage lui parvinrent alors, rapportant ke plusieurs kompagnies des Skadrons, composées principalement d’Ogres, de Minotaures et d’Elfes Noirs, avaient pris des chemins détournés pour frapper Orkalia par les flans et l’arrière. S’ils n’étaient pas stoppés à temps, ces détachements allaient envahir notre royaume par ses frontières reculées, insuffisamment défendues.

Harukh Torg prit la décision douloureuse de renvoyer kelkes bataillons vers l’arrière, pour défendre le Koeur d’Orkalia, et d’engager la bataille sans plus attendre avek le reste de ses troupes.

Vous konnaissez la suite : Stormanea, la visite du spektre, le départ du Roi et le massakre de notre peuple… L’armée d’Abjektalia fut repoussée, mais à kel prix

Il nous faut maintenant relever la tête, et aller de l’avant. Ainsi est la voie des Orks, notre destinée. Des survivants menés par le nouveau Roi Harukh Golgor sont enkore kachés dans les ruines du Koeur d’Orkalia et dans la Forêt Saavage. Ils kombattent les pillards et attendent notre retour, avek les trois artefakts sakrés. Stormanea, Kouronne des Orages. Trembleterre, le Marteau du Berzerk. Et pour finir Luël, la Plume du Grand Dragon Vert. Aussi nous devons nous hâter, et poursuivre notre kête. Il en va de la survie de notre peuple. »

« Nous vous aiderons au mieux, soyez en sûrs. Tout mon cœur le désire ardemment. » réplique Phoebos, la voix gonflée d’émotion.

 

LIRE LA SUITE

Si tu as aimé la lecture

Si tu as des suggestions ou corrections

N’hésite pas à laisser un commentaire !

XVII – Confrérie des Tourments ¥¥¥

XVII – Confrérie des Tourments ¥¥¥

 

Kaldor Byron avance rapidement dans les rues puantes d’Abjectalia, un sombre jour de Lune d’Espoir qui, en cette heure, porte bien mal son nom. Il évite habillement les tas d’immondices, ainsi que les misérables allongés au beau milieu de toute cette fange. La vision de ces malheureux aux yeux fous, suppliants et vociférants, l’emplit d’un profond dégoût. L’un d’entre eux se jette à ses pieds et s’agrippe désespérément au bas de sa cape.

« Siouplé… Môseigneur… Une tite pièce pour un pov’ gars… »

« Extermination. C’est tout ce que tu mérites. »

Il le rejette d’un violent coup de pied, puis le frappe de nouveau pour être sûr qu’il ait bien compris. Enfin, il lui crache dessus avec mépris avant de poursuivre son chemin. Le malheureux gémit et se recroqueville sur lui-même, sous les rires gras et méchants de ses voisins d’infortune, pourtant clodos comme lui.

 

Kaldor Byron s’engage bientôt dans une étroite ruelle, déserte mais tout aussi malodorante que les artères plus fréquentées. Il s’avance dans le noir, seulement guidé par sa vision nocturne. Au fond de l’impasse, derrière un empilement de caisses de bois pourri, il cherche à tâtons un interstice bien précis, discrètement aménagé dans le mur de briques. Enfin il le trouve et y glisse brièvement sa Pierre de Souffrance. Plusieurs briques coulissent avec lenteur, d’un seul bloc. Il s’assure que personne ne l’a suivi, puis s’engouffre dans l’étroit passage. Le mur se referme derrière lui, le plongeant dans les ténèbres.

Le couloir continue sur plusieurs mètres avant de tourner à angle droit sur la droite, pour aboutir sur une petite niche taillée dans la pierre, de dimensions vaguement humaines. L’homme pénètre dans cet espace, et trouve ce qu’il y a laissé lors de son dernier passage : une grande robe et un capuchon noirs. Il pose son chapeau, sa cape et sa veste, également noirs. Puis il enfile sa nouvelle tenue, guère confortable mais qui masque tout son être, hormis deux fentes étroites pour les yeux. Enfin il transfère sa Pierre de Souffrance d’une poche de sa veste vers une poche de sa robe, avec quelques autres possessions de valeur qu’il trimballe avec lui.

Byron reprend sa progression dans le couloir tortueux, qui s’arrête brusquement dans une nouvelle impasse. Un mot de pouvoir active un mécanisme secret, et la paroi coulisse lentement vers le haut, faisant entendre le raclement de la pierre. Il croise les mains sous sa robe, et débouche au beau milieu d’un large escalier en colimaçon. Sur les murs sont gravées des scènes de massacre et de torture, éclairées par une succession de torches. Il descend l’escalier, lentement, pendant plusieurs minutes. Seul le son régulier et sec de ses pas sur la pierre perce le silence. Mais dans sa tête, il entend cette voix qui lui parle, qui lui murmure de douces atrocités. Et durant tout ce temps il caresse la Pierre de Souffrance, avec amour. Il sent le crépitement de sa puissance lui lécher les doigts, aussi sûrement que son âme.

L’homme parvient finalement à une porte de bronze, devant laquelle se tient une silhouette massive qui le dépasse de plusieurs têtes. La silhouette est vêtue d’une robe semblable à la sienne, et d’un large capuchon pointu qui masque son énorme tête. Deux impressionnantes cornes d’ivoire en jaillissent. Une voix caverneuse l’apostrophe :

« Frère Volmor. Nous t’attendions avec impatience. »

« Extermination, mon frère Huùrt. Souffrance sur toi. »

Alors Kaldor Byron, alias Frère Volmor, dévoile sa Pierre. Celle-ci brille d’un éclat maléfique de lumière noire mais, étrangement, ne dégage aucune énergie. Au contraire, la Pierre de Souffrance semble même aspirer la réalité qui l’entoure, et s’en repaître. En raison du lien particulier qui les unit, lui seul peut sentir sa terrible aura de puissance.

« Souffrance et Extermination. » répond son interlocuteur, visiblement satisfait, en montrant sa propre Pierre.

Puis il lui ouvre la porte, et la referme derrière lui.

 

Frère Volmor pénètre dans une salle circulaire assez grande pour accueillir une table ronde et sept fauteuils d’ébène, autant de grands chandeliers, une multitude d’instruments de torture, ainsi que cinq créatures encapuchonnées.

Les quatre premières se tiennent assises autour de la table, leurs propres Pierres posées devant elles. Deux silhouettes de même taille que lui, une plus grande, et une très petite. L’atmosphère pue la conspiration.

La cinquième créature pue surtout le désespoir et le sang. Il s’agit d’une femme, dont il ne reste plus que le tronc, la moitié de chacun de ses quatre membres, et la tête. Son visage est presque entièrement dissimulé par une capuche de cuir clouté. Seuls ses yeux emplis de terreur, et ses lèvres tuméfiées par les coups répétés, sont visibles à travers ce masque. Sa poitrine nue est couverte de traces de lacération. L’absence de pilosité laisse entrevoir son sexe nu et meurtri. Elle est assise sur une chaise métallique, parsemée de pointes qui lui entaillent les chairs. Des crochets acérés sont plantés dans chacun de ses quatre moignons. Elle souffre atrocement. Elle gémit. Du sang dégouline lentement de ses innombrables plaies. Et pourtant, elle est toujours en vie.

Frère Volmor la fixe avec une fascination morbide non dissimulée. Une voix féminine, sifflante comme un serpent, lui parvient d’une des silhouettes de taille moyenne :

« Sssssalutasssssions, frère Volmor. N’essssse pas délissssssieux ? Ssssss’est une merveille que mes poudres, et posssssions. Sssssssouffranssssse, mon frère. »

« Souffrance, Sikis, ma sœur. Souffrance, mes frères. »

Il s’approche de la table, et prend place sur l’une des chaises, puis dépose sa Pierre devant lui, sur un socle de métal noir prévu à cet effet.

« Je vois qu’on s’amuse en mon absence ? »

« Aaaaaahahahahahaaaa ! » un rire dément s’élève de la plus petite silhouette et lui vrille les tympans. Bien que la créature masquée se tienne debout sur son siège, elle dépasse à peine le niveau de la table.

« Tu croyais qu’on allait t’attendre ? Touche-toi mon pote ! On lui en a fait baver, à cette pétachienne ! C’est une novice du harem de putes que s’enfile le père Torrus ! »

Sans se formaliser un instant de ces propos vulgaires, Frère Volmor tourne la tête vers la victime. Sous son capuchon, ses yeux brillent d’excitation et de convoitise. La plus haute silhouette poursuit alors, d’une voix froide et métallique, ignorant la précédente intervention puérile et grossière.

« J’ai capturé cette femme alors qu’elle était postée sur les toits. A notre recherche à 87% de probabilités. Une Gardienne. Je lui ai tranché les jambes et les bras, pour l’empêcher de s’enfuir. 100% d’efficacité. »

« Sssss’il y en a une, il y en a sssssent… J’essssspère que l’un des trissssstes sssssires ici prézzzzzents, n’a pas manqué aux règles élémentaires de sssssécurité ! »

Le cyborg appuie sur l’une de ses tempes à travers sa capuche, et un hologramme de la scène est projeté au centre de la table. La Gardienne, une novice semble-t-il à sa tenue, coure désespérément pour fuir un poursuivant invisible. Puis elle hurle comme une hystérique lorsque ses membres sont sectionnés et qu’elle tombe sur les tuiles crasseuses du toit. Elle se tait enfin lorsque sa langue est sauvagement arrachée. Dans les dernières secondes de projection, son agresseur l’assomme et elle s’immobilise sur les tuiles, ensanglantées par le sang qui s’écoule de ses narines, de sa bouche, et de ses membres tranchés.

« Aaaaahahahah, trop goooore ! Trop coooool ! »

La voix suivante semble irréelle mais résonne dans leurs têtes. Ils frissonnent en pensant à ce qu’elle pourrait leur faire sans la protection de leurs Pierres respectives.

« Silence. Ces Gardiennes sont de véritables plaies. Sans elles, il y a bien longtemps que le Seigneur Torrus serait tombé, ainsi que tous les Mages Noirs et Abjectalia avec eux. Extermination, telle est la meilleure solution à apporter à ce problème. »

« Nous ssssssommes d’accord sssssur ce point, frère Hulkhtu. Mais sssssette Gardienne peut encore nous révéler ssssssertaines informasssssions. Il fallait que je la sssssauve, pour sssssela. Nous comptons sssssur vous pour le ressssste. »

Frère Volmor tourne la tête vers la morte en suspend, qui sanglote silencieusement, consciente de ne pouvoir espérer la moindre chance de salut.

Soudain la porte s’ouvre une nouvelle fois, laissant passer un autre conspirateur masqué, accompagné du colosse qui gardait l’entrée. Celui-ci verrouille cette seule issue, et s’installe lourdement dans son propre siège. L’autre silhouette s’approche de la Gardienne, et caresse sensuellement sa poitrine ensanglantée. Puis elle lui pince cruellement les tétons et, du même coup, lui arrache de nouveaux gémissements. Lorsqu’elle prend la parole, c’est d’une voie féminine mélodieuse, charmeuse, et tranchante comme la plus acérée des lames.

« Extermination et souffrance. Ainsi, voilà notre victime du jour… Je vous félicite pour cette capture, mes chers frères. Tu es MORTE, tu m’entends ! TU ES DEJA MORTE ! »

Elle lui crache au visage et la gifle violemment, avant de prendre sa place autour de la table. Les sept conspirateurs se redressent et posent tour à tour la main sur leur Pierre avant de prêter serment.

« EXTERMINATION ET SOUFFRANCE.

QUE LA CONFRERIE DES TOURMENTS

APPORTE LE RENOUVEAU SUR CETTE TERRE.

SEMONS LES GERMES D’UNE NOUVELLE ERE. »

 

Frère Hulkhtu quitte le cercle et s’approche impassiblement de la condamnée. Il tend les bras devant elle et l’agrippe par les épaules. Ensuite seulement il commence à lui dépecer l’esprit. Il lui lacère plusieurs fois le cerveau de l’intérieur, lentement, afin d’annihiler toute trace de résistance. Puis il s’engouffre dans les nombreuses faiblesses interstitielles de son âme brisée. La malheureuse est prise de spasmes qui rouvrent ses plaies, mais elle reste muette, ne peut hurler sa douleur et sa haine. Totalement impuissante, ses souvenirs lui sont arrachés et analysés.

« Elle n’est au courant de rien. Ses maîtres ne l’ont pas dirigée spécifiquement contre nous. Elle jouait son rôle de gardienne, sans être consciente de notre présence. Les Pierres de Souffrance remplissent bien leur office. Malgré son conditionnement, des émotions s’expriment en elle. De la pitié pour les sous-hommes. Un désir. Les aider, les délivrer de leurs souffrances. »

« Aaaaaaahahahaha ! Ironie du sort ! Balle de boule de gomme ! Sale pute ! Tu ne sais même pas ce qu’est la Souffrance ! »

« Alors montrons-lui. »

Frère Volmor suit l’exemple des autres membres de la Confrérie des Tourments, et se saisit d’un instrument de torture avant de s’approcher de la novice. Il choisit un poinçon de métal déjà ensanglanté, et entreprend de tester la résistance de la chair humaine. L’aiguille métallique appuie et glisse voluptueusement contre l’épiderme, avant que celui-ci ne cède, ce qui l’émerveille chaque fois un peu plus. Alors la pointe s’enfonce avec une facilité déconcertante, faisant perler quelques gouttes de sang écarlate, qu’il caresse avec délectation de ses doigts pâles, se retenant de mordre à pleines dents dans cette chair si désirable.

Tour à tour ils infligent mille tourments à la pauvre femme, redoublant d’imagination et de cruauté. Lorsqu’une plaie un peu trop profonde menace de la terrasser, sœur Sikis y verse quelques gouttes d’un liquide brûlant, qui cicatrise instantanément la blessure et permet de poursuivre le jeu.

Enfin sœur Aelith se recule et entonne le champ sacré de la Confrérie, destiné à remercier leur Déesse toute puissante de leur avoir montré la voie : Arachnée, Dévoreuse des Âmes, Tourmenteuse Suprême. Les deux plus forts parmi les frères retirent les crochets et se saisissent de la malheureuse, relançant l’hémorragie aux extrémités de ses moignons. Cela n’a plus aucune importance, car elle n’a plus que quelques instants à vivre avant d’être délivrée de ces infâmes tourments.

La novice n’est pas consciente du sort que lui réservent les fous furieux : ils lui ont crevé les deux yeux, et elle a perdu connaissance depuis longtemps. Alors les autres frères placent une énorme pointe métallique au centre de la table, dont la base forme un réceptacle orné de crânes et de visages hurlants. Puis tous se tiennent debout autour de cet horrible autel sacrificiel, tandis que le colosse cornu monte sur la table, portant avec précaution ce qu’il reste de la novice. Tous chantent, ou plutôt hurlent, comme des possédés, absorbés par la beauté et l’intensité de cette macabre cérémonie.

A l’apogée de leur clameur démoniaque, le colosse place le corps inconscient au dessus de la pointe terrible. Son sexe frôle l’extrémité de métal, puis se laisse pénétrer avec douceur. Dans les premiers temps aucune résistance ne vient arrêter cette progression sensuelle et morbide. Les énormes mains couvertes de fourrure noire abaissent le bassin avec lenteur. Lorsqu’une résistance se fait sentir, le frère exerce d’abord une légère pression. Puis il appuie avec plus d’insistance.

A cet instant précis des flots de sang commencent à couler entre les cuisses de la novice, tandis qu’elle reprend conscience. Elle est aussitôt foudroyée par une douleur ultime, qui lui déchire les entrailles et balaie tout son être. Le pal de métal s’enfonce lentement en elle, et la vie l’abandonne enfin.

Et alors que son âme croit enfin s’échapper de ce corps ravagé, les Pierres de Souffrance brillent d’un éclat mauvais et la dépècent une nouvelle fois. Elles absorbent son énergie vitale avec avidité, tandis que son sang s’écoule dans le bassin situé à la base du pal. Puis il dégouline sur la table, et sur le sol. Les membres de la Confrérie des Tourments sont baignés d’un puissant sentiment d’extase. La pointe ressort par une orbite ravagée de la Gardienne, scène macabre au milieu de la sombre pièce.

Bientôt les tortionnaires s’écroulent dans leurs fauteuils, comblés. Cette cérémonie achevée, ils reprennent leurs discussions enflammées concernant l’accomplissement de leur œuvre de malheur. Finalement ils récupèrent leurs Pierre de Souffrance respectives et se séparent, toujours dans le plus grand secret.

Arachnée est fière d’eux.

 

LIRE LA SUITE

Si tu as aimé la lecture

Si tu as des suggestions ou corrections

N’hésite pas à laisser un commentaire !