Interview de Simone Beatriz

Zian Torrus
Zian Torrus
Black Mage banished from the human city of Solaaris for necromancy and forbidden medical experiments
Lord Regent of the damned city of Abjectalia

Simone portfolio :
https://simonebeatriz.artstation.com/

Interview Simone (en français)

Quel âge as-tu ?

J’ai 45 ans.

Où es-tu née et où vis-tu ?

Je suis née à Uberaba au Brésil et je vis toujours ici.

Comment as-tu appris à dessiner ?

C’était un process naturel. J’ai appris à dessiner en observant et en m’entraînant beaucoup. Mais j’ai aussi eu l’influence de ma grand-mère qui dessinait beaucoup.

Quels sont les livres qui ont grandement influencé ta vie ?

Le premier est très certainement Spharion de l’écrivaine brésilienne Lúcia Machado de Almeida. Elle a écrit de la science fiction pour les adolescents. Le second était Musashi d’Eiji Yoshikawa, il m’a apporté de bons et de mauvais souvenirs :). Et le troisième (je lis encore) est Caballo de Troya (Cheval de Troie) de J.J. Benitez, une bonne claque. 🙂

Quelle est ta connaissance de la Dark Fantasy, comme sous-genre littéraire et artistique?

Je dessine habituellement plusieurs genres, mais ce sera la première fois que je dessine de la Dark Fantasy.

Quel achat de moins de 100€ a le plus positivement impacté ta vie cette année passée ? (ou de mémoire récente)

Oh, mon Furai Starscream de Flame Toys. J’adore les Transformers.

Où te vois-tu dans 10 ans ?

Et bien, je pense que je continuerai à dessiner.

Quel est ton plus grand rêve ?

Oh, j’espère avoir un câlin du “grand mignon d’amour de ma vie”! <= C’est un secret XD

Merci beaucoup Simone !

* * *

Interview Simone (en anglais)

What’s your age ?

I am 45 years old.

Where are you born and where do you live now ?

I was born in Uberaba-Brazil and I still live there.

How did you learn drawing skills ?

It was a natural process. I learned to draw by observing and training a lot. But I had the influence of my grandmother who also drew.

What are the books that have greatly influenced your life ?

The first for sure was Spharion by Brazilian author Lúcia Machado de Almeida. She wrote science fiction for teens. The second was Musashi by Eiji Yoshikawa, brought me good and bad memories. 🙂 And the third (I’m still reading) is Caballo de Troya (Trojan Horse) by J.J. Benitez, a sweet slap in the face. 🙂

How familiar are you with the dark fantasy subgenre of fantasy literary and artistic works?

I usually draw several genres, and this will be the first time I’ll draw a dark fantasy.

What purchase of $100 or less has most positively impacted your life in the last year ? (or in recent memory)

Oh, my Furai Starscream from Flame Toys. I love Transformers!

Where do you see yourself in 10 years ?

Well, I think about continuing to draw.

What is your biggest dream ?

Oh, I hope to get a hug from that “big cute bot love of my life”! <= This is a secret XD

Thank you Simone !

* * *

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XXIV – Maître Hyboo

XXIV – Maître Hyboo

 

Les compagnons traversent une succession de cavernes, portant des traces d’activité. Des restes de repas, posés à terre sur de petits plateaux de bois. Des literies rudimentaires de paillasse et tissu, maculées de gras et de sécrétions corporelles. Des outils, pioches, pelles, pics de métal. Cela ressemble au logis de quelques créatures intelligentes, pas très évoluées, et pas très grandes.

« Ça sent l’gob. » lâche Poing-Tonnerre.

« Putain ouais. » confirme Aigle-Tempête.

Les compagnons ralentissent. Les gobelins sont des lointains cousins des orks, mais en plus petits et moins costauds. Assez inoffensifs, mais mieux vaut rester prudents. Peut-être vont-ils pouvoir demander leur chemin ?

Mantisss les attend dans le couloir principal, à l’entrée d’une galerie latérale creusée à la taille des gobelins. Le couloir continue, tandis que les galeries se multiplient sur les côtés, laissant échapper le tumulte d’une activité minière. Hormis l’insectoïde, seuls Phoebos et Garulo seraient assez petits pour passer par les tunnels, mais il n’en est pas question. Œil-de-Feu caresse la tête de Mantisss, qui passe sous forme éthérée, puis repart en éclaireur dans le tunnel exigu.

« Va ma toute belle, montre-moi ce que tu vois. »

Le chaman abaisse les paupières, et se concentre pour garder le contact avec son familier. Au début il reste totalement de marbre, droit et figé comme une statue, les deux mains agrippées au manche de son bâton. Les secondes s’écoulent Le reste de la troupe attend les informations qu’il pourrait leur transmettre. Soudain le chaman fronce les sourcils, tout en gardant les yeux fermés.

« Alors ? Alors ? Alors ? Cé koi ? Du monde à dérouillé ? Ou dé potos pour s’faire payé dé kanons ? Ça s’ré kool, mouais mouais ! » s’enthousiasme Ours-Agile.

« Hum, rien de tout ça. Mantisss voit des gobelins albinos, à la peau blanchâtre et aux yeux rouges. Des mineurs, comme on pouvait s’y attendre. Ils sont nombreux, creusant sans relâche les parois de roche, à la recherche de gemmes étincelantes.  Hum… attendez. Il y a des créatures plus grosses… Des ogres ! »

« Wooo purée on va s’lé faire ! » murmurent les autres orks.

Poing-Tonnerre caresse la tranche acérée de son énorme hache, un sourire carnassier sur les lèvres. Ours-Agile bondit de joie, tout en commençant à dérouler la chaîne de son fléau. Aigle-Tempête pose le doigt sur le cran de sécurité de son fusil à pompe. Imitant les orks, Kharn brandit sa masse cloutée, et Garulo sautille joyeusement d’un pied sur l’autre, les bras levés. Malgré quelques nausées post-traumatiques, les effets de la drogue Giromitras Gigas semblent complètement dissipés chez les gamins. Phoebos et Souffle-Dragon restent plus tempérés dans leurs réactions, comme à leur habitude. Le chaman calme ses troupes d’un geste de la main, les yeux toujours fermés.

« Attendez. Les ogres sont vraiment bien armés… et assez tranquilles pour le moment. Pas besoin de les provoquer et d’attiser inutilement leur colère, nous pourrions y laisser des plumes. Ou des poils… Par contre, les gemmes peuvent valoir le coup. Essayez d’en récupérer quelques-unes au passage. Bon… On va tenter de se la jouer discret. »

Œil-de-Feu rouvre les yeux. Balayant ses compagnons du regard, il pousse un soupir, puis sourit avec philosophie.

« Enfin… Aussi discrets que possible… C’est bien compris ? »

Tous les autres hochent la tête en signe d’assentiment, faisant tinter le fatras métallique de leur équipement. Le chaman marmonne quelques mots, dessine quelques symboles cabalistiques de ses doigts ridés, et le silence retombe aussitôt sur le groupe. Mantisss rejoint le groupe, et part via le couloir central. Poing-Tonnerre s’avance derrière elle, le bruit de ses pas étouffé magiquement, silencieux malgré sa lourde armure de plates. Les compères progressent lentement, pouffant sans bruit, comme une bande de gosses qui prépareraient une bonne blague. Au passage ils essaient de déloger quelques pierres précieuses de la roche, mais les gobelins ont déjà fait razzia sur la majorité du filon.

Le couloir principal continue sur quelque distance, puis débouche sur une grotte de bonnes dimensions, emplie d’avortons surexcités qui courent dans tous les sens. La plupart tiennent des pioches, marteaux, burins et autres outils précaires, et s’efforcent sans répit d’extraire les gemmes enchâssées dans la roche. D’autres portent des seaux, qui paraissent surdimensionnés en comparaison avec leur taille ridicule, et vont d’un groupe à l’autre pour récupérer le fruit du labeur collectif. Tous ont la peau extrêmement pâle. Leurs yeux rouges albinos brillent d’une résignation à accomplir leur tâche, mêlée d’une pointe de terreur.

Effectivement, lorsque l’une des faibles créatures s’écroule, épuisée, un gardien ogre ne tarde pas à la remarquer. Le mastodonte s’approche du malheureux, et tente de réveiller son ardeur à grands coups de fouets, beuglant des encouragements bestiaux. La victime hurle de douleur, chaque rossée lui arrachant de larges lambeaux de chair, mais ne se relève point. Ses compagnons d’infortune observent la scène du coin de l’œil, désespérés mais impuissants, emplis de la crainte de subir le même sort.

Lorsque toute trace de vie semble avoir quitté le pauvre gobelin, son bourreau ogre hausse les épaules, et reprend nonchalamment sa ronde.

Spectateurs de la scène, nos héros encaissent le coup avec plus ou moins d’empathie. Phoebos surtout, idéaliste et pacifiste comme on peut l’être à six ans et demi, est profondément choqué par la barbarie de l’ogre. Ce défoulement inutile du fort sur le faible gonfle son cœur de colère et de tristesse. Il pense pouvoir sauver la misérable créature s’il agit rapidement. Alors qu’il s’élance à son secours, une main se pose sur son épaule et le retient fermement. L’Enfant se retourne, le regard emplit de chagrin, de rage et d’incompréhension. Il voit le chaman, tout aussi peiné que lui, qui lui fait signe de se maîtriser. Le chaman laisse échapper une larme salée, qui coule de son œil sur la peau parcheminée de son visage, puis le long d’une de ses cicatrices rituelles.

« Reste calme. Il est déjà trop tard pour lui. Et nous ne pouvons pas tous les sauver. »

« Et pourquoi pas ? »

Phoebos le souhaite de tout son cœur. Au plus profond de son être, il se refuse de continuer en abandonnant les gobelins, malheureux esclaves, à leur triste sort. Sa conscience le lui interdit. Il en va même jusqu’à souhaiter que les gardiens les remarquent, lui et ses compagnons, rendant l’affrontement inévitable.

Son vœu est exaucé lorsqu’un petit gobelin blanchâtre, encore plus maladif que les autres, se retrouve face à eux juste à l’entrée du tunnel. D’abord paralysé par la stupeur, le nabot se met à sautiller nerveusement d’un pied sur l’autre.

« Attend ! Nous ne te voulons aucun mal ! » tente de lui faire comprendre Souffle-Dragon, la plus proche de lui à ce moment précis, en lui tendant la main.

Mais c’est sans compter sur la zone de silence qui entoure toujours le groupe, et fait que la tentative d’apaisement passe pour un geste agressif aux yeux du gobelin, plus habitué aux coups qu’à la compassion. L’albinos s’éloigne en gesticulant, les bras dressés dans les airs, brandissant sa petite pioche, et sort bientôt de la zone d’effet du sortilège. Un hurlement strident résonne dans la caverne, faisant se retourner plus d’une centaine de têtes minuscules et terrorisées dans leur direction.

Avant que les compagnons n’aient le temps de reculer, trois ogres en armure déboulent en pointant d’énormes flingues dans leur direction. Phoebos garde l’œil rivé sur l’un des canons. Il pourrait sans problème rentrer la tête dans la gueule de l’arme de gros calibre… Il se rappelle de sa dernière discussion avec Aigle-Tempête. Arrêter les balles ?…

« STOOP ZORKS ! VOU POUVÉ RIEN CONT’ NOUF’S ! »

« Hum… kombien tu paries, konnard ? » rétorque tranquillement Poing-Tonnerre, un large sourire en travers du visage, faisant un pas en avant pour protéger le reste du groupe.

Derrière lui, les autres orks affichent un air menaçant. Mantisss, furtivement accroché au plafond, pointe ses griffes acérées sur la nuque d’un des ogres.

Les gardiens ogres tiennent leur position, hésitant à ouvrir les hostilités. Alors qu’ils semblent sur le point de tenter leur chance, un raffut terrible fait s’agiter les esclaves derrière eux. Ce vacarme marque l’arrivée retentissante d’une haute silhouette de métal, dont les plaques d’acier crissent à chacun de ses lourds pas. Mais c’est surtout son arsenal impressionnant qui fait reconsidérer aux orks l’intérêt d’un éventuel combat.

Le robot de combat est suivi d’une créature plus petite, drapée de soieries rouges, de mépris et de suffisance, assise dans un fauteuil argenté flottant dans les airs. Alors que le nouvel arrivant leur fait face, les compagnons remarquent le plumage abondant qui recouvre sa grosse tête. La tête d’un hibou grand-duc, avec un œil barré d’une profonde cicatrice, remplacé par un globe rouge luisant.

« Un animalidé… » murmure Œil-de-Feu.

« Hoooo oui, un animalidé comme vous dites. Hoooo, à quoi diantre vous attendiez vous dans cette partie de Nahang’Hog, si près de Nahang’Huur ? » rétorque sèchement le hibou, qui s’exprime dans la langue commune, avec un accent racé.

« Mé cé koi ça… » tente Souffle-Dragon.

« SILENCE, misérables, c’est moi qui pose les questions ici, Hoooo ! C’est bien compris ? »

« GRRR… » répond Poing-Tonnerre en caressant de nouveau le fil de sa lame. Il est aussitôt imité par Garulo pour le grognement, dont c’est la grande spécialité, ainsi que par Kharn et Ours-Agile pour les mines menaçantes et l’étalage de leur potentiel offensif de négociation.

Le hibou recule au fond de son fauteuil, légèrement intimidé mais soucieux de ne point le laisser paraître. Il jette un œil au robot derrière lui et retrouve vite une contenance.

« AU TRAVAIL, vous autres ! » hurle-t-il à ses nuées d’esclaves insignifiants.

Les gobelins s’étaient arrêtés pour observer la scène, peu commune, et souffler un peu. Le fouet recommence à claquer, tandis que de nouveaux ogres en tenue de combat arrivent, surveillant les gobs du coin de l’œil et les compagnons du bout du canon.

« Bien. Voyons, Hoooo. Nous sommes entre gens civilisés, je présume. Je veux bien passer sur le fait que vous avez essayé de piller ma mine, Hoooo. Ainsi que sur le fait que vous effrayez mes employés et faites chuter leur productivité… »

« Ce ne sont pas des employés, ce sont vos ESCLAVES ! Vous n’êtes qu’un monstre… »

Une main verdâtre vient bâillonner Phoebos avant qu’il n’en dise plus.

« Hmmm, Hoooo ! Ce gamin est fort mal élevé. Surveillez vos paroles, jeune insolent, ou il pourrait vous en cuire ! Hoooo ! Je n’ai aucune leçon à recevoir de votre part quant à ma gestion du personnel ! Fort efficace, soit dit en passant… Où en étais-je, Hoooo ? Ah oui, je disais donc que j’étais prêt à passer l’éponge sur votre intrusion, à condition que vous acceptiez de me rendre un menu service. Rien de bien difficile, sans doute une simple formalité pour une bande de barbares sanguinaires comme vous, Hoooo. »

« Cé d’nous ki parle ? » demande Poing-Tonnerre, visiblement flatté, à l’oreille d’Aigle-Tempête.

« Et… quel serait donc ce service ? » se renseigne Œil-de-Feu.

« Très bien, Hoooo, je suis heureux que nous puissions nous entendre. C’est excessivement simple, comme je vous l’ai dit, Hoooo. J’ai simplement besoin d’une troupe en arme pour accompagner un chariot de marchandises en lieu sûr. »

« Kool, ça tombe bien, on a dé zarmes ! Mouais mouais ça va l’faire… »

« Heu… Cé koi la putain d’feinte ? »

« Monsieur l’ork, permettez-moi de vous dire que je vous trouve fort grossier, Hoooo ! Bel exemple pour ces enfants qui vous accompagnent… heu…enfin… pour ce drôle d’enfant elfe… ce grand bonhomme et… cette boule de poils… Hoooo, bref, vous m’égarez une nouvelle fois… Je vous prie de cesser vos questions, elles nous font perdre un temps précieux ! Signez-moi ça, et finissons-en avec cette affaire, Hoooo. »

Il appuie sur un accoudoir de son fauteuil, et un crépitement électronique se fait entendre à l’intérieur. Une série de feuilles imprimées sort d’une petite ouverture et atterrit directement dans les mains du hibou, qui les tend aux compagnons. Œil-de-Feu avance d’un pas pour récupérer les documents, mais le robot géant pointe instantanément tout son arsenal dans sa direction. Le chaman dénombre une dizaine de calibres surdimensionnés, sans doute capables de tous les réduire en poussière, et une bonne partie de Nahang’Hog dans la foulée…

« Approchez, Hoooo. Tenez. Un pour chacun de vous. »

Œil-de-Feu hausse les épaules, attrape les documents et les distribue à ses compagnons. Tous essayent de déchiffrer les lignes barrant les étranges feuilles imprimées. Kharn tient sa feuille à l’envers, sans comprendre de quoi il ressort, et quel intérêt peuvent porter ses amis à cette paperasse insignifiante. Garulo pour sa part, a tout simplement mangé le papier… Seuls Phoebos, Souffle-Dragon et Œil-de-Feu parviennent à lire sans encombre les termes du contrat, rédigé dans une variante du langage commun, de l’écriture belle mais torturée qui doit être celle de l’hibou-animalidé. Ils échangent un regard et réfléchissent, tandis que les orks terminent de déchiffrer laborieusement les dernières lignes.

 

MAITRE HYBOO, GERANT DE LA MINE N°343

FONCTIONNAIRE ASSERMENTE DE NAHANG’HUUR

DATE : AN 5007, Lune d’Espoir, 55e nuit, 17:73:46

OBJET : Contrat de livraison de marchandise – UTR 407

RENUMERATION : 2 % marchandise

SECURITE : Niveau 3

Signature de l’employeur :                Signature de l’exécutant :

 

« Heu… On a quelques questions. » avance prudemment le chaman.

« QUOI ENCORE ? HOOOO ! »

« Heu, tout l’début, la date, cé okay, mé cé koi Nahang’Huur ? » tente Souffle-Dragon, curieuse.

« Une cité souterraine… On en a pas parlé l’autre soir ? » lui glisse Œil-de-Feu.

« Hoooo, madame, sachez tout d’abord que votre ignorance ne m’inspire que mépris. Mais je daigne utiliser de ma précieuse salive pour vous répondre. Nahang’Huur est la merveilleuse cité bâtie quelques centaines de mètres au-dessus de nos têtes, Hoooo, et votre objectif pour la livraison. Son nom signifie le Joyau des Profondeurs dans notre langue. Il est évident qu’elle émerveillera vos yeux barbares lorsque vous la verrez, Hoooo ! »

« Et… UTR 407 ? »

« Unité de Transport Robotisé, 407e convoi pour Nahang’Huur depuis l’ouverture de la Mine 343. Hoooo. Dont vous êtes l’escorte, et que voici. »

Maître Hyboo désigne une boîte de conserve bipède qui s’avance vers eux en grinçant, minuscule à côté de l’imposant robot-gardien. D’innombrables gemmes tintent contre les parois métalliques interne de cet étrange réceptacle.

« Ho put… zut de zut ! Je r’konné la bête, cé un vieux modèle Trash-T4 ! » s’exclame Aigle-Tempête.

« Je vois que monsieur est connaisseur, Hoooo. Ce modèle n’est pas armé, et c’est là que vous intervenez. Je n’ai aucune nouvelle de l’équipe partie la dizaine dernière avec l’UTR 406, trois ogres bien équipés pourtant, Hoooo. Et même les gobs que j’ai envoyés en reconnaissance ne sont pas revenus. Je compte sur vous pour tous les retrouver, les punir, et finir le travail correctement. »

« Et kezako… sécurité 3 ? »

« Bah wéééé, cé koi c’truk ? »

« Cessez de m’importunez, Hoooo ! SIGNEZ, ET DISPARAISSEZ ! Le robot-gardien vous montrera le chemin. »

Une plume à la pointe délicatement encrée apparaît devant chaque compagnon qui tient encore un contrat. Le chaman trace quelques lignes, et dessine un œil stylisé entouré de flammes. Les autres orks tentent une figure de style du même genre, avec plus ou moins de succès. Phoebos hésite, puis l’inspiration vient. Il contemple son œuvre, très satisfait : Lune couronnée de Stormanea. C’est la première image qui lui est venue à l’esprit, s’imposant à lui comme une évidence.

Les plumes s’envolent, puis les contrats, pour réapparaître entre les serres de Maître Hyboo. Celui-ci les fait défiler en un éclair devant ses yeux impitoyables, puis ils disparaissent dans un flash éblouissant.

« Bonne chance à vous, Hoooo ! Ne me décevez pas. »

Le hibou leur adresse un dernier signe de tête, et part vaquer à ses nombreuses autres occupations. Le robot-gardien raccompagne les compagnons jusqu’à la sortie, au son des grincements de ses articulations de métal, et du grondement de ses pas pesants. Poing-Tonnerre pense un instant à désosser la créature de métal, mais l’appel du défi et du gain est le plus fort.

Alors qu’ils ont fait quelques pas dans le tunnel de sortie, Phoebos tourne la tête, le cœur gonflé d’amers regrets. S’il avait pu… Il aurait tant voulu délivrer les pauvres gobelins de leur triste quotidien. Au loin, il aperçoit un ogre qui fouette violemment une nouvelle victime. L’Enfant jette un œil vers ses compagnons qui s’éloignent, s’arrête et se saisit d’une pierre assez lourde. Il se concentre, et de toutes ses forces il projette la pierre en direction du tortionnaire. La pierre vole dans le tunnel, sur une trentaine de mètres. L’ogre est frappé à la tempe, et malgré la protection de son casque d’acier, lâche son fouet et s’effondre sur le sol, assommé. L’avorton en profite pour détaler sans demander son reste.

De ses yeux perçants, Phoebos distingue le filet de sang qui s’écoule sur la joue de l’ogre. Il regarde ses compères incrédules accourir à la rescousse. L’Enfant sourit tristement, et reprend sa route.

 

SUITE A VENIR 😉

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XXIII – La maîtrise des Arcanes et du Ki

XXIII – La maîtrise des Arcanes et du Ki

 

Kharn et Garulo ressentent maintenant les effets des perles de Gyromitras avec plus d’intensité. Ils sont pris d’un fou rire démentiel. De la bave coule à la commissure de leurs lèvres. Les orks les maintiennent plaqués contre le sol de la caverne, aussi fermement que possible sans les blesser. Œil-de-Feu a tiré plusieurs herbes et onguents de son paquetage, et s’efforce d’apaiser les esprits drogués des deux enfants. Phoebos est affolé, il s’en veut d’avoir gardé toute son attention sur le combat, et n’avoir pu empêcher cette bêtise. Souffle-Dragon également, toute absorbée qu’elle était par la découverte du carnet de notes. Les Limax ont repris leurs couinements désagréables en fond sonore de la scène.

Malgré tous les efforts du chaman, les enfants sont pris de spasmes violents, le sang et le cerveau saturés par l’importante quantité de perles qu’ils ont ingérés, sous une impulsion de curiorité bien malheureuse. Poing-Tonnerre et Aigle-Tempête sont penchés sur Kharn, dont la force incontrôlable est la plus dangereuse. Ours-Agile et Souffle-Dragon tiennent Garulo, l’empêchant de battre l’air avec ses griffes. Le petit singeloup hurle comme un possédé, supportant moins bien l’intensité des effets de la substance. Ses yeux se révulsent, et il manque avaler sa langue. Œil-de-Feu l’en empêche, et s’efforce de ralentir son cœur, tout prêt à exploser.

« Je n’y arrive pas ! Phoebos, aide-moi ! »

Phoebos ajoute son énergie de guérison à celle du chaman, mais cela ne suffit pas. Tentant le tout pour le tout, il tire une graine magique de son sac, et la place entre les lèvres de Garulo. Avec l’aide du chaman il parvient à la lui faire avaler, et au bout de quelques instants le petit singeloup retrouve son calme, hébété mais hors de danger.

Mais la crise de Kharn atteint son paroxysme, et il faut bien toute la force du maître berzerk pour l’empêcher de déchaîner sa frénésie. pose les mains sur ses tempes, maintenant au mieux sa tête vociférante. Après plusieurs tentatives infructueuses, manquant se faire mordre, Phoebos lui fait gober à son tour une graine du Grand Arbre. Les effets se font rapidement sentir chez l’enfant, ses spasmes musculaires et ses battements de cœur ralentissent. Son corps est sauf, mais pour sauver son esprit le chaman continue son imposition des mains, et purge le Ki qui circule en Kharn. Peu à peu l’enfant s’apaise, et ses traits se détendent complètement.

Bientôt les deux imprudents dorment d’un lourd sommeil, toute menace de crise écartée. Phoebos se tient à leur chevet. Le chaman a fait taire les mollusques bruyants d’un sort de silence, et ramasse les perles toujours répandues à terre dans le tunnel. Puis il s’empresse de ranger le sac dans son bagage, non loin du carnet de note.

Œil-de-Feu et Aigle-Tempête inspectent les objects éclectiques trouvés dans la cavité murale, dernières preuves des expériences du dénommé Daïus Holthar, du Ministère de la Recherche des Mages Noirs. Ils trouvent une télécommande, destinée à contrôler la sphère lumineuse dans la caverne, la caméra de télésurveillance désormais détruite, et d’autres fonctions qu’ils n’ont pas le temps d’étudier. Une malette d’instruments médicaux, et d’instruments de torture. Des éprouvettes remplis de produits chimiques. Un pistolet à flechette. Un talisman orné d’une gemme sombre, et frappé du sceau d’Abjectalia : le Crâne Cornu Rieur. Une balise de localisation, magique et électronique. Œil-de-Feu et Aigle-Tempête font le nécessaire pour la désactiver. Le tekno fourre les objets dans son sac, pour les inspecter plus tard. Avec sa magie, le chaman pourra mener une analyse psychométrique pour en apprendre plus sur Daïus Holthar et ses motivations.

 

Les compagnons quittent la grotte du géant fou. Ils marchent plusieurs heures, mis à profit pour se remettre de leurs émotions. Enfin ils marquent la pause de fin de nuitée, et installent leur campement. Les orks astiquent leur attirail, comme à leur habitude. Le maître berzerk frotte la bosse impressionnante qui orne encore son crâne, mauvais souvenir du géant, à l’aide d’une pommade curative élaborée par le chaman. Souffle-Dragon, se sentant toujours un peu coupable, veille sur les deux enfants convalescents. Phoebos est soulagé maintenant que son frère et leur compère poilu sont hors de danger. Ses pensées reviennent à ses considérations habituelles. L’apprentissage du pouvoir, entre autre.

« Dis Œil-de-Feu, comment as-tu fait pour calmer Kharn, après qu’il ait pris la graine ? Juste avec tes mains… J’arrive à soulever des pierres, contrôler le feu, guérir les blessures mêmes. Mais je ne fais jamais qu’agir sur la matière visible, sur des choses que l’on peut voir et toucher… C’est facile… J’aimerai pouvoir aller plus loin, maintenant ! »

« Hum… » le chaman cherche ses mots, tout en allumant sa pipe. « En premier lieu, ne sous-estime pas tes capacités, Phoebos. C’est déjà un exploit de pouvoir manipuler les forces magiques comme tu le fais. Même la matière. Pour l’immatériel, c’est une autre paire de manche. Tu dois prendre le temps d’explorer l’immensité de ton esprit, pour mieux le contrôler, l’affûter, l’affiner… Apprendre à distinguer les innombrables flux d’énergie qui baignent les êtres, et le monde qui nous entoure. Alors seulement – et pas avant – seras-tu capable de maîtriser la quintessence des arcanes magiques. Mais je pense que tu es encore un peu jeune, même si tu es extrêmement doué. Surtout, il te manque encore un élément essentiel : la sagesse. Cela viendra avec le temps, ne sois pas déçu. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre. »

« Ne t’en fais pas, je comprends. J’apprendrai la patience… Mais j’aimerai tant pouvoir créer un bouclier comme le tien ! Pour vous protéger tous ! » reprend l’Enfant avec un enthousiasme débordant.

Œil-de-Feu, assis prêt du feu et des gamins convalescents, sourit chaleureusement à son jeune élève.

« Le Ki, Phoebos, le Ki. Le mana, l’aether, l’énergie magique, l’énergie spirituelle, peu importe comment on l’appelle. Là est la clé. Tu dois pouvoir le modeler à ta convenance, par la force de ton esprit. Tu dois penser très fort à la forme que tu veux lui donner, la visualiser même, et tisser la trame du Ki dans ce but. »

Le chaman fouille dans son sac, pendant que ses mots s’impriment dans l’esprit de son disciple. Avec le plus grand soin, il en sort un ouvrage épais et ancien. Il le caresse avec émotion, puis le tend à l’Enfant.

« Tiens… Jette un œil à ce grimoire. »

Dans un premier temps, Phoebos n’ose poser les mains sur cet antique recueil de connaissances, qui pulse paisiblement d’énergie à l’état pur. Mais il l’accepte finalement, avec une délicatesse exagérée mais sincère. Des souvenirs remontent à la surface de son esprit, des lectures qu’il faisait auprès de Grand-Père, au coin de l’âtre, dans la hutte patriarcale. Pour la première fois, une telle pensée fait naître l’ombre d’un sourire en bordure de ses lèvres, plutôt que de couvrir son cœur d’un voile de tristesse. Il se souvient de l’Ancien, qui refusait de le laisser manipuler seul un tel ouvrage. Et maintenant il comprend mieux pourquoi. Trop de puissance pour un si jeune enfant… Il repense à tous ces livres qui sont partis en fumée, cette nuit maudite où la Tribu a été anéantie…

« Je le tiens de mon maître, Bison Argenté. Et je n’ai cessé de l’enrichir avec le temps, afin de parfaire mes sortilèges et mon art. Des notes, des idées, des visions, des mots de pouvoir, des réflexions sur le monde… Des poèmes même, lorsque les muses daignaient me visiter… Pour tout initié aux arts magiques, un tel grimoire est un élément indispensable, tellement précieux. »

Phoebos caresse la couverture de cuir, en évitant de toucher les enluminures sang et or. Puis il parcourt les premières pages, découvrant le serment du chaman, les premières annotations inscrites par Bison Argenté, et les règles sacrées édictées par le Conseil. Oubliant tout autre chose alentour, il s’assied près du feu, à côté de son mentor, et de ses amis. Œil-de-Feu le guide jusqu’à la page dévoilant les secrets du bouclier de protection.

« Regarde les mots, les symboles, et essaie de comprendre leur signification. Je les ai retravaillés jusqu’à arriver à la combinaison qui me paraissait la plus appropriée. Une partie de ma force vitale, de mon Ki, imprègne ces lignes, et ces feuillets jaunis par le temps. C’est ce qui leur donne une grande partie de leur pouvoir. En les lisant, tu pourras y trouver une partie de tes réponses. Mais malgré tout tu devras trouver tes propres mots, suivre ta propre voie pour parvenir au bon résultat. Regarde, et apprends… »

Les deux initiés passent un long moment plongés dans le grimoire.

Parfois le cliquetis des armes et des armures leur rappelle la présence du reste de la troupe. Puis les orks se lancent dans la préparation du repas. Poing-Tonnerre peste contre cette « salop’rie d’géant d’pierre », qui n’était même pas comestible… Ses limaces auraient pu faire pour l’apéro, mais ils n’en ont pas pris. Le berzerk s’éloigne un peu pour dénicher quelque chose de plus consistant. Aigle-Tempête s’est lancé dans la préparation d’une poêlée de champignons, en assez grande quantité pour eux tous. Souffle-Dragon s’amuse comme une folle avec un jouet électronique, une “Gam’Boyz”, que lui a prêté le tekno. Ours-Agile est penché sur son épaule, et se marre avec elle, lui balançant de grandes tapes dans le dos lorsqu’elle gagne ou perd.

«Satané boss de fin d’niveau… Vas-y fé lui la fesse ! » l’encourage le berzerk.

« Et eux… Tu ne leur apprends pas la magie? » murmure l’Enfant au chaman.

« Très bonne question, mon jeune élève. Comme tu le sais, sur proposition du Conseil, les orks survivants à la guerre ont abandonné leurs noms pour suivre la voie du chaman. Afin de perpétrer nos traditions, notre sagesse, pour que brille encore une étincelle d’espoir… Mais j’ai tout essayé, et ces quatre là ne sont pas doués pour la magie… Chakun son truk, comme on dit chez nous. »

« Même avec des parchemins ? »

« Hmm, tu apprends vite. Non, même en lisant un parchemin, qui contient pourtant toutes les indications nécessaires, ils ne parviennent pas à modeler correctement les courants magiques qui nous entoure, et l’énergie du Ki en eux. En revanche, l’Ordre Berzerk a développé depuis longtemps des techniques très intéressantes pour utiliser cette énergie au combat. Mais patience, nous n’en sommes pas encore là… »

Le maître chaman sort un nouvel objet de son sac à malice, une étoile dorée sertie d’une pierre blanche étincelante. Œil-de-Feu passe une main devant la pierre, augmentant l’intensité de son éclat. Phoebos se masque les yeux pour ne pas être aveuglé.

« Oh pardon, c’est un peu fort. Ceci est un Talisman de Lumière. »

Œil-de-Feu passe la main devant la pierre, et celle-ci retrouve une intensité supportable.

« Comme pour un parchemin, la personne qui a créé ce Talisman y a enfermé une partie de son énergie, en lui donnant une forme particulière. Mais l’élaboration d’un tel objet est beaucoup plus complexe que l’écriture d’un parchemin, et la difficulté augmente avec la puissance de l’objet. Cette méthode peut aussi être utilisée pour créer une arme, tel le Tranchoir de Poing-Tonnerre, ou bien son armure. »

Œil-de-Feu repose le Talisman, tire une bouffée de sa pipe, puis reprend sa leçon.

« Regarde ma main. Chaque anneau renferme un pouvoir particulier, que j’ai appris à connaître pour bien le maîtriser. Regarde ce pendentif à mon cou, qui m’a été remis lors de mon accession au titre de maître chaman. Regarde le joyau du Feu Ardent qui y est enchâssé. Regarde mon bâton, et ses runes sacrées… Les objets enchantés acquièrent une énergie propre, qu’il est nécessaire de stimuler, et de contrôler pour en faire bon usage. »

« Waaaa… C’est fantastique… »

« Oui, mon jeune ami. Mais revenons au Talisman de Lumière. Il a été créé par Blanche-Marmotte, alors qu’elle était une toute jeune apprentie, déjà très douée. Son pouvoir est de concentrer la lumière, pour la rediffuser de manière amplifiée. Tiens, essaie. Approche-le du feu, vois comme il rayonne. Pas trop près, attention. Maintenant, tiens le bien au creux de tes mains, et concentre-toi. Essaie d’utiliser ton Ki pour contrôler la lumière. »

L’Enfant referme ses mains pâles sur le Talisman. Il tient l’étoile de métal doré d’une main, et plonge la pierre blanche dans l’obscurité de l’autre main. Puis il ferme les yeux, et contrôle le flux d’énergie qui s’écoule par ses paumes, comme lors de l’expérience de la flamme magique. Cette énergie pénètre lentement dans la pierre, qui ne tarde pas à se gonfler de magie, et irradier de lumière à travers ses doigts.

« Génial, ça marche ! Ouch, la pierre chauffe et devient brûlante ! C’est tellement facile, incroyable ! »

« Oui… C’est tout l’intérêt des artefacts magiques. Ce sont de puissants catalyseurs, qui permettent de modeler le Ki avec un moindre effort. Tu comprends leur importance. Ils peuvent faire toute la différence lors d’un combat, d’une bataille. Ou dans d’innombrables autres situations, selon le pouvoir qui leur a été donné. »

Œil-de-Feu tire une nouvelle bouffée de sa pipe, et esquisse un sourire triste.

« Je te confie ce Talisman, Phoebos. Prends en grand soin, et entraîne toi sans relâche à maîtriser tous ses pouvoirs. »

« Œil-de-Feu, merci… Encore un cadeau… Tu es beaucoup trop généreux avec moi. »

« Ne te méprend pas, Phoebos. Si je te fais ces cadeaux, c’est que cela m’emplit de joie. Je désespérais de trouver un apprenti auquel je pourrais transmettre mon savoir. Notre rencontre est un signe du destin, alors daigne accepter ce modeste présent. Car il était écrit qu’il en serait ainsi. »

« Merci, mille fois merci… Mais… si nous ne nous étions jamais rencontrés ? C’est le Talisman de Marmotte, tu dois beaucoup y tenir ? »

« Oh oui, c’est certain. Mais je souhaite encore plus ardemment que ce Talisman de Lumière te revienne. Et je suis certain que Marmotte aurait désiré la même chose. Ainsi elle continuera de vivre en toi, en quelque sorte. Mets-le précieusement de côté pour l’instant, et passons à la suite de notre leçon. Si les arcanes magiques sont un élément essentiel de notre Art, il existe également d’autres façons d’utiliser le Ki. Par exemple tout à l’heure, lorsque tu t’es concentré pour donner plus de force à ta flèche, tirée contre le géant. A l’inverse, si tu avais été la cible, tu aurais pu essayer de dévier cette flèche. L’énergie qui nous entoure peut être canalisée et modelée pour agir sur l’univers matériel. »

« Je vois ce que tu veux dire. J’ai fait ça sans y penser, par pur instinct… »

« Et je t’en félicite. C’est comme ça que ça doit marcher. Un guerrier par exemple, avec l’expérience, devient capable de sentir l’énergie vitale qui circule dans tout son corps. Avec de l’entraînement, il devient capable de ralentir ou d’accélérer l’écoulement de cette énergie. Economiser ses forces. Ou déchaîner sa fureur. »

« C’est ce qu’a fait Poing-Tonnerre contre le géant ? »

« Oui, exactement. »

« HOLA lé potos, on parle de moi ? Bougé vous d’finir vot’ papote, on va bientôt passé à la tambouille. Maté un peu c’ke jé chopé ! »

Le berzerk brandit par la queue une espèce d’énorme raton, gigotant avec frénésie. La bestiole se contorsionne et essaie de mordre celui qui le maltraite ainsi. Mais Poing-Tonnerre ne se laisse pas faire, et d’un revers parfaitement maîtrisé, lui explose la tête contre une stalagmite dépassant du sol.

« Ayé la bestiole est r’froidie, nous f’ra plus chier. Tiens Aigle-Tempête, mézy à kuire avek lé champis. Lé bien grasse, miam miam. En fait jé complèt’ment trop la dalle… Souffle-Dragon, tu voudré pas y foutre un koup d’rôtissoire lance-flam’ pour gagner du temps ? Komment ça cé pô fait pour ça ? Mouais, bon d’accord… »

Poing-Tonnerre se retourne vers Œil-de-Feu et Phoebos.

« Vous disié koi de bô ? »

« Hum, je lui expliquais les possibilités d’utilisation du Ki. Et on allait justement parler des techniques de l’Ordre Berzerk. Ecoute Phoebos, le principe est assez simple : concentrer le Ki dans une partie de ton corps, ce qui te donne une force ou une résistance supérieure, phénoménale. Hey boss, tu peux nous faire une petite démonstration ? Avec un caillou pour commencer ? »

« Waaa, trop fastoch’ !… Regard’zy bien, ça va allé très vite. »

Le colosse ramasse une pierre, plus grosse que la tête de Phoebos, mais qui dépasse à peine de son énorme main. Il la montre à l’assemblée, comme un prestidigitateur voulant prouver que son tour est réalisé sans aucun trucage.

« Maté ça. Là y’a une pierre. »

Il referme la main et le rocher est immédiatement pulvérisé en une poudre grisâtre, qui s’écoule à terre lorsqu’il écarte ses doigts.

« Et là y’a pu d’pierre ! »

« Mouais… Cé trop facile boss, t’as pris une kaillasse tout’ molle ! J’fé pareil ! »

Ours-Agile ramasse un caillou à sa taille et le broie tout aussi facilement. Les autres Orks esquissent un sourire, habitués à ce genre de défis entre les deux berzerks.

« P’tit kon va, hé ça tu peux l’faire ? »

Poing-Tonnerre s’approche d’une énorme stalagmite, et l’enlace de ses bras démesurément musclés. L’instant d’après, la pointe de pierre éclate en une infinité de cailloux de petite taille. Ne voulant pas en rester là, Ours-Agile s’empresse de faire de même. Il force comme un possédé sur une grosse stalagmite, jusqu’à ce que ses veines saillent sur ses tempes, ses biceps. Finalement la stalagmite se fissure et tombe en petits morceaux. Phoebos se lève et essaie à son tour, mais ne parvient pas à diriger une énergie suffisante vers ses muscles pour détruire le rocher.

« ET ÇA, VOUS POUVEZ L’FAIRE !? »

Le maître berzerk, soucieux de prouver qu’il est vraiment le plus fort, fait péter un énorme coup de poing dans un mur de la caverne. L’impact fait littéralement éclater la paroi, creusant un profond cratère circulaire qui s’étend du sol au plafond. Mais le choc se propage, et la caverne se met à trembler. Des morceaux de roches tombent vers le sol, risquant de blesser les compagnons.

D’instinct, Phoebos s’élance vers Kharn et Garulo. De toutes les forces de son esprit, il parvient à stopper la chute des pierres meurtrières juste au dessus d’eux. Œil-de-Feu également a été prompt à réagir, créant un bouclier magique de dimensions plus importantes. Seul Poing-Tonnerre n’a pas jugé utile de se mettre à couvert, car il n’a pas besoin d’une telle protection. Il se déplace légèrement, la tête levée vers le plafond, et lorsqu’un rocher tombe vers lui, il le pulvérise d’un coup de boule d’une grande puissance. Du sang s’écoule par une légère entaille au dessus de son sourcil gauche, mais il sourit au reste du groupe et salue pataudement, ravi de sa prestation…

Le maître chaman laisse éclater sa colère. Son accent ork le plus primitif reprend alors le dessus :

« MÉ CÉ PÔ VRÉ ! Ah ça cé sûr, cé toi l’plus fort, mé T’AS VRÉMENT UN P’TIT POIS DANS LA TÊTE ! Le plus fort pour faire nimp’ ouais ! Kelk’un aurait pu êt’ blessé ! Lé zenfants sont pô aussi kostos k’toi ! »

« …Ah ouais, merde… Chui désolé !… » laisse échapper un Poing-Tonnerre un peu penaud.

« Putain boss tu krains du boudin !… T’as dékonné, tu m’as fé perdre ma partie d’Gam’ Boyz ! »

« GRRR… »

« Nan putain tap’ pô la tête, tap’ pô la tête !… »

 

La nuit suivante, les compagnons reprennent leur marche dans les profondeurs de Nahang’Hog. Kharn et Garulo ont repris connaissance, mais restent silencieux, comme s’ils avaient une sale gueule de bois.

Aigle-Tempête s’approche de Phoebos.

« Hey gamin, cé trop kool c’ke l’chaman t’as appris. Etre un chaman, c’est vrément la klasse. Mais putain sans dek’ faut faire ‘achment gaffe… La magie ça fé pas tout… »

« Oui, c’est sûr. »

« J’avé un frère k’été chaman, et ben maint’nant ilé raide mort, six pieds sous terre… Pendant la dernière guerre kontre Abjektalia d’mes deux, il sé pris un putain d’missile. Eh beh j’peux t’dire ke bouklier d’énergie ou pô, on l’a r’trouvé éparpillé en p’tits morceaux façon puzzle… Cété franch’ment moche à voir, j’te l’garantis. »

« …Désolé… »

« Non, t’en fais pô mek. L’a buté paket d’ogres et d’géants avant d’krever. Ilé mort en héros. Cé pas l’blème. C’ke j’voulé t’dire, cé d’faire ‘achment gaffe aux flingues, et toutes lé zarmes de teknologie. Paske ça pardonne pô. Sauf si té kapable d’arrêté les balles, les lasers, les missiles… Mais là, ça veut dire k’t’es déjà un putain d’balèze… »

Le tekno lui montre son énorme flingue en acier chromé. Phoebos a déjà été témoin des dégâts qu’était capable de produire une telle arme.

« Tu peux avoir la hache la plus maouss’, ou plein d’pouvoirs… Mé kontre ça, j’en konnais pô des masses ki font les marioles… Bam ! Une putain d’balle bien kallée dans la tronche, et tu t’retrouves fissa à faire la papote avek les pissenlits et les vers de terre. »

Œil-de-Feu observe la discussion du coin de l’œil, tout en marchant en appui sur son bâton. Il tortille sa barbichette de plus en plus fournie, de plus en plus blanche également… Mantisss est partie en éclaireur, tandis qu’un essaim de lucioles voltige autour d’eux. La troupe avance à bons pas, de plus en plus proche de son but.

Après sa discussion avec Aigle-Tempête, l’Enfant semble méditer aux enseignements de la nuitée dernière. De la main droite, il tient fermement sa lance tribale. L’autre main est serrée sur le Talisman de Lumière, qui pulse par intermittence. Sans relâche, Phoebos s’entraîne à maîtriser son pouvoir, et il semble y parvenir à merveille. En s’approchant un peu, la chaleur qui se dégage de l’objet est presque perceptible, et le rayonnement de lumière parfaitement maîtrisé. Même lorsque l’Enfant paraît songer à autre chose, parle à son frère, ou bien avec un autre membre de la compagnie, sa concentration reste exemplaire… Il n’a pas perdu de temps.

L’élève n’est pas un vase que l’on remplit mais un feu qu’on allume.

Je me souviens de cette phrase, que répétaient sans cesse mes maîtres lorsque j’étais encore un jeune apprenti. C’est tellement vrai, je m’en rends bien compte à présent. Quant à Phoebos, c’est un véritable brasier, qui brûle avec une telle ardeur…

 

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XXII – Kaldor Byron au Bar Glauque ¥¥

XXII – Kaldor Byron au Bar Glauque ¥¥

 

Kaldor Byron passe devant le videur cyborg et pénètre dans le Bar Glauque, l’un de ses préférés dans toute la ville. La clameur du troquet remplace celle de la rue. Idem pour les odeurs. Quelques visages hébétés se tournent vers lui alors qu’il se dirige vers sa table habituelle, au fond à droite de la pièce. L’atmosphère est enfumée, baignée par les émanations d’une multitude de drogues différentes, fumées, infusées, injectées, sniffées sans que personne ne semble s’en émouvoir. On distingue à peine la décoration gothique qui orne les murs et le plafond noirci, hormis quelques crânes qui pendent au bout de chaînes de métal rouillé.

Les haut-parleurs crachent un vieux tube de Tor-Mino, le groupe mythique de Death Metal Mélodique Minotaure. LE carton de la décennie passée, et de la fête du Nouveau Millénium. Les instruments rageurs et les voix gutturales des bêtes encadrent à merveille celle de la belle, une Elfe des cendres surnommée Princesse Obliviae. Tout le groupe a disparu mystérieusement lors de la dernière Morte-Lune. Enfin, peu importe…

Kaldor Byron pose sa cape à ses côtés, mais conserve son manteau noir sur le dos, et son chapeau noir à larges bords vissé sur la tête. Il fait un signe discret au barman, un Ogre jovial qui répond au doux patronyme de Brise-Crâne, et celui-ci commence à lui préparer un verre. C’est un retraité des arènes, propriétaire et tenancier de l’établissement, serveur en salle pour les habitués, et même videur en cas de besoin. Incontestablement, une bien meilleure reconversion que celle de feu Roh Phaelix…

Caché sous son chapeau, Byron observe son environnement enfumé. Une fille quasiment nue se trémousse sur la scène, sous deux néons usés projetant une lumière terne. Des tatouages blasphématoires et piercings audacieux recouvrent une grande partie de son corps. Certains sont encore frais, et sa peau tachée de sang. Ses quatre bras ornés de bracelets, ses hanches ondulent au rythme de la musique envoûtante.

Soudain la fille se penche en avant et griffe l’air de ses longs ongles peints. Les tintements de ses ornements métalliques sont étouffés par le chaos sonore de la pièce. Elle se caresse la poitrine, au grand plaisir des spectateurs situés aux premiers rangs. Puis elle pince l’un de ses tétons entre deux ongles, et commence à tirer dessus. L’extrémité du sein devient écarlate et offre un contraste saisissant avec ses veines bleutées, où coule probablement un flot de psychotropes en tout genre. La fille continue de tirer, et ses cris de douleur sont à peine couverts par la musique. Un morceau de peau commence à se détacher, mais elle continue de tirer dessus et gémir. Un lambeau de peau est arraché tandis qu’elle pousse un cri d’extase mêlée de douleur.

Quelques spectateurs détournent la tête, ne pouvant supporter d’en voir plus. D’autres gardent le regard fixé sur la scène, fixé sur la fille exhibant son corps mutilé, fascinés et excités. Certains autres clients encore esquissent un sourire blasé, ou ne prêtent même pas attention à la représentation masochiste. Byron appartient à cette catégorie là, tant il a déjà pris part à des milliers d’horreurs bien pires que celle-là.

La chair du téton est à vif et un filet de sang s’écoule de la blessure. La fille présente le morceau de peau aux spectateurs. Elle traverse la scène d’un bout à l’autre, levant bien haut son trophée charnel, continuant à se caresser le corps constellés d’anneaux de métal avec ses trois autres mains. Elle pointe une longue langue fourchue en direction de la salle, puis se lèche sensuellement les lèvres, écarlates et dégoulinantes de vice. Enfin elle jette le bout de téton ensanglanté dans le verre d’un des clients médusés, juste au pied de la scène. Puis elle passe à la suite de son spectacle, mettant en œuvre des aiguilles de métal chauffées à blanc.

Kaldor Byron connaît la chanson par cœur, tellement il a souvent vu la fille à l’œuvre. Agonicia, tel est son nom de scène. Il a déjà passé quelques nuits dans son lit, et l’a fait jouir, et hurler, cette merveilleuse salope d’amour.

Byron remercie Brise-Crâne lorsque l’ogre dépose un verre fumant sur la table, et lui glisse quelques skullz en retour. Une liqueur de Douce Mort, son breuvage préféré du moment. L’homme boit une petite gorgée, et enchaîne sur une grande goulée. Le liquide acide lui brûle les entrailles, lui arrachant un murmure de douleur, de plaisir. Un petit arrière-goût musqué lui reste sur le palais, et dans la gorge. Une saveur toute féminine, qui aiguise son appétit sexuel. Merveilleux ingrédients que détient là l’patron, ça déchire.

 

Les minutes passent, doucement, puis par brassées entières. La fille suivante, une esclave cyborg Elfe vêtue de satin blanc, se fait fouetter violemment par un Minotaure en string panthère. Le voile de tissu pâle se déchire à chaque coup cinglant. La lanière de cuir cloutée claque contre sa peau de métal, ou trace un sillon sanglant sur les dernières zones de sa peau si délicate.

Un mec au look apocalyptique salut de la main Byron, qui en est déjà à son troisième verre, puis s’assoit en face de lui. L’air vibre légèrement sous l’effet de son brouilleur psymag, activé pour empêcher que le premier pélo venu n’écoute leur conversation, ni magiquement, ni électroniquement. Le patron ogre débarque et pose une pinte au contenu écarlate devant le nouveau venu.

« Voilà pour vous, Monsieur Bonzai. »

« Merci Brise-Crâne, t’es au top. »

Le mec sirote une petite gorgée, puis engage la conversation avec Byron.

« Yo brother, ça fait un bail dis donc. Sympa ton dernier rally-massacre ? »

« Extermination et Souffrance, mon frère. Trois tribus anéanties. Quelques pépins. Un client mort, overdose. Deux Frelons abattus. Mais tout de même un bon bénef’ à la sortie. »

« Heureux d’l’apprendre, héhé. Mais deux Frelons, putain, ça craint un max… »

« Z’étaient volés… »

« Normal. C’est dommage, mais pas une perte sèche. En tout cas pas pour toi. »

« Ouais. »

« Bon alors, dis-moi bro, de quoi t’as besoin en ce moment ? Des armes dernier cri, pour ton prochain rally dans la Lande ? Ou pour ta putain d’croisade de psychopathe ? Rédemption blablabla souffrance et extermination ? »

Byron jaillit pour prendre le mec à la gorge, mais celui-ci réagit en un éclair et lui attrape le poignet. La tension retombe en quelques secondes. Byron repose ses miches, et l’autre relâche sa prise. Tous deux grimacent un sourire, lèvent leurs verres et trinquent, les yeux dans les yeux.

« Excuse-moi de m’être emporté… Mais ne blasphème pas ainsi, frère. Je pourrais me fâcher vraiment, un de ces quatre… »

« Désolé d’avoir bavé sur tes nouvelles croyances… Chui pas encore habitué, bro. Mais revenons à nos affaires. »

« Ok. »

« Comme j’disais, j’ai reçu une nouvelle cargaison de guns, des… »

« Non, pas besoin de flingues, en ce moment. Il me faudrait quelque chose de plus… explosif… définitif. De la Nitro, du C4, du XD, un truc qui pète. En grosse quantité. »

« Wowowo… S’tu veux du gros matos dans le genre, tu sais que ça va t’coûter chô… Kekcéti pourquoi faire d’abord ? Hum… Non t’as raison ça m’regarde pas. J’imagine que t’as d’quoi allonger l’gros pactole de skullz ? »

« Pas mal de liquidités. Et puis j’ai dégoté une bonne quantité de poudre, un truc extrême. Une mine d’or que ça vaut. »

« Ben tu vois, là on cause la même langue ! Laisse-moi deviner… T’as pécho l’héritage de ton client ad patres ? Une clause du contrat ? C’est moi qui t’ai appris ça mon saligaud ! Mort de rire ! »

Kaldor Byron esquisse un nouveau sourire sous couvert de son chapeau noir. Il lève un œil sur l’homme assis face à lui.

Dan Bonzai, son fixeur, son frère de sang, son ami, un des premiers, et des derniers qu’il n’ait jamais eu.

« Bien vu, frère. C’est l’héritage de Roh Phaelix, un ancien gladiateur. Un bon en son temps. Riche, et complètement mort de chez mort. Au moment où on parle, il pourrit tranquillement dans le cratère radioactif, par delà le Rempart. Et chez lui, il planquait une réserve de came monumentale… Tu m’étonnes qu’il ait clamsé si vite. Alors ? »

Le fixeur sifflote d’admiration.

« Roh Phaelix, oui j’me souviens de lui… Ok ça roule ma poule ! Garde moi la poudre de côté, j’prends tout. C’est pour un nouveau client d’enfer. Si j’te disais qui c’est, t’y croirais même pas. Tu chierais dans ton froc, et ça coulerait par terre. Ou t’aurais une attaque. Non j’déconne. Plus sérieusement, disons que tout c’que tu peux gauler comme dope m’intéresse. »

« Compris. »

« Yes, une grosse tonne d’explosifs contre une grosse tonne de came. C’est une affaire qui sent bon la poudre, j’aime ça. Ahah ! »

Puis ils bavardent encore un peu de choses et d’autres, des femmes, de la bouffe, du bon vieux temps…

En se levant, Dan Bonzai lance à Kaldor Byron :

« Même heure, même endroit, sous dizaine. Take care. Tchoon bro. »

Le fixeur de Murder Inc. porte la main à sa ceinture pour désactiver son brouilleur psymag, salut son pote en levant le majeur, et quitte le Bar Glauque.

 

 

Kaldor Byron sirote son cinquième verre de Douce Mort. Il bloque depuis plus de deux heures sur la psycho-projection placée au dessus du bar. Après une émission cauchemardesque sur les mutations chez les bébés mort-nés, qui lui a fait limite frôler le bad trip, il savoure un documentaire sur la reproduction des poissons géants d’Abysséos, le Grand Océan. Son dernier fix lui a fait un effet d’enfer, ça faisait tellement longtemps. D’habitude avec la Pierre de Souffrance, besoin de rien de plus, tout est si… apocalyptique. Mais là pour le coup il a eu envie, just for fun. L’ambiance du Bar Glauque s’y prêtait à merveille.

« Outch le cervolux… incoryabefullement trooooop vaïoleeeeent. » murmure-t-il dans un éphémère éclat de conscience.

Un nouveau mec s’assoit en face de lui, qui lui sourit bêtement. Byron finit par lui jeter un œil vitreux par dessus la table. Il le dévisage en fronçant les sourcils… mais ce n’est pas un ami à lui. Pourtant, sa face de mouche à merde lui dit quelque chose.

Lorsque le bonhomme prend la parole, sa voix sonne comme une musique irréelle et désagréable à ses oreilles. Byron bande sa volonté, tentant de se ressaisir, de rattraper la table et le flot de ses pensées.

« Hey Byron, t’es tout pâle, ça va dis donc ?… T’as franch’ment une tronche de cadavre, mecton. Si tu restes cinq minutes de plus comme ça, on va t’retrouver demain dans la bouffe du McAdaver. »

« Extermina…tion et… Sssssouffrance, mon frère… »

« … Ouais, ok… Comme tu dis. Heu… Tu t’souviens pas d’moi ? »

« Hum… B… Bone. Alfuck Bone. Vendu un peu d’coconuts. Y’a six nuits. »

« Chammé la mémoire que t’as mec, même complètement ruiné… Ah le dingue ! »

« Cé tout fini tout ça. Burp… Les p’tits business… j’arrête. Extermination et Souffrance ! Passé du côté obscur de la force maintenant… »

« Ok, j’vois ça… C’est pas gagné. Bon. Tu t’souviens d’la dope que tu m’as filé l’aut’ fois ? D’la soit disant Très Bonne Soufflette Coconuts. Ben j’me la suis callé dans l’nez, mais elle était pas terrible. J’ai saigné du pif pendant trois jours et trois nuits, j’ai bien dégusté… Du coup, j’pense que ce serait correct que tu m’fasses un bon prix sur une nouvelle dose, d’un autre truc. Voir même, sur deux ou trois doses ?… Une tite ristourne, chui sur ça t’écorcherait pas dis ? »

Kaldor Byron dégaine un méchant poignard et le plante dans la gorge du bonhomme. Alfuck Bone gargouille lamentablement, puis s’effondre sur la table et se vide de son sang.

« Fais pas chier, connard. Tu m’as tripé mon casse. Hips… Cassé mon trip. »

L’homme en noir lèche sa lame, la range, vide son verre, grimace, prend sa cape, se lève, et se dirige vers la porte en titubant. Il fait un dernier signe amical au patron avant de sortir. Celui-ci envoie sa serveuse troll nettoyer la table, et mettre le macchabée au frigo, pour le refourguer plus tard à McAdaver. Pas de gaspillage, le mec va finir en burger. Ça s’passe comme ça à Abjectalia.

 

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XXI – Le géant fou ¥

XXI – Le géant fou ¥

 

La petite troupe avance, le cœur léger. Plus des trois quarts du chemin jusqu’à Stormanea ont déjà été parcourus, depuis la rencontre entre les enfants et les chasseurs de reliques, il y a une cinquantaine de nuits. A la surface, Lune d’Espoir a succédé à la funeste Morte-Lune, mais l’Eclipse de Lune Sang n’a pas encore eu lieu.

Revenant de reconnaissance, Mantisss apparaît devant les compagnons. Ses pattes s’entrechoquent en une symbolique complexe, mêlée aux claquements de ses mandibules. L’insectoïde semble vouloir les avertir de quelque chose, mais Phoebos ne parvient toujours pas à comprendre toutes les subtilités de son langage. Seul Œil-de-Feu y parvient, et effectue la traduction pour ses camarades :

« Mantisss a trouvé une grotte sur notre chemin. La grotte est habitée par un géant solitaire. Nous devons redoubler de prudence. »

Les explorateurs s’arrêtent devant l’une des entrées d’une immense caverne, constituant l’antre du géant. La pièce est éclairée par sphère cristalline irradiant une lumière pourpre surnaturelle, posée sur un autel de pierre taillé dans le sol.

La peau est du géant est grisâtre, et il est complètement nu. Malgré ses épaules voûtées, il est grand comme quatre fois Poing-Tonnerre. Mais il a la fantaisie de se mouvoir en sifflotant et sautillant, sans risque compte tenu de la hauteur du plafond. Les trois ouvertures ménagées dans les parois de la grotte sont trop petites pour qu’il puisse y passer. Impossible de comprendre comment il est arrivé là, en tout cas sous cette forme.

Les compagnons hésitent à rebrousser chemin jusqu’à la dernière bifurcation. Finalement ils restent cachés et observent le géant en silence. Ils craignent de susciter une mauvaise réaction de sa part s’il les découvre. Mieux vaut attendre son sommeil pour traverser la grotte.

Le géant semble subsister grâce à l’élevage de grosses limaces baveuses et la culture d’étranges végétaux. Il ramasse une limace dans son enclos, et la presse délicatement entre ses grosses mains. Elle sécrète alors une bouillie laiteuse, dont il se nourrit. Dans un autre coin de la grotte poussent les végétaux, sortes de champignons aux pieds massifs et aux chapeaux couverts de hautes fleurs multicolores. Après son repas, le géant passe de longues heures à caresser et contempler les fleurs, durant un temps qui semble interminable. Enfin il exulte de joie, gesticulant et braillant, lorsque l’une de ses protégées ouvre sa corolle gonflée de poudre scintillante. Il recueille cette poussière dorée, qui est en fait une multitude de petites perles huileuses, dans un pot de terre.

Puis le géant s’attable devant son trésor, sur son autel de pierre. Il trempe son doigt dans la poudre et la porte à sa bouche. De la pointe de sa langue il attire quelques perles dorées à travers ses grosses lèvres, et les déguste lentement. Ensuite il avale le reste, suçant goulûment son doigt gros comme un petit tronc d’arbre.

Le géant gris reprend plusieurs fois de la mixture, et chaque bouchée semble l’émerveiller un peu plus. Au bout d’un moment il se met à chanter à gorge déployée, se relève et titube dans la caverne, heurtant l’un des murs. En pleine crise de folie, il se met à frapper le mur de ses grosses mains, excavant la roche friable avec une facilité déconcertante. Après quelques minutes de ce spectacle, il recule et s’effondre sur la paillasse de fleurs séchées qui lui sert de lit.

Les compagnons attendent un moment, afin de s’assurer que le géant est bien endormi. Ils attendent encore un peu qu’il plonge dans un sommeil plus profond. Enfin ils osent pénétrer dans la caverne, Mantisss en tête, et s’avancent prudemment vers la sortie opposée, sur la droite. Les orks surveillent le géant du coin de l’œil, tout en détaillant son antre pour ne prendre aucun risque inutile. Le regard du chaman se pose sur la poudre dorée. Il ne connaît pas cette substance d’origine végétale, aux propriétés surprenantes. La curiosité prend le dessus sur la prudence, son cœur d’aventurier baroudeur l’emporte sur la raison.

« Poing-Tonnerre, aide-moi à me hisser sur ce plateau de pierre. Je veux jeter un œil à cette poudre, elle a peut-être une grande valeur. Les autres, continuer à avancer vers la sortie, je vous rejoints. »

Œil-de-Feu grimpe sur l’autel du géant, sort un sac de cuir de son paquetage, et commence à le remplir de perles dorées. Celles-ci paraissaient minuscules à l’échelle du géant, mais sont plus grosses à l’échelle de l’ork.

Pendant ce temps Ours-Agile se dirige vers l’ouverture, située légèrement au dessus du sol. Il fait la courte échelle à Souffle-Dragon, qui rejoint Mantisss dans le tunnel éclairé par les lucioles magiques. Elle tend la main pour hisser Kharn, puis Garulo. Phoebos lui fait passer sa lance, puis monte à son tour dans le tunnel. Aigle-Tempête vient ensuite, Databok en main. Poing-Tonnerre garde un œil sur le géant endormi, alors que le chaman remplit toujours son sac.

Mais le destin est cruel, lorsqu’une des grosses limaces remarque les intrus, malgré son intelligence limitée. Surprise ou apeurée, elle se met à couiner, bientôt imitée par toutes ses sœurs, en une cacophonie assourdissante. Le géant grogne, ouvre un œil et aperçoit les voleurs.

Œil-de-Feu saute de la table et s’élance vers le tunnel de sortie, dans lequel il jette son sac magique bien rempli, et qui pourtant n’a pas changé de volume. Aigle-Tempête manque la réception, le sac s’ouvre et quelques billes se déversent sur le sol du tunnel.

Poing-Tonnerre brandit sa hache, pousse son féroce cri de guerre, puis s’élance sur le géant gris encore allongé, désireux de neutraliser cet adversaire avant qu’il ne menace le groupe. Le géant lui répond par un beuglement encore plus puissant, saisit un rocher à ses côtés, et le projette avec une force phénoménale dans sa direction. Poing-Tonnerre est frappé de plein fouet, et vole avec le rocher contre la paroi opposée de la grotte, dans laquelle il s’encastre. Malgré sa résistance supérieure, le berzerk est tout de même sévèrement sonné.

Par réflexe, Œil-de-Feu invoque un grand élémental de feu, créature magique à la silhouette flamboyante. L’élémental se jette sur le géant, qui se relève en beuglant de colère. Ensuite le chaman dresse une barrière de protection entre le géant et le groupe, puis se précipite auprès de Poing-Tonnerre. Le choc a été rude. Malgré la protection de son casque massif, un filet de sang s’écoule sur la nuque du maître berzerk, qui gémit en tentant de reprendre ses esprits. Ours-Agile se positionne en première ligne, pour encaisser une éventuelle charge du géant à la place de son mentor.

Dans le tunnel les autres compagnons reprennent leur sang-froid. Aigle-Tempête se saisit de son fusil à pompe, et ouvre le feu sur le géant. Mais les plombs ricochent contre sa peau, sans blessure apparente. Le tekno remarque que le géant n’est pas non plus affecté par la morsure de l’élémental de feu. Soudain il comprend la raison.

« Œil-de-Feu, c’est un putain de géant de PIERRE ! »

Le chaman lance un sort de soin au boss, toujours encastré dans la roche, et se retourne vers l’ennemi. Il dissipe l’élémental afin de ne pas gaspiller d’énergie, puis se rapproche d’Ours-Agile pour le faire bénéficier de son aura protectrice. Le guerrier ne se laisse pas surprendre par le nouveau rocher lancé par le géant, qu’il explose d’un puissant coup de fléau. Un second rocher s’écrase contre le bouclier du chaman. Le géant se précipite sur eux, vociférant, les poings brandis. Aigle-Tempête tire plusieurs cartouches dans sa direction, en visant les yeux. Mais le montre se protège avec son bras, et les impacts ne font que lui enlever quelques fragments de chair minérale.

Il faut réagir. Concentrant l’énergie magique de son Ki, Œil-de-Feu matérialise une forme ectoplasmique qu’il projette sur l’ennemi, accompagné de hurlements incantatoires :

« MORG BOG’DOROTH DOLOM ! »

Le géant de pierre encaisse un choc violent, comme frappé par une main titanesque. Il tient bon quelques instants, puis est brutalement projeté contre un pilier de la caverne. Le colosse emporte le pilier avec lui et s’encastre dans la paroi juste derrière, en symétrie avec Poing-Tonnerre. Malgré tout il parait toujours aussi combatif, et de plus en plus furieux. Il arrache des morceaux entiers du mur pour les balancer contre les intrus. Le bouclier magique crépite mais tient encore le coup. Un bloc éclate non loin de l’ouverture, et de la tête d’Aigle-Tempête seulement protégé par ses lunettes, qui pousse un « putain d’merde » de rigueur.

Un autre rocher atteint un angle et détruit une caméra de surveillance, sans que personne ne le remarque.

Une flèche fuse de l’arc de Phoebos, passe au dessus des Orks, et se plante profondément dans le crâne du géant, malgré sa peau de pierre. L’Enfant a mis toute sa force physique et mentale dans ce tir incertain. Le géant est durement frappé, ses mouvements ralentissent.

« Bien envoyé ! Toi mon pote té béni de Lune… » lâche Aigle-Tempête à Phoebos.

« Maintenant ! » hurle Œil-de-Feu en dissipant son bouclier.

Ours-Agile s’élance, son fléau prêt à s’abattre. Poing-Tonnerre s’est enfin relevé, l’œil furieux, et rejoint la mêlée. Œil-de-Feu trace plusieurs symboles cabalistiques dans l’air, et pointe son bâton magique sur le géant de pierre. Le monstre tente d’écraser Ours-Agile, qui bondit dans tous les sens et en frappant de son fléau. Puis le sort d’immobilisation du chaman l’enveloppe et l’immobilise pour de bon.

Dans le tunnel, Aigle-Tempête et Phoebos assistent avec attention aux derniers instants du combat.

« Mate le boss, la putain d’tarifette k’y va lui mettre… »

Pendant ce temps Souffle-Dragon a mis la main sur un manuscrit fort intéressant, qu’elle s’efforce de déchiffrer. De leur côté Kharn et Garulo s’intéressent de prêt au contenu du sac de perles dorées, répandu sur le sol de pierre.

Poing-Tonnerre est sur le coup pour prendre sa revanche. Il se jette dans les airs, son énorme poing dressé contre le géant. Le maître berzerk a délaissé sa hache, soucieux de ne pas amocher inutilement son tranchant. Son coup de poing est d’une puissance phénoménale, résonnant dans la caverne. La peau de pierre du monstre encaisse une partie du choc, mais la force cinétique est trop importante. Le géant est dévasté par une onde de choc partant du poing berzerk et se répandant dans sa poitrine. Il éclate en mille morceaux de pierre, éclaboussant les environs de son sang noir et visqueux. Seules subsistent encore le bas de ses jambes et ses pieds, soudés au sol par l’onde de choc. Poing-Tonnerre retombe habilement sur ses pieds, un grand sourire aux lèvres.

Les combattants dans la grotte se félicitent, puis se tournent vers le tunnel, triomphants. Le maître berzerk lève ses gros doigts, en V de la victoire. Souffle-Dragon fait passer un petit carnet de note à Aigle-Tempête, qu’elle a trouvé dans une cavité spécialement aménagée dans le mur, au milieu de nombreux instruments curieux. Le tekno le tend à son tour à Œil-de-Feu, la référence en la matière, qui souffle un peu au pied du refuge.

« K’est-ce ke cé k’cé notes ?… Pfff… saleté d’géant, jé plus mé vingt ans. Ça donne koi… Souffle-Dragon ? » halète le chaman, épuisé par l’effort, ayant du mal à articuler.

« On diré komme un rapport, une expérience sur l’géant. Au début c’té pô un géant, plutôt un bonhomme. Cé lé perles ki brillent, les spèces de pilules, ki lui ont fé ça. »

« Putain d’pilules. J’vous jure… »

« Ok Œil-de-Feu, lis en voir un p’tit bout. »

Le chaman s’éclaircit la voix, et crache un petit glaviot sur le sol – la pipe ça pardonne pas. Il tourne quelques pages du carnet, puis revient sur l’une des premières.

 

« Daïus Holthar, serviteur du Haut Conseil des Mages Noirs d’Abjectalia, chargé de recherches au Ministère du Savoir. Année 4996. Etude numéro 152. Perles de Gyromitras Gigas. (Œil-de-Feu tourne quelques pages)

Nuit 3. Le sujet 152 semble parfaitement accepter l’expérience. Il s’est fait au cycle de vie imposé par le globe lumineux. Dans les premiers temps il a rechigné à se nourrir de la sève des gluantes Limax Rufux, mais il a vite compris qu’il n’avait pas d’autre alternative. Il commence à peine à s’intéresser aux Gyromitras…

Nuit 7. N°152 est parfaitement conditionné, et ne pense pas une seconde à quitter la caverne. Il suit son petit rythme de vie, dormant, taillant la pierre, se nourrissant. Il est en pleine santé. Il s’émerveille de plus en plus lorsque les fleurs ouvrent leurs corolles.

(une page) Nuit 13. Le sujet a goutté sa première perle de Gyromitras. Dans un premier temps cela ne lui a rien fait, mais au bout d’une demi-heure, il a commencé à rire par intermittence, sans pouvoir se contrôler. Puis il s’est mis à bondir de partout comme un kangourou, en poussant des cris incohérents. Enfin il s’est assoupi sur sa paillasse.

(quelques pages) Nuit 37. N°152 est de plus en plus accroc aux perles. Au début il n’osait en prendre que quelques unes à chaque éclosion, maintenant ils les cueillent presque toutes. Ce qu’il ne gobe pas immédiatement, il le dépose dans une feuille arrachée à la plante, pour plus tard. Il est presque tout le temps sous les effets de la substance. Ses crises d’euphorie durent de moins en moins longtemps, sous l’effet de l’accoutumance. A noter, son corps grandit. Je n’en étais pas tellement sûr au départ, mais maintenant c’est incontestable. Ses vêtements commencent à craquer et se déchirer. Encore plus impressionnant, sa peau change. Elle prend la teinte de la pierre, et maintenant je suis persuadé qu’elle DEVIENT vraiment de la pierre. »

« Putain… Elle déchire trop cette dope, bad trip bad trip moi j’vous l’dis. »

« Mouais… »

« Nuit 68. N°152 perd complètement les pédales. Il passe presque tout son temps à attendre la prochaine éclosion dorée. Alors il avale toutes les perles, leur huile brillante dégoulinant sur son menton et son torse. Il mesure maintenant plus de trois mètres de haut, et sa peau est dure comme le roc. Ses crises sont de plus en plus violentes. Il se jette sauvagement contre les murs, en arrachant des fragments entiers. L’autre nuit il a tenté de se nourrir durant l’une de ces phases de démences, et a broyé l’une des Limax dans ses énormes mains. Les autres bestioles se sont mises à hurler, et cela l’a rendu encore plus furieux.

Nuit 82. Le sujet a mangé entièrement la tête d’une fleur, juste avant son éclosion. Le choc a été trop violent pour son cerveau. Il est devenu complètement frénétique, à se cogner la tête contre les murs. La grotte a tremblé et j’ai bien cru que le plafond allait s’effondrer sur nous. Ses hurlements déments m’ont glacé les sangs, et j’ai songé partir un moment, en attendant la fin de la crise. Mais pour la science, je suis resté jusqu’au bout. A la fin le géant s’est effondré à terre, complètement vidé.

Nuit 85. Le géant dort toujours. Au début j’ai pensé qu’il était mort, mais son corps de pierre se soulève, très lentement, au rythme de sa respiration minérale.

Nuit 88. N° 152 s’est enfin réveillé. Il semble complètement lobotomisé. Il a reprit la mécanique bien huilée des premières nuits, répétant inlassablement le même rituel. Je n’ai pu m’empêcher de rire lorsque j’ai vu son nouveau mode de déplacement. Il sautille comme un débile – ce qu’il est sûrement maintenant. Il n’ose pas encore s’approcher de nouveau des Gyromitras.

Nuit 98 : Le sujet a finalement recommencé à prendre un peu de poudre dorée, il y a deux nuits. Avec la plus grande prudence, car cela semble l’affecter de façon importante.

Nuit 100. Fin de l’étude préliminaire, récupération des données enregistrées par la caméra de surveillance. Pour la suite, cette caméra sera reliée directement au Ministère. Un échantillon de Gyromitras est recueilli pour analyse et traitement. Le sujet a muté en géant de pierre, mais ses capacités mentales ont fortement diminué.

Gyromitras Gigas, propriétés observées :

  • substance psychotrope provoquant des crises de delirium
  • transformation de la chair en pierre
  • augmentation de taille, masse et résistance corporelle

Utilisations recommandées après traitement et distillation :

  • stimulateur de combat
  • drogue psycho-destructrice, notamment pour munitions
  • potion de résistance

Le présent rapport de projet de fin d’études est dupliqué et emmené à Abjectalia, pour les Ministères du Savoir, de la Technologie, de la Magie et de la Guerre. Je reviendrai dans 50 nuits pour constater d’éventuels changements chez le sujet. »

 

« Putain de putain de putain d’Abjectalia. » lâche Aigle-Tempête.

Poing-Tonnerre lui claque un petit coup sur le crâne. Le tekno se frotte la tête avec une indignation exagérée.

« Vouzenpensé koi les potos ? » demande Ours-Agile.

« Ce mek a pô eu de bol. Et sinon cette poudre, ben cé d’la grosse merde. Iléoù le sak d’abord ? NOOOOON ! BOUFFEZ EN PÔ LES GOSSES ! »

Kharn et Garulo relèvent la tête avec une expression coupable. Ils ont goûté leurs premières perles pendant le combat, puis leur saveur mielleuse leur en a fait gober plus, puis plus, puis toujours plus… Les premiers effets sont encore assez faibles, mais ce n’est qu’une question de minutes avant que les deux enfants n’entrent en crise.

 

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XX – La voie du Chaman ¥

XX – La voie du Chaman ¥

 

Les compagnons se reposent près d’un cours d’eau souterrain. Chacun des nombreux ruisseaux parsemant le sous-sol est une véritable bénédiction, qui leur permet de boire, remplir leurs gourdes, et faire un brin de toilette. Conséquence de leur statut d’explorateurs souterrains, la notion d’hygiène acceptable est plus souple.

Phoebos sort de l’eau, qui ruisselle sur sa peau nue pâle et fragile, et vient se sécher auprès du feu. Souffle-Dragon s’y trouve déjà, coiffant sa longue chevelure de feu à l’aide d’un peigne en os. Les autres balourds jouent à s’éclabousser comme des gamins, riant à gorge déployée. L’Enfant fait mine de rassembler ses vieux vêtements, usés à l’extrême, déchirés, et toujours couverts de sang séché, mais Œil-de-Feu lui fait signe.

« Tu peux les laisser, Phoebos. Ils sont trop usés, tu n’en auras plus l’usage. J’avais gardé ces kelkes peaux pour me konfektionner une nouvelle kape, mais tu en as plus besoin ke moi. Prend ces nouveaux vêtements, je les ai fait pour toi. »

Le chaman lui tend quatre pièces de vêtements, faites de douce fourrure animale, fine et soyeuse. Le pelage est d’une couleur bleue assez claire, parcouru de reflets argentés. Le premier vêtement est un magnifique manteau muni d’une capuche, qui épouse parfaitement les contours du corps de Phoebos, en descendant au niveau des mollets. Le second est un pantalon lui couvrant le bas-ventre et les jambes, jusqu’aux chevilles. Enfin viennent les chaussons, pour ne plus aller pieds nus. L’intérieur comme l’extérieur sont d’une douceur remarquable, dégageant juste ce qu’il faut de chaleur pour l’exploration des cavernes souterraines, tantôt humides et froides, tantôt brûlantes – telles les plus récentes.

« Le manteau est peut-être un poil trop long. Hum… non, ça ira. Tiens, cette lanière te cuir te servira de ceinture. Laisse-moi t’aider. »

Phoebos se laisse faire en silence, sous le coup de l’émotion. Enfin il adresse des remerciements timides mais sincères au chaman, son mentor et ami. Il a rarement eu l’occasion de recevoir de tels présents, et cela lui réchauffe le cœur. Œil-de-Feu allume sa pipe et lui renvoie son sourire.

« Cette fourrure provient d’un renard bleu des montagnes d’Orkalia. Je l’ai trouvé agonisant lors d’une patrouille dans les hauteurs enneigées, à l’orée d’un bosket de sapins bleus poussant au kreux de nos kontrées montagneuses. Abattu par l’ennemi, juste pour le plaisir. C’était pendant la guerre… si proche mais si lointaine maintenant. J’ai aidé son âme à rejoindre le paradis des renards, et il m’a fait don de son pelage. Ainsi il n’est point mort en vain. »

« Merci. De tout cœur, merci, Œil-de-Feu. »

« J’ai également kelke chose pour ton frère, une peau d’ours des roches. Juste une sorte de pagne, de koi se kouvrir les roustons. A le regarder ça devrait lui suffire… Toujours la kékette à l’air… »

Kharn nu et ruisselant se gratte les couilles, avec une absence de pudeur toute naturelle chez lui. Malgré son très jeune âge, quelques poils commencent à y pousser, ainsi que sur son torse musclé. Il fait une mine surprise et ravie, s’approche et reçoit avec précaution le pagne d’épaisse fourrure sombre couleur de terre. Il le retourne dans tous les sens, grogne quelques remerciements, et enfile son nouveau slip avec la maladresse caractéristique de ce grand corps pataud. La peau d’ours lui sied à ravir, le faisant ressembler à un guerrier barbare des légendes oubliées.

« Pour Garulo il a déjà assez de fourrure komme ça, pas besoin d’en rajouter pour le moment. »

Le petit singeloup se roule à terre, se contorsionne, se gratte à l’aide de ses ongles, qui commencent à peine à se transformer en griffes. Son poil gris se couvre de poussière, puis il replonge dans l’eau en grognant de plaisir, arrosant les orks alentour. Quelques mèches blanches lui barrent le front et les tempes, ultime souvenir du massacre de sa propre tribu, et du traumatisme associé.

 

« Œil-de-Feu. S’il te plaît, parle-nous encore des merveilles d’Orkalia, et des Montagnes Bleues. »

Le chaman tourne la tête vers Phoebos, avec un sourire triste. Dans ses yeux se lisent une grande mélancolie, comme si certaines blessures à l’âme ne s’étaient jamais refermées.

« Bien, si tu le désires. Le moment est venu. »

Souffle-Dragon s’assoit auprès d’eux, et caresse son okarina du bout des lèvres. Les notes qu’elle a choisies sont graves, profondes, et touchent le cœur de l’auditoire. La mélancolie qui se dégage de cette mélodie accompagne à merveille l’histoire du chaman. La tonalité lyrique qu’il emploie fait oublier son léger accent. Il a beaucoup gagné en maîtrise de la langue commune, au contact de Phoebos. Sa voix est douce, chantante, mais laisse transparaître une pointe de douleur bien ancrée en lui, rajoutant d’autant plus à la beauté de son récit :

« Je vous ai déjà conté les terribles batailles qui se déroulèrent dans la Pleine de Sang, lors de la grande guerre contre Abjectalia, et les guerres précédentes. Je vous ai déjà conté l’histoire de la Grande Forêt Saavage, et des cités sylvestres perdues dans les hauts branchages. Je vous ai déjà conté la chute du Kœur d’Orkalia, notre capitale, située au centre parfait de nos terres bien-aimées, à la frontière des différents domaines. Et nous avons versé quelques larmes, s’ajoutant à toutes celles déjà versées.

Mais si je vous ai peu parlé des étendues montagneuses d’Orkalia, c’est que leur histoire est trop intimement liée à la mienne, et que mon cœur saigne encore en y pensant. Pourtant je souhaite partager la mémoire de ces instants de bonheur, ces instants de tristesse, et vous faire découvrir les paysages enchanteurs que j’ai tant aimés. »

Le chaman marque une pause, et rallume sa pipe.

« Il était une fois Tenebrae, et ses nombreuses chaînes de montagnes. Et il était une fois les Montagnes Bleues, entourant le haut Mont Azuréos en bordure nord du domaine d’Orkalia, puis se prolongeant à l’est jusqu’au désert du Zaahar. Leur nom provient de la couleur des roches d’azurite, cristallines et bleutées, couleur qui est aussi celle des variétés végétales poussant à leur voisinage. La neige et la glace recouvrent ses plus hauts sommets, dévalent leurs pentes abruptes mais pleines de vie.

De toute mon existence, j’ai rarement connu de choses aussi belles que la neige bleue des Montagnes sous la lumière de Lune Harmonie. Lorsque mille rayons de Lune tombent du firmament, teintées de mille nuances azurées, touchent le sol et font scintiller chaque flocon de neige, chaque cristal de roche, chaque arbre, chaque animal… On voudrait que le temps s’arrête. Et que ce paradis bleu existe pour toujours. »

Un nouveau voile de mélancolie passe dans le regard d’Œil-de-Feu.

« Lorsque j’étais enfant, à peu près votre âge, j’allais souvent me promener aux pieds des Montagnes Bleues, accompagnant mes parents, mes frères et sœurs. Comme j’avais plus d’affinité avec la nature, qu’avec les armes et le combat, père et mère me placèrent en apprentissage auprès des Maîtres Chamans. Un grand nombre de Maîtres erraient de par le monde, mais revenaient souvent au Cœur d’Orkalia pour se reposer, retrouver leurs racines, et partager le fruit de leurs découvertes.

Ainsi à l’âge de sept ans je rejoignis la Maison des Chamans, édifice ancestral situé au Cœur de la ville, débordant dans la Grande Forêt, plongeant dans les entrailles de la terre. On me fournit le gîte et le couvert, et on me prodigua de nombreux enseignements merveilleux. J’appris à connaître les forces de la nature, de l’âme, de vie et de mort. J’appris à ouvrir mon cœur et mon esprit aux énergies du cosmos et au souffle de vie qui parcourent Tenebrea.

Une belle nuit de Lune Harmonie, l’année de mes dix ans, vint le moment de quitter la Cité, et partir explorer le monde pour mettre à l’épreuve mon âme de chaman. Ma mère pleura cette nuit-là, émue de me voir grandir si vite, attristée par cette séparation, mais fière de mes progrès. Lors d’une cérémonie rituelle, le Grand Maître du Conseil Chaman m’indiqua mon objectif : le Mont Azuréos. J’embrassais mes parents, mes camarades, et partis vers le Nord.

La saison tempérée devait se terminer bientôt, mais Lune Harmonie baignait encore Tenebrae de ses rayons bleutés. Je commençais à gravir les pentes rocailleuses, bientôt remplacées par les immensités neigeuses des Montagnes Bleues. Le voile de poudre scintillante m’émerveillait tandis que nuit après nuit, jour après jour, je grimpais toujours plus haut vers les sommets. Le Mont Azuréos se dressait, toujours plus proche et plus majestueux Lorsque je me retournais dos à la pente, mon regard embrassait l’immensité d’Orkalia, et de terres plus lointaines encore. Les jungles de Baayos. La Plaine de Sang. Abjectalia la maudite. La Lande Foudroyée.

Je passais la nuit de Nouvelle Lune à l’abri des rochers, émerveillé par le déferlement de couleurs argentées, dorées, bleutées, écarlates et leur reflet étincelant sur l’immensité enneigée. L’atmosphère était saturée d’énergie, et je me gorgeais de cette agréable sensation. Je sentais le flot de mana, le Ki, déferler en moi, aiguisant ma conscience des arcanes. Les nuits et jours suivants sous Lune Neige, pour ne pas défaillir dans le froid et le vent croissants, je mettais en application le contrôle de l’élément Feu tel que me l’avaient appris mes Maîtres. Les premières tempêtes de la saison froide me ralentirent, mais j’atteignis enfin mon objectif, le pied du Mont Azuréos. Enfin je me mis en quête de mon nouveau Maître, assoiffé de connaissance et de pouvoir.

C’est lui qui me trouva le premier, alors que je frôlais la mort dans une tempête de neige particulièrement cruelle. Je marchais droit devant moi, cherchant désespérément un refuge, trébuchant sous les assauts blizzard soufflant en rafales puissantes. Soudain, je le vis, majestueux animal : le Bison Argenté. Son magnifique pelage scintillait d’une manière surnaturelle malgré l’avalanche de neige brouillant tout, et je ressentis son appel. Puis il disparut, et je m’élançais à sa poursuite. Je dus marcher encore longtemps dans la tempête, suivant sans répit la lumière argentée, avant de me retrouver devant l’entrée d’une caverne. De l’animal enchanteur, nulle trace.

Je soulevai les peaux de bêtes protégeant l’intérieur, et fut tout de suite submergé par la chaleur, et les senteurs agréables provenant du bout du couloir. Je m’avançai encore un peu, et soudain, je le vis : Bison Argenté. Droit, fort et sage, reposant dans son fauteuil couvert de fourrures, sa crinière argentée cascadant jusqu’au sol. Le Maître me regardait à travers ses fines lunettes de verre, un sourire au coin des lèvres. Son torse musclé était nu, et laissait transparaître ses tatouages magiques. A ses côtés étaient assis ses quatre apprentis, tous vêtus de peau, que je devais bientôt rejoindre.

A sa droite, Grizzly-Implacable, le plus expérimenté du groupe. A sa gauche, Blanche-Marmotte, la compagne de Grizzly. Puis Faucon-Tornade, un jeune chaman très doué. Enfin je la vis, et dès cet instant je la trouvais merveilleuse. Flocon-des-Neiges, à peine deux années de plus que moi, si belle et si fragile. Lors d’une cérémonie sacrée, Bison Argenté lut en mon âme, et me donna mon nom de chaman : Œil-de-Feu.

Nous vécûmes tous ensemble pendant cinq ans, à suivre l’enseignement de notre maître. Dans la grotte, sur les cimes enneigées, dans les entrailles de la terre, communiant avec la nature. Bison Argenté nous transmettait ses perles de sagesse, sa vision des rituels chamans, sa pratique de la magie élémentaire…

Grizzly-Implacable fut emporté en défendant nos frontières contre une bande de Géants de glace en maraude. J’avais à peine treize ans en ce temps-là, et sa perte nous fit pleurer à chaudes larmes durant de longues nuits. Ma première expérience avec la mort d’un être cher, et malheureusement pas la dernière.

Au final, je restais dix années au service de Bison Argenté. Dans les Montagnes Bleues, ou bien à parcourir le monde, revenant parfois à Orkalia. Voyageant seul, les premières années, puis accompagné… »

Le chaman marque une longue pause, visiblement très ému par les souvenirs remontant des profondeurs de son âme. Dans sa main à la peau verte et craquelée par le passage du temps, il serre l’un de ses pendentifs, représentant un flocon de neige bleu-argenté.

« Flocon et moi… tombèrent amoureux. Au bout de cinq ans d’amitié, puis de séduction adolescente, nous avons consommé le fruit merveilleux. J’avais alors quinze ans, et elle dix-sept. Je me souviens de cette Lune d’Amour… comme la plus belle nuit de ma vie. Nous avons passé toutes les années suivantes à parcourir Tenebrae. La Forêt Saavage, la Jungle de Baayos, le Delta du fleuve Nyl, les Montagnes Bleues, les Montagnes Noires. La belle Jaahakina… Le Grand Désert du Zaahar. Nous sommes allés jusqu’en Eldariel, les terres mythiques des Elfes, loin à l’Est, portés par les ailes de notre amour. Nous nous sommes aimés dans ces forêts, au bord de ces lacs, aux pieds de montagnes si hautes qu’en elles perçaient la voûte sombre d’Oreanos.

Mais nous étions là, de retour dans les Montagnes Bleues, le jour de Lune Sage où notre maître est mort, et que Blanche-Marmotte lui succéda.

Peu de temps après, les attaques des Orks Noirs et de leurs alliés reprirent, contre le royaume d’Orkalia. La princesse Gaërun, fille du Roi Harukh Torg, fût capturée par nos ennemis alors qu’elle dirigeait la construction de nouvelles fermes, en bordure de la Plaine de Sang. L’Ordre Berzerk voulut riposter sans perdre de temps, tandis que le Conseil Chaman préconisa une approche plus diplomatique, pour avoir une chance de sauver la princesse. Contrairement à ses habitudes, le Roi trancha en faveur de l’approche pacifiste. Il aimait tellement sa fille…

Une délégation pleine d’espoir fut envoyée au devant de nos ennemis, pour tenter de les apaiser, négocier la libération de la princesse, évoquer une possible réconciliation. La voie de paix, de la sagesse, comme je le pensais alors… Nos envoyés s’avancèrent la main tendue, mais furent tous massacrés, ou gravement blessés. Blanche-Marmotte était parmi eux, elle perdit un œil et un bras dans la bataille… La princesse Gaërun ne put être sauvée…

Cette nuit-là, je compris le fondement d’un des préceptes sacrés des premiers Rois : « Combattre le feu par le feu. ».

Avec Flocon-des-Neiges, nous assistèrent au grand rassemblement dans la Maison des Chamans. Le Conseil finit par aligner sa position avec celle de l’Ordre Berzerk, devant la recrudescence d’attaques aux frontières d’Orkalia.

Les décennies suivantes furent marquées par les combats réguliers contre les Orks Noirs, Ogres, Géants et Minotaures violant notre territoire. Puis plus rien pendant quelques saisons. Jusqu’à ce que les armées d’Abjectalia se massent dans la Plaine de Sang, comme je vous l’ai déjà raconté…

Marmotte, Faucon, Flocon et moi-même, avec plusieurs autres groupes de chamans, durent assumer la défense des Montagnes Bleues, face aux hordes d’Ogres et de Minotaures cherchant à attaquer Orkalia par le flan. Malheureusement nous étions trop peu nombreux… Nous avons lutté avec toutes nos forces, harcelant sans cesse les assaillants, dans une tentative désespérée pour entraver leur progression. Faucon-Tornade était fort et brave, mais il fut tué le premier, par un chaman Ogre aux terribles pouvoirs de destruction. Blanche-Marmotte fut la suivante à périr, mais elle parvint à emporter le monstre avec elle. Flocon-des-Neiges et moi durent nous replier, panser nos plaies et sécher nos larmes avant de reprendre nos assauts désespérés.

Nous avons passé cette dernière nuit à consumer notre amour, unir nos corps meurtris, les apaisant par un millier de caresses. Nous savions que ce combat était perdu d’avance, que son issue serait probablement la mort, aussi nous avons fait le choix d’en profiter une dernière fois, pendant le plus longtemps possible. Nous aurions pu fuir lâchement, mais cela aurait signifié briser notre serment de chamans, et déshonorer nos noms devant l’Assemblée des Ancêtres, dans le monde des esprits. Flocon et moi sommes restés enlacés encore de longues heures, avant que les tambours et les chants de guerre des envahisseurs ne se fassent entendre. Puis nous nous sommes embrassés une dernière fois, avons fait appel à nos esprits les plus puissants, et nous sommes jetés dans la bataille.

Flocon déclencha une Avalanche de Givre, et moi une Tempête de Météores. Nous donnèrent le maximum, jusqu’au bout. Si notre rage anéantit de nombreux ennemis, nous ne parvinrent malheureusement pas à briser leur déferlante…

Nous fument vaincus et capturés par un champion Ork Noir et sa troupe de vétérans. Maudits soient-ils, à tout jamais… Sous mes yeux ils violèrent ma bien-aimée en riant aux éclats, tout en me torturant de leurs lames et leurs sortilèges. Une fureur terrible s’empara de moi… Alors que Flocon poussait son dernier soupir, je parvins à déclencher mon sortilège le plus puissant, l’Inferno, avec mes dernières forces. Le campement ennemi fut entièrement dévasté, mes bourreaux furent incinérés, et je perdis connaissance.

Je repris conscience le lendemain, et pleurais longuement près du corps calciné de mon amour, perdue à jamais. Le dernier souvenir qu’il me reste de Flocon désormais, se trouve toujours tendrement blotti contre mon cœur. C’est ce pendentif en Cristal de Lune, qu’elle a patiemment taillé pour moi pendant des années, et qui restera éternellement empreint de sa douceur.

Et cette nuit souterraine, alors que je vous conte ce récit du passé, tous ces souvenirs m’emplissent d’une profonde tristesse, mêlée à jamais à une douce mélancolie. Mais ces blessures sont encore trop vives, pour que… je ne puisse… retenir mes larmes. »

Le chaman éclate en sanglot, la main serrée sur son pendentif en forme de flocon. Tous ses compagnons versent une larme, ou pleurent chaudement, avec lui… Phoebos baisse la tête mais retient les siennes, comme il en a fait la promesse, si difficile à tenir… Mais son cœur saigne, et la colère fait bouillonner son Ki. Une étincelle de feu sacré s’allume en lui, dans les abysses de son subconscient. Une idée germe dans son esprit.

 

Supprimer le Mal. Supprimer la Guerre. Supprimer la Mort. Restaurer la Paix éternelle sur Tenebrae. Tel est mon Rêve le plus cher en cet instant : le règne de l’Amour pour tous les êtres vivants… qui en sont dignes.

Un Monde de Paix et d’Amour.

 

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XIX – Traversée du monde souterrain

XIX – Traversée du monde souterrain ¥

 

En quelques nuits, les enfants ont pris l’habitude du manque d’oxygène dans les profondeurs. Surtout, ils se sont parfaitement intégrés au groupe.

Les nuits et jours suivants leur paraissent interminables, mais les compagnons parviennent à éviter la folie en entretenant un certain nombre de repères temporels artificiels. Les cycles d’éveil et de sommeil se succèdent tandis qu’ils avancent dans le monde souterrain, montent, descendent, remontent de nouveau, redescendent…

Les orks possèdent un instrument “elektronik”, selon leurs propres termes, qui permet de suivre le cours du temps, de conserver une trace de leurs déambulations chaotiques, et d’évaluer assez bien trajectoire et vitesse de progression.

Durant ce périple, les premiers signes de vie qu’ils rencontrent prennent la forme de gros reptiles aux lourdes pattes qui se sauvent le long des parois rocheuses. Une détonation résonne dans les profondeurs, lorsqu’Aigle-Tempête abat l’un d’eux avant qu’il n’ait pu se cacher, afin de le griller à la broche. Le coup de feu terrorise Kharn et Garulo, mais fascine Phoebos. Ainsi, voici à quoi ressemblent les armes qui crachent la mort. C’est trop facile, vraiment…

Cela éveille en eux de très mauvais souvenirs, du massacre de leurs tribus respectives. Malgré tout lors du repas ils sont heureux de partager la chair de l’animal. Mais durant leur sommeil ce jour là, une fois de plus des images du passé viennent hanter leurs rêves.

Parfois, les rencontres avec la faune variée de cette partie sauvage du Donjon leur permettent de reconstituer leurs provisions. Le reste du temps, ils doivent se contenter de champignons et autres plantes souterraines, soigneusement identifiées par le chaman. Phoebos mange toujours avec appétit, et ne se plaint jamais lorsqu’ils sont forcés de rationner leur pitance, contrairement à Kharn et Garulo qui se plaisent à bâfrer comme des ogres, à l’exemple des berzerks orks.

De temps à autre une rivière souterraine leur fournit un nouveau point de ravitaillement, et leur permet de se laver un peu. C’est ça, la précarité du sous-monde. Ils sèchent alors autour d’un bon feu, et écoutent avec passion la musique et les chants d’Orkalia, qui content l’histoire des orks et de leurs héros. Phoebos à son tour raconte les histoires et mythes qu’il garde en mémoire, de la période dorée de vie dans la Tribu. Dans ces moments là ils se sentent bien, un peu comme une famille – hétéroclite, nomade et troglodyte.

Mais surtout, ces pauses régulières sont l’occasion de s’entraîner et développer les capacités de chacun. En plus d’entretenir leur équipement avec grand soin, les orks se font un devoir d’exercer quotidiennement leur habilité au combat, avec leurs armes de prédilection et bien d’autres encore, afin d’être parés à tout moment pour la bataille.

Poing-Tonnerre donne des coups de poings dans les murs pour les endurcir – ses poings, pas les murs – et enchaîne les passes d’armes avec sa lourde hache. Ours-Agile fait de même avec son fléau, arme complexe à manier mais douée d’un potentiel destructeur évident. Aigle-Tempête déploie une minutie tout particulière lorsqu’il s’agit de passer en revue son arsenal impressionnant, de flingues et fusils, et les tester. De son côté, Souffle-Dragon semble se focaliser sur son artefact au cœur de feu, qu’elle soigne avec une obsession presque maternelle. Enfin Œil-de-Feu démontre qu’il n’est pas seulement doué pour la magie, mais capable d’une grande maîtrise martiale avec son bâton, qu’il fait tournoyer et tournoie avec lui dans une danse guerrière fascinante, avec une vigueur surprenante pour son âge avancé.

Dans le même temps, avec une grande patience, comme en réponse à une promesse muette, un devoir moral implicite, les orks ne manquent pas d’enseigner leur art à leurs jeunes protégés. Comme à son habitude Phoebos est curieux de tout, et parvient rapidement à maîtriser le fonctionnement des armes à feu, ainsi que de nouvelles techniques de combat rapproché, maniant la lance avec une dextérité croissante.

Kharn est surtout doué pour les frappes en force, sans finesse mais efficaces. Il brasse l’air à coups de masse avec une énergie inépuisable. Ses débuts sont laborieux, puis ses gestes deviennent plus précis et maîtrisés. Il ne se lasse pas non plus de tenter de pulvériser à mains nues les ennemis de roche que lui désigne Poing-Tonnerre. Ses poings massifs terminent alors en sang, mais son cerveau retient la sensation de pur défoulement plutôt que la douleur. Garulo fait preuve de quelque curiosité pour ces exercices, mais est loin d’être prêt à se saisir d’une arme, encore trop jeune et trop effrayé par ce genre de pratiques.

Auprès d’Œil-de-Feu, Phoebos apprend à manipuler les énergies magiques, à les modeler à sa convenance. Il devient vite capable de mettre feu aux flèches qui partent de son arc, et à guider leur vol à la force de son esprit. Par la concentration, il parvient à soulever des blocs de roche, d’abord du simple gravier, puis des pierres de plus en plus massives. En parallèle, les séances de méditation lui permettent d’apaiser ses pensées, et se mettre à l’écoute du monde qui l’entoure.

Au bout de plusieurs sessions d’entraînement intensif, l’Enfant parvient à sentir de nouveau la trace de Stormanea, comme une pulsation lointaine qui résonne au cœur de la terre, et l’appelle. Il en informe les orks, qui semblent avoir une grande confiance en ses facultés de perception. Alors la troupe s’efforce de maintenir le cap dans cette direction, le but ultime de leur épopée souterraine, autant que possible se peut dans ces dédales de tunnels, cavernes, corniches et gouffres.

 

Une fois, les explorateurs évitent de justesse le piège tendu par une colonie de petites araignées, avertis par Mantisss qui les attend à proximité. Les bestioles sont extrêmement bien dissimulées, même Œil-de-Feu a du mal à sentir leur présence. Leur toile prend la couleur et la texture de la roche avec une perfection rare et, tendue au milieu du passage, masque un trou béant dans le sol, où leurs victimes se précipitent et se brisent les os. A l’aide d’une pierre, le chaman révèle la présence de la toile, rigide mais extrêmement fragile. Le projectile la transperce, et quelques instants après il rebondit au fin fond du gouffre. Furieuses d’avoir été démasquées, les araignées surgissent de toutes parts, tombent du plafond ou remontent du piège, grosses comme le poing d’un homme.

Préparés à une telle situation, les compagnons reculent avec discipline. Puis Souffle-Dragon entre en action : réglant le débit de son arme, elle projette une langue de feu qui engloutit inexorablement les assaillantes. Le crépitement et l’odeur de la chair d’araignée grillée envahissent l’air.

 

Quelques nuits plus tard, au détour d’un tunnel, ils croisent un homme décharné, aux yeux morts, et à l’ouïe éteinte. Ses os pointent sous sa peau d’une pâleur extrême, mais la vie s’accroche toujours à lui. Les dernières touffes de cheveux présentes sur son crâne chauve rajoutent à son aspect délabré. L’homme reste insensible à tous leurs efforts, même aux tentatives magiques d’apaisement du chaman, et continue d’avancer à tâtons le long des murs, en silence, comme si son esprit était perdu très, très loin d’ici. Les compagnons se résignent finalement à l’abandonner à son sort, et reprennent leur propre route, troublés. L’homme poursuit son errance, en quête d’un but improbable qu’il n’atteindra sans doute jamais.

 

Entendant un grondement sourd durant la traversée d’une grande caverne, Phoebos avertit ses compagnons qui se préparent à un nouveau tremblement de terre. Mais c’est une bouche énorme, garnie de dents de la taille d’un homme, qui surgit sous leurs yeux. Un ver titanesque débouche du trou qu’il a ouvert dans la paroi rocheuse, projetant d’innombrables gravats tout autour de lui. La troupe s’abrite tant bien que mal derrière des saillies du sol, évitant de justesse les pierres les plus grosses.

Une pluie de caillasses s’abat sur leurs épaules, tandis qu’ils regardent défiler les anneaux de la bête. Ceux-ci sont grisâtres et forment une épaisse carapace, couverts d’entailles accumulées au cours des années, ou des siècles. Le ver perce la paroi opposée avec une facilité déconcertante, au son de ses mâchoires broyant tout sur leur passage. Les derniers anneaux disparaissent et le ver poursuit son chemin, sans guère de soucier des pathétiques microbes qu’il a failli engloutir.

Les camarades s’avancent dans la poussière qui retombe, et observent les deux tunnels nouvellement creusés. Après quelques hésitations, ils s’élancent à la suite de la bête, dans ce qui pourrait constituer un raccourci avantageux. L’angoisse pointe en eux, de ce qui arriverait si le ver décide de faire demi-tour, ou s’ils venaient à croiser l’un de ses congénères.

Une nuit plus tard environ, ils atteignent une grotte peuplée d’étranges créatures ailées. Celles-ci voltigent maladroitement contre le haut plafond, semblant faire preuve d’une certaine forme d’intelligence. Puis les compagnons reprennent un cheminement plus classique, se dirigeant vers un champ de stalagmites. Les stalactites gisent brisés au sol, sous l’action du dernier tremblement de terre.

 

Plus loin, la troupe est émerveillée par la traversée d’un champ de végétaux lumineux et colorés. Une mousse bleutée sécrétant une douce rosée amortit chacun de leurs pas tandis qu’ils avancent au milieu du décor charmeur. Des bassins circulaires naturels, peu profonds et communiquant entre eux, laissent s’écouler une eau tiède parsemée de quelques nénuphars. Ils passent sous les feuilles et pétales de hautes fleurs scintillantes, qui libèrent une odeur sucrée et agréable. Des lianes cotonneuses pendent de la voûte, ondulent et leur chatouillent le cou avec malice. Quelques animaux détalent et se cachent à leur approche.

Phoebos se rappelle fugitivement les leçons de botanique qu’il aimait tant. Les compagnons prennent toutes les précautions nécessaires, mais aucune plante ne les agresse pour se nourrir, aucun acide ne dissout leur chair et leurs vêtements. Lassés par la vue d’une infinité de roches poussiéreuses, ils en profitent pour s’arrêter quelques heures et se reposer dans la fraîcheur de la végétation. C’est avec regret qu’ils reprennent la route, abandonnant ce paradis perdu derrière eux.

 

Au plus bas dans les profondeurs de la terre, ils longent des coulées de lave et transpirent toute l’eau de leur corps, sous les effets conjugués de la chaleur intense, l’effort physique, et la peur de mourir. Des failles bouillonnantes s’ouvrent de toute part en un impressionnant chaos magmatique, les forçant à faire preuve d’une prudence incroyable pour poursuivre leur progression.

Ils longent d’étroites corniches dressées par dessus les rivières de feu, les mains crispés sur la paroi. Ils traversent le vide sur des ponts naturels à la solidité incertaine, qui s’effritent parfois sur leur passage. Les fragments de roche tombent dans la lave et sont engloutis. Tous prient pour que la terre ne tremble pas de nouveau, et le chaman se tient prêt à lancer ses sorts de lévitation en cas où un infortuné chuterait malgré tout. Après cet épisode, le retour sur un sol plus stable est un véritable soulagement, leur faisant même apprécier les interminables successions de tunnels et cavernes pendant quelques temps.

 

Leur avancée dans le monde souterrain est irrégulière, dangereuse, et pleine de surprises, mais chaque pas les rapproche un peu plus du but de leur quête.

 

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XVIII – ORKALIA ¥

XVIII – ORKALIA ¥

 

A son réveil, Phoebos a recouvert l’essentiel de ses forces, malgré les mauvais songes venus troubler son sommeil. Une histoire de torture et de pierres maudites. Il est désormais si habitué à ces cauchemars qu’il les oublie aussitôt. Par ailleurs, l’Enfant a décidé d’éviter tout apitoiement, revigoré par son expérience avec le Ki. Il sent l’énergie bouillonner en lui. Une énergie qui pourrait lui servir à trouver puis détruire ses ennemis anonymes, et ainsi apaiser sa haine et sa soif de vengeance. Il se délecte de ce désir inavouable.

Après un repas plutôt frugal de champignons et racines séchés, les huit explorateurs se remettent en route. Ils quittent la salle aux piliers, et traversent une nouvelle série de cavernes abandonnées. Des morceaux de rocs encombrent parfois le chemin, qui se sont détachés lors du tremblement de terre récent. Mantisss part toujours en éclaireur, progressant furtivement dans l’obscurité. Quelques lucioles incandescentes voltigent et illuminent leurs pas, leur évitant de trébucher trop souvent.

« Amis orks… J’aimerais en savoir plus sur vous, sur Orkalia, sur Tenebrae. Je ne comprends pas. Pourquoi tant de malheur, tant de violence ? Pourquoi se battre ? Pourquoi la guerre, dont vous parlez ? Comment des êtres vivants, intelligents, peuvent-ils vouloir en détruire d’autres ? »

Œil-de-Feu lui sourit, tire une bouffée de sa pipe et répond :

« Ta naïveté est toute naturelle, mon jeune ami. La lande radioaktive d’où tu viens est un endroit sauvage, mais épargné par l’œuvre de mort à grande échelle k’est la guerre. Les heurts entre tribus y sont rares, en raison d’autres prédateurs primitifs bien plus menaçants. Mais ailleurs sur Tenebrae, il existe une multitude de peuples, une infinité peut-être, tous très différents. Leurs Histoires se kroisent et s’entrekroisent au gré des alliances, des trahisons, des batailles qui markent le passage du temps.

A l’origine, les vingt premières tribus orks étaient éparpillées sur le monde de Tenebrae. Elles étaient très primitives, sauvages et brutales. Au kours des sièkles des renkontres ont pu se faire, des liens se tisser entre ces ethnies orks, à la fois semblables et unikes. Certaines n’ont été aperçu k’une unike fois, au kours de l’Histoire telle ke relatée dans le Grand Livre d’Orkalia. Peut-être ont-elles disparu à jamais, viktimes de la férocité supérieure d’autres kréatures de Tenebrae. Peut-être attendent-elles leur heure, kelke part très loin d’ici.

La majorité des tribus orks étaient présentes dans cette partie Ouest de Monstrogho. Répartis entre la grande Forêt Saavage, peuplée de monstrueux Dinosaurus ; les Montagnes Bleues, colorées par les reflets de Lune sur la neige ; et la Plaine de Sang verdoyante, parsemée de quelques vergers et marais, bordée à l’ouest par la Forêt Saavage, au nord par les Montagnes Bleues, à l’est par le désert de cendres d’Eldarin’Ash, et au sud par le cratère abritant la Lande Foudroyée, traversé du nord au sud par le fleuve Styxx.

Pressé de toutes parts, notre peuple a tôt fait de se regrouper sur ces terres kommunes. Nos chefs de tribus karessaient les prémisses de la kréation d’une puissante Nation, afin de lutter kontre les races bellikeuses alentours. Les Nains ont guerroyé avec acharnement pour nous repousser vers le sud, loin de leurs forteresses dans les Montagnes Noires. Contre les Minotaures, Ogres et Trolls, nombreuses furent les batailles dans la Plaine de Sang, ce qui lui a donné son nom. Les Baknamus, les Shaggoths, les Titans, les Yugozoths… Tant de kréatures hostiles à notre race… Heureusement, notre taux de natalité élevée nous a permis de surmonter les défaites, kontinuer à se battre, et survivre à la violence de ce monde.

Ainsi il y a plus de mille ans est née la Cité d’Orkalia, et son Kœur magnifik, à la croisée de la Forêt Saavae, la Plaine de Sang et les Montagnes Bleues, sur les rives de la rivière Manea.

Harukh Morglum, le premier Roi guerrier, découvrit la Kouronne sacrée de notre peuple, une nuit d’orage, au bord de la rivière, au pied d’un chêne millénaire, sur un tapis de mousse brûlé par la foudre. Komment la Kouronne avait atterrit là, nul ne le sus, mais tous y virent un signe des Dieux. La Kouronne des Orages fut baptisée Stormanea, et la Cité d’Orkalia fut fondée.

Au cours des siècles, nos relations avek l’environnement se firent plus intimes, tandis ke nous battissions notre petit koin de paradis, dans la Plaine de Sang, la Forêt Saavage, et les Montagnes Bleues. Le royaume d’Orkalia devint un joyau cher au koeur de tous les orks, que nos ancêtres jurèrent de préserver et protéger à tout prix, pour toujours.

Harukh Morglum, premier des Rois orks, était un guerrier puissant et sage. Il fut pour beaukoup dans l’unifikation des différents klans. Il entreprit de faire la paix avek ceux de nos voisins pour ki le pardon était enkore possible. Il développa le kommerce avek les Nains et les Yugozoths des Montagnes Noires, au nord. Il siégea au Koeur d’Orkalia pendant karante longues années, kréant le Konseil Chaman et l’Ordre Berzerk. Il abolit également l’esklavage de nos kousins Gobelins, faibles et serviles, et leur permis de trouver refuge sur nos terres. Auprès de son trône défilait sans cesse la ribambelle de ses Konseillers et Seigneurs de Guerre, l’aidant à administrer et défendre la Nation naissante. Il est dit k’il passait parfois plus de sept nuits et sept jours sans dormir, œuvrant sans relâche, porté par l’amour de son peuple et l’énergie de Stormanea.

Le premier Roi mourut après une vie heureuse et bien remplie au service de la Nation, karante ans après la fondation d’Orkalia. Le Premier Seigneur de Guerre, élu kelkes années plus tôt par le Konseil Chaman et l’Ordre Berzerk, lui succéda comme second Roi sous le nom d’Harukh Grom. Il poursuivit l’œuvre de son prédécesseur avec passion, durant sa vie entière. Puis à sa mort le troisième Roi, Harukh Vorgor, fut kouronné à son tour. C’est sous son règne k’eut lieu la première grave diskorde au sein de notre peuple.

Deux des tribus originelles, les Orks Gris et les Orks Noirs, au style de vie troglodyte, se partageaient l’espace souterrain situé dans les profondeurs d’Orkalia. Elles étendirent leurs domaines sous la Forêt Saavage, la Plaine Emeraude, et les entrailles des Montagnes Bleues. Jusk’à cette nuit terrible, où une dispute éklata entre les Seigneurs de Guerre de ces tribus. Les Orks Gris akusèrent leurs kousins d’annexer leurs territoires par la force, de kreuser des galeries de manière imprudente, et de kontinuer à pratiquer esklavage et torture sur les Gobelins. Les Orks Noirs akusèrent les autres d’être perfides et lâches, d’avoir oublié leurs racines, et les traditions barbares des premiers Orks.

La krise atteint son paroxysme lorsque plusieurs kavernes des Noirs s’effondrèrent, emportant avek elles une partie du Koeur d’Orkalia. Les akusations furent vérifiées, et les Orks Noirs furent jugés pour avoir mis en danger la sékurité de la Cité, et l’unité de la Nation. Leur kondamnation fut l’exil. Mais les Noirs rejetèrent cette sanction avec mépris, et entreprirent de massakrer les Gris. Ceux-ci étaient préparés à se défendre, mais ne s’attendaient pas à une telle explosion de violence. Par la suite, les Orks Noirs rakontèrent que les Gris furent les premiers à verser le sang, prétextant de leur lenteur à kitter les lieux et céder leurs galeries.

Mais le mal était fait, les dés du destin étaient jetés, et le reste de la Nation Ork submergea le sous-sol pour chasser les Noirs. Le Roi Vorgor donna tout d’abord la konsigne de les maîtriser sans verser le sang, mais devant leur férocité il fut contraint de revenir sur sa décision. Cependant les Orks Noirs étaient les plus féroces et les plus massifs de notre race, et le prix à payer pour les repousser fut très lourd. Au final preske tous les Gris furent exterminés, et les autres tribus d’Orkalia repoussées à la surface. Les Noirs tenaient le sous-sol de la Cité, et il fallait les en déloger.

La décision suivante du Roi fut dure à prendre, après d’interminables débats au Konseil Chaman, et marka pour toujours notre Nation naissante. Une arme terrible fut utilisée, obtenue des Baknamus demeurant plus au nord-ouest, dans leurs kavernes baignées de vapeurs toxikes. Un gaz redoutable fut déversé dans les souterrains. Tunnels et grottes furent bientôt emplies d’Orks Noirs morts ou agonisants. Il fallut attendre une dizaine entière ke le gaz se dissipe, avant de pouvoir descendre, ékipés de maskes de protektion. Partout, les kadavres se trouvaient déjà dans un état de dékomposition avancée : orks, orkas, orkions, figés dans une mort atroce… Cette vision d’horreur resta gravée dans la mémoire de notre peuple à jamais.

Mais nombre d’Orks Noirs réussirent à s’enfuir par leurs galeries sekrètes, et quittèrent Orkalia en petits groupes de survivants. Ils durent lutter longtemps pour survivre et rekonstruire un klan puissant, dans la Plaine de Sang, mais ils y parvinrent. Générations après Générations, animés d’une rage terrible, ils ruminèrent leur vengeance.

Les hordes d’Orks Noirs, désormais alliés aux Minotaures et leurs cousins Magotaures, revinrent finalement affronter les armées d’Orkalia. Mais entre-temps nos ancêtres avaient créé l’Ordre Tekno, à l’origine de nombreux progrès teknologikes, et les Noirs furent kasiment anéantis une nouvelle fois.

On n’en entendit plus parler pendant des sièkles. Jusqu’à cette nuit terrible, y’a un peu plus de cink années lunaires, une veille de Morte-Lune… »

Œil-de-Feu s’arrête pour recharger sa pipe, et méditer à la suite de son récit. Les compagnons s’arrêtent également, entourant le chaman. Phoebos l’écoute avec passion, profondément touché par l’Histoire des Orks.

« Les Orks Noirs revinrent, et ils n’étaient plus seuls. La Cité d’Abjektalia avait émergé à l’est de la Plaine de Sang, sur les berges du Fleuve Styxx, sous l’impulsion des Mages Noirs. Eux aussi avaient été chassés par leur peuple, chassés de Solaaris, la majestueuse cité des hommes située tout au nord de Monstrogho. En contrepoint, sa jumelle ténébreuse, Abjektalia la maudite, avait grandit komme un kancer ki ronge, dans cette région du sud-ouest de Monstrogho… Les Mages Noirs avaient bâti une ville chaotique, autour d’une immense tour symbole de leur puissance, et entrepris de conquérir les environs, regroupant toutes les races brutales de la région, les enrôlant sous leur funeste bannière, le Crâne Cornu Rieur.

Les Skadrons de la Mort d’Abjectalia finirent par arriver aux frontières d’Orkalia, dans la Plaine de Sang. Le Roi Harukh Torg, averti des premières eskarmouches, fit avancer ses hordes à leur renkontre. Nos forces étaient mieux organisées, et mieux armées que jamais auparavant. Les chamans de kombat et les pièces d’artillerie étaient prêts à soutenir les eskouades de guerriers. Nos valeureux champions menaient les bataillons d’Orkalia, montés sur de puissants Dinosaurus de la Grande Forêt Saavage, domptés et dressés pour la guerre.

Durant plusieurs nuits les deux armées se toisèrent à distance, avec kelkes eskarmouches, sans k’aukune n’ose libérer toute sa rage dans la bataille. Tant ke les hordes d’Abjektalia restaient dans la Plaine de Sang, le Roi préférait jouer l’intimidation.

Des messages de rangers postés dans les Montagnes Bleues et la Forêt Savaage lui parvinrent alors, rapportant ke plusieurs kompagnies des Skadrons, composées principalement d’Ogres, de Minotaures et d’Elfes Noirs, avaient pris des chemins détournés pour frapper Orkalia par les flans et l’arrière. S’ils n’étaient pas stoppés à temps, ces détachements allaient envahir notre royaume par ses frontières reculées, insuffisamment défendues.

Harukh Torg prit la décision douloureuse de renvoyer kelkes bataillons vers l’arrière, pour défendre le Koeur d’Orkalia, et d’engager la bataille sans plus attendre avek le reste de ses troupes.

Vous konnaissez la suite : Stormanea, la visite du spektre, le départ du Roi et le massakre de notre peuple… L’armée d’Abjektalia fut repoussée, mais à kel prix

Il nous faut maintenant relever la tête, et aller de l’avant. Ainsi est la voie des Orks, notre destinée. Des survivants menés par le nouveau Roi Harukh Golgor sont enkore kachés dans les ruines du Koeur d’Orkalia et dans la Forêt Saavage. Ils kombattent les pillards et attendent notre retour, avek les trois artefakts sakrés. Stormanea, Kouronne des Orages. Trembleterre, le Marteau du Berzerk. Et pour finir Luël, la Plume du Grand Dragon Vert. Aussi nous devons nous hâter, et poursuivre notre kête. Il en va de la survie de notre peuple. »

« Nous vous aiderons au mieux, soyez en sûrs. Tout mon cœur le désire ardemment. » réplique Phoebos, la voix gonflée d’émotion.

 

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XVII – Confrérie des Tourments ¥¥¥

XVII – Confrérie des Tourments ¥¥¥

 

Kaldor Byron avance rapidement dans les rues puantes d’Abjectalia, un sombre jour de Lune d’Espoir qui, en cette heure, porte bien mal son nom. Il évite habillement les tas d’immondices, ainsi que les misérables allongés au beau milieu de toute cette fange. La vision de ces malheureux aux yeux fous, suppliants et vociférants, l’emplit d’un profond dégoût. L’un d’entre eux se jette à ses pieds et s’agrippe désespérément au bas de sa cape.

« Siouplé… Môseigneur… Une tite pièce pour un pov’ gars… »

« Extermination. C’est tout ce que tu mérites. »

Il le rejette d’un violent coup de pied, puis le frappe de nouveau pour être sûr qu’il ait bien compris. Enfin, il lui crache dessus avec mépris avant de poursuivre son chemin. Le malheureux gémit et se recroqueville sur lui-même, sous les rires gras et méchants de ses voisins d’infortune, pourtant clodos comme lui.

 

Kaldor Byron s’engage bientôt dans une étroite ruelle, déserte mais tout aussi malodorante que les artères plus fréquentées. Il s’avance dans le noir, seulement guidé par sa vision nocturne. Au fond de l’impasse, derrière un empilement de caisses de bois pourri, il cherche à tâtons un interstice bien précis, discrètement aménagé dans le mur de briques. Enfin il le trouve et y glisse brièvement sa Pierre de Souffrance. Plusieurs briques coulissent avec lenteur, d’un seul bloc. Il s’assure que personne ne l’a suivi, puis s’engouffre dans l’étroit passage. Le mur se referme derrière lui, le plongeant dans les ténèbres.

Le couloir continue sur plusieurs mètres avant de tourner à angle droit sur la droite, pour aboutir sur une petite niche taillée dans la pierre, de dimensions vaguement humaines. L’homme pénètre dans cet espace, et trouve ce qu’il y a laissé lors de son dernier passage : une grande robe et un capuchon noirs. Il pose son chapeau, sa cape et sa veste, également noirs. Puis il enfile sa nouvelle tenue, guère confortable mais qui masque tout son être, hormis deux fentes étroites pour les yeux. Enfin il transfère sa Pierre de Souffrance d’une poche de sa veste vers une poche de sa robe, avec quelques autres possessions de valeur qu’il trimballe avec lui.

Byron reprend sa progression dans le couloir tortueux, qui s’arrête brusquement dans une nouvelle impasse. Un mot de pouvoir active un mécanisme secret, et la paroi coulisse lentement vers le haut, faisant entendre le raclement de la pierre. Il croise les mains sous sa robe, et débouche au beau milieu d’un large escalier en colimaçon. Sur les murs sont gravées des scènes de massacre et de torture, éclairées par une succession de torches. Il descend l’escalier, lentement, pendant plusieurs minutes. Seul le son régulier et sec de ses pas sur la pierre perce le silence. Mais dans sa tête, il entend cette voix qui lui parle, qui lui murmure de douces atrocités. Et durant tout ce temps il caresse la Pierre de Souffrance, avec amour. Il sent le crépitement de sa puissance lui lécher les doigts, aussi sûrement que son âme.

L’homme parvient finalement à une porte de bronze, devant laquelle se tient une silhouette massive qui le dépasse de plusieurs têtes. La silhouette est vêtue d’une robe semblable à la sienne, et d’un large capuchon pointu qui masque son énorme tête. Deux impressionnantes cornes d’ivoire en jaillissent. Une voix caverneuse l’apostrophe :

« Frère Volmor. Nous t’attendions avec impatience. »

« Extermination, mon frère Huùrt. Souffrance sur toi. »

Alors Kaldor Byron, alias Frère Volmor, dévoile sa Pierre. Celle-ci brille d’un éclat maléfique de lumière noire mais, étrangement, ne dégage aucune énergie. Au contraire, la Pierre de Souffrance semble même aspirer la réalité qui l’entoure, et s’en repaître. En raison du lien particulier qui les unit, lui seul peut sentir sa terrible aura de puissance.

« Souffrance et Extermination. » répond son interlocuteur, visiblement satisfait, en montrant sa propre Pierre.

Puis il lui ouvre la porte, et la referme derrière lui.

 

Frère Volmor pénètre dans une salle circulaire assez grande pour accueillir une table ronde et sept fauteuils d’ébène, autant de grands chandeliers, une multitude d’instruments de torture, ainsi que cinq créatures encapuchonnées.

Les quatre premières se tiennent assises autour de la table, leurs propres Pierres posées devant elles. Deux silhouettes de même taille que lui, une plus grande, et une très petite. L’atmosphère pue la conspiration.

La cinquième créature pue surtout le désespoir et le sang. Il s’agit d’une femme, dont il ne reste plus que le tronc, la moitié de chacun de ses quatre membres, et la tête. Son visage est presque entièrement dissimulé par une capuche de cuir clouté. Seuls ses yeux emplis de terreur, et ses lèvres tuméfiées par les coups répétés, sont visibles à travers ce masque. Sa poitrine nue est couverte de traces de lacération. L’absence de pilosité laisse entrevoir son sexe nu et meurtri. Elle est assise sur une chaise métallique, parsemée de pointes qui lui entaillent les chairs. Des crochets acérés sont plantés dans chacun de ses quatre moignons. Elle souffre atrocement. Elle gémit. Du sang dégouline lentement de ses innombrables plaies. Et pourtant, elle est toujours en vie.

Frère Volmor la fixe avec une fascination morbide non dissimulée. Une voix féminine, sifflante comme un serpent, lui parvient d’une des silhouettes de taille moyenne :

« Sssssalutasssssions, frère Volmor. N’essssse pas délissssssieux ? Ssssss’est une merveille que mes poudres, et posssssions. Sssssssouffranssssse, mon frère. »

« Souffrance, Sikis, ma sœur. Souffrance, mes frères. »

Il s’approche de la table, et prend place sur l’une des chaises, puis dépose sa Pierre devant lui, sur un socle de métal noir prévu à cet effet.

« Je vois qu’on s’amuse en mon absence ? »

« Aaaaaahahahahahaaaa ! » un rire dément s’élève de la plus petite silhouette et lui vrille les tympans. Bien que la créature masquée se tienne debout sur son siège, elle dépasse à peine le niveau de la table.

« Tu croyais qu’on allait t’attendre ? Touche-toi mon pote ! On lui en a fait baver, à cette pétachienne ! C’est une novice du harem de putes que s’enfile le père Torrus ! »

Sans se formaliser un instant de ces propos vulgaires, Frère Volmor tourne la tête vers la victime. Sous son capuchon, ses yeux brillent d’excitation et de convoitise. La plus haute silhouette poursuit alors, d’une voix froide et métallique, ignorant la précédente intervention puérile et grossière.

« J’ai capturé cette femme alors qu’elle était postée sur les toits. A notre recherche à 87% de probabilités. Une Gardienne. Je lui ai tranché les jambes et les bras, pour l’empêcher de s’enfuir. 100% d’efficacité. »

« Sssss’il y en a une, il y en a sssssent… J’essssspère que l’un des trissssstes sssssires ici prézzzzzents, n’a pas manqué aux règles élémentaires de sssssécurité ! »

Le cyborg appuie sur l’une de ses tempes à travers sa capuche, et un hologramme de la scène est projeté au centre de la table. La Gardienne, une novice semble-t-il à sa tenue, coure désespérément pour fuir un poursuivant invisible. Puis elle hurle comme une hystérique lorsque ses membres sont sectionnés et qu’elle tombe sur les tuiles crasseuses du toit. Elle se tait enfin lorsque sa langue est sauvagement arrachée. Dans les dernières secondes de projection, son agresseur l’assomme et elle s’immobilise sur les tuiles, ensanglantées par le sang qui s’écoule de ses narines, de sa bouche, et de ses membres tranchés.

« Aaaaahahahah, trop goooore ! Trop coooool ! »

La voix suivante semble irréelle mais résonne dans leurs têtes. Ils frissonnent en pensant à ce qu’elle pourrait leur faire sans la protection de leurs Pierres respectives.

« Silence. Ces Gardiennes sont de véritables plaies. Sans elles, il y a bien longtemps que le Seigneur Torrus serait tombé, ainsi que tous les Mages Noirs et Abjectalia avec eux. Extermination, telle est la meilleure solution à apporter à ce problème. »

« Nous ssssssommes d’accord sssssur ce point, frère Hulkhtu. Mais sssssette Gardienne peut encore nous révéler ssssssertaines informasssssions. Il fallait que je la sssssauve, pour sssssela. Nous comptons sssssur vous pour le ressssste. »

Frère Volmor tourne la tête vers la morte en suspend, qui sanglote silencieusement, consciente de ne pouvoir espérer la moindre chance de salut.

Soudain la porte s’ouvre une nouvelle fois, laissant passer un autre conspirateur masqué, accompagné du colosse qui gardait l’entrée. Celui-ci verrouille cette seule issue, et s’installe lourdement dans son propre siège. L’autre silhouette s’approche de la Gardienne, et caresse sensuellement sa poitrine ensanglantée. Puis elle lui pince cruellement les tétons et, du même coup, lui arrache de nouveaux gémissements. Lorsqu’elle prend la parole, c’est d’une voie féminine mélodieuse, charmeuse, et tranchante comme la plus acérée des lames.

« Extermination et souffrance. Ainsi, voilà notre victime du jour… Je vous félicite pour cette capture, mes chers frères. Tu es MORTE, tu m’entends ! TU ES DEJA MORTE ! »

Elle lui crache au visage et la gifle violemment, avant de prendre sa place autour de la table. Les sept conspirateurs se redressent et posent tour à tour la main sur leur Pierre avant de prêter serment.

« EXTERMINATION ET SOUFFRANCE.

QUE LA CONFRERIE DES TOURMENTS

APPORTE LE RENOUVEAU SUR CETTE TERRE.

SEMONS LES GERMES D’UNE NOUVELLE ERE. »

 

Frère Hulkhtu quitte le cercle et s’approche impassiblement de la condamnée. Il tend les bras devant elle et l’agrippe par les épaules. Ensuite seulement il commence à lui dépecer l’esprit. Il lui lacère plusieurs fois le cerveau de l’intérieur, lentement, afin d’annihiler toute trace de résistance. Puis il s’engouffre dans les nombreuses faiblesses interstitielles de son âme brisée. La malheureuse est prise de spasmes qui rouvrent ses plaies, mais elle reste muette, ne peut hurler sa douleur et sa haine. Totalement impuissante, ses souvenirs lui sont arrachés et analysés.

« Elle n’est au courant de rien. Ses maîtres ne l’ont pas dirigée spécifiquement contre nous. Elle jouait son rôle de gardienne, sans être consciente de notre présence. Les Pierres de Souffrance remplissent bien leur office. Malgré son conditionnement, des émotions s’expriment en elle. De la pitié pour les sous-hommes. Un désir. Les aider, les délivrer de leurs souffrances. »

« Aaaaaaahahahaha ! Ironie du sort ! Balle de boule de gomme ! Sale pute ! Tu ne sais même pas ce qu’est la Souffrance ! »

« Alors montrons-lui. »

Frère Volmor suit l’exemple des autres membres de la Confrérie des Tourments, et se saisit d’un instrument de torture avant de s’approcher de la novice. Il choisit un poinçon de métal déjà ensanglanté, et entreprend de tester la résistance de la chair humaine. L’aiguille métallique appuie et glisse voluptueusement contre l’épiderme, avant que celui-ci ne cède, ce qui l’émerveille chaque fois un peu plus. Alors la pointe s’enfonce avec une facilité déconcertante, faisant perler quelques gouttes de sang écarlate, qu’il caresse avec délectation de ses doigts pâles, se retenant de mordre à pleines dents dans cette chair si désirable.

Tour à tour ils infligent mille tourments à la pauvre femme, redoublant d’imagination et de cruauté. Lorsqu’une plaie un peu trop profonde menace de la terrasser, sœur Sikis y verse quelques gouttes d’un liquide brûlant, qui cicatrise instantanément la blessure et permet de poursuivre le jeu.

Enfin sœur Aelith se recule et entonne le champ sacré de la Confrérie, destiné à remercier leur Déesse toute puissante de leur avoir montré la voie : Arachnée, Dévoreuse des Âmes, Tourmenteuse Suprême. Les deux plus forts parmi les frères retirent les crochets et se saisissent de la malheureuse, relançant l’hémorragie aux extrémités de ses moignons. Cela n’a plus aucune importance, car elle n’a plus que quelques instants à vivre avant d’être délivrée de ces infâmes tourments.

La novice n’est pas consciente du sort que lui réservent les fous furieux : ils lui ont crevé les deux yeux, et elle a perdu connaissance depuis longtemps. Alors les autres frères placent une énorme pointe métallique au centre de la table, dont la base forme un réceptacle orné de crânes et de visages hurlants. Puis tous se tiennent debout autour de cet horrible autel sacrificiel, tandis que le colosse cornu monte sur la table, portant avec précaution ce qu’il reste de la novice. Tous chantent, ou plutôt hurlent, comme des possédés, absorbés par la beauté et l’intensité de cette macabre cérémonie.

A l’apogée de leur clameur démoniaque, le colosse place le corps inconscient au dessus de la pointe terrible. Son sexe frôle l’extrémité de métal, puis se laisse pénétrer avec douceur. Dans les premiers temps aucune résistance ne vient arrêter cette progression sensuelle et morbide. Les énormes mains couvertes de fourrure noire abaissent le bassin avec lenteur. Lorsqu’une résistance se fait sentir, le frère exerce d’abord une légère pression. Puis il appuie avec plus d’insistance.

A cet instant précis des flots de sang commencent à couler entre les cuisses de la novice, tandis qu’elle reprend conscience. Elle est aussitôt foudroyée par une douleur ultime, qui lui déchire les entrailles et balaie tout son être. Le pal de métal s’enfonce lentement en elle, et la vie l’abandonne enfin.

Et alors que son âme croit enfin s’échapper de ce corps ravagé, les Pierres de Souffrance brillent d’un éclat mauvais et la dépècent une nouvelle fois. Elles absorbent son énergie vitale avec avidité, tandis que son sang s’écoule dans le bassin situé à la base du pal. Puis il dégouline sur la table, et sur le sol. Les membres de la Confrérie des Tourments sont baignés d’un puissant sentiment d’extase. La pointe ressort par une orbite ravagée de la Gardienne, scène macabre au milieu de la sombre pièce.

Bientôt les tortionnaires s’écroulent dans leurs fauteuils, comblés. Cette cérémonie achevée, ils reprennent leurs discussions enflammées concernant l’accomplissement de leur œuvre de malheur. Finalement ils récupèrent leurs Pierre de Souffrance respectives et se séparent, toujours dans le plus grand secret.

Arachnée est fière d’eux.

 

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XVI – Le pouvoir du Cœur et de l’Esprit

XVI – Le pouvoir du Cœur et de l’Esprit

 

« Ce ke tu va entendre est ma propre vision de la magie et du pouvoir. D’autres ke moi aborderaient sans doute les choses autrement… Ces notions complexes appelées… « infrapsychisme »… et « panpsychisme »… Mais peu importe. Je suis un chaman, et je krois avant tout dans les forces de la nature et de l’âme. Le pouvoir du Kœur et de l’Esprit. »

Œil-de-Feu marque une pause, pour être sûr que Phoebos, assis en tailleur près du feu à sa droite, est bien attentif. Kharn et Garulo se sont assis derrière lui, et les autres orks tout près d’eux.

« A l’origine était le néant. Puis l’énergie de vie déferla et Tenebrae fut kréée. Une infime partie de cette énergie brûle en chake être vivant. Le Ki, le souffle de vie, est l’énergie ki anime chake kréature de ce monde. Il est renforcé par le kœur, et kanalisé par l’esprit. »

Œil-de-Feu désigne tour à tour sa poitrine, et son front.

« L’intensité de ton Ki dépend de ton véku, ta naissance, tes expériences, et de la force de ton âme. Plus tu lui permets de s’exprimer, et plus le souffle de vie gagne en puissance, à kondition que tu sois kapable de le maîtriser.

Car le kœur ne suffit pas pour contrôler les énergies magiques. Il est aussi important d’entraîner son esprit, afin de percevoir le lien entre le Ki et le monde ki nous entoure, kar une grande partie du souffle de vie s’ékoule librement sur Tenebrae, et en provenance de Lune : c’est le Mana, invisible et intangible, sauf pour les initiés. Si ton esprit est fort, alors il est possible de sentir cette énergie, et de l’utiliser, la faire tienne.

Chake être a une affinité partikulière avek chakune des différentes formes ke le Mana peut prendre. Pour ma part, je maîtrise les forces de feu, vie, et esprit. Lorske le souffle m’envahit, il m’est plus facile de faire appel à elles. Le feu, lorske j’allume une étincelle ou un brasier ardent. La vie, lorske j’invoke Mantisss ou ke je soigne les blessures. L’esprit, par empathie avek les âmes ki m’entourent. »

Phoebos apprécie la leçon du chaman, et espère avoir trouvé en lui le mentor dont il a tant besoin, qui remplacera le vide éducatif et affectif laissé par la mort de Grand-Père. Lorsqu’il l’initiait à la maîtrise de la magie, celui-ci se montrait généralement assez vague, refusant de le laisser engloutir toutes les connaissances que l’Enfant aurait souhaitées. Peut-être pour lui éviter l’indigestion mentale. Son destin, disait-il. Patience.

Or si Phoebos possède de nombreuses qualités, la patience n’est pas son fort, et lui fait souvent défaut. Depuis qu’il est capable de penser, d’apprendre et de se mouvoir, hormis durant ses périodes d’introspection, ou d’écoute attentive, il ne tient pas en place. L’âge, peut-être ? Il est encore jeune – six ans et quatre cycles, même s’il en paraît facilement trois de plus. Son caractère également ? Ou ses origines ?…

Soudain, il a une idée…

« Œil-de-Feu… Est-ce que tes pouvoirs de chaman pourraient permettre… »

« Oui ? Vas-y. »

« De… de retrouver ma mère ? Ania. Je n’y avais pas pensé avant, mais… ça vaut peut-être le coup d’essayer ?… »

« C’est une brillante idée, Phoebos. Mais ce n’est pas si simple. Je konnais bien des rituels, ki permettent de dialoguer avek les âmes des disparus. Et d’autres, pour kommuniker à distance avek mes pairs chamans. Dans tous les kas, je dois avoir une idée précise de la personne ke je désire kontakter. Chercher une âme au hasard, à la surface de Tenebrae, c’est komme chercher une goutte d’eau dans l’océan d’Abysséos. Et même viser une zone partikulière, komme Abjektalia, revient à chercher dans une mer agitée. Mais pour toi, je veux bien essayer. »

« Oui. S’il-te-plait. »

« Attention, petit Phoebos. Tu dois être bien konscient des implikations. Si je m’apercevais k’Ania… n’était plus de ce monde ? »

« Alors, je pourrais pleurer. Mais je sais qu’elle est encore en vie. Je veux en être sûr, c’est tout. »

« Très bien. Pour faciliter ma tâche, disposerais-tu d’un objet qui lui appartenant ? Ou qu’elle aurait pu marquer de son empreinte émotionnelle ? »

Phoebos réfléchit. Puis silencieusement, il retire de son cou, parmi ses autres pendentifs, un collier de petits coquillages nacrés. Des souvenirs lui remontent à l’esprit, de ses jeux dans la Lande avec Kharn. De ces coquillages brillants, ramassés au milieu des rochers, collectés comme un trésor. De la patience avec laquelle Ania les assemblait sur un fil, tressé de ses propres cheveux noirs et parfumés. Une bouffée de nostalgie l’envahit. Oui, ce collier fera l’affaire. Gardant le silence, il le tend au chaman.

« Bien, merci. Maintenant, je dois me concentrer. »

Œil-de-Feu farfouille dans son sac, à la recherche d’ingrédients pour son rituel chamanique. Les bâtonnets d’encens se consument toujours, entre le feu et lui. Il sort un nouveau sachet de plantes séchées, qu’il mélange au tabac pour bourrer sa pipe. Les orks, penchés sur leur équipement, relèvent la tête en sentant le parfum caractéristique de la beuze chamanique. Adossé au pilier, les yeux fermés, Œil-de-Feu se concentre sur le collier placé dans sa main droite. Régulièrement, il tire une bouffée de sa pipe, qu’il tient de la main gauche. Progressivement, pratiques respiratoires et plantes psychoactives lui permettent d’accéder à un nouvel état de conscience.

Alors son esprit s’étend hors de son corps, voyageant de ce plan matériel d’existence vers le monde-autre, le plan astral. Ses mains s’élèvent et dansent dans les airs, telles les griffes de Mantiss, son esprit-totem. Sur son visage paisible, seules ses lèvres sont mues par son chant murmuré. En revanche, son corps est parfois agité de soubresauts, qui lui font heurter le pilier dans son dos. Sur sa poitrine, le joyau pulse lentement d’une douce lueur écarlate. Phoebos observe avec une grande attention ses expressions corporelles, ses tremblements, qui ne sont pourtant que les manifestations extérieures de sa transe. Car surtout, son état psychique dessine une mosaïque de couleur sur le plan mental, qui émerveille l’Enfant.

Quelques minutes plus tard, le chaman quitte sa transe et rouvre les yeux. Le temps de reprendre tout à fait pied dans ce monde, le chaman prend la parole :

« Phoebos… J’ai une bonne nouvelle, et une mauvaise nouvelle. »

Celui-ci ne dit rien, suspendu à ses lèvres.

« La bonne nouvelle, c’est ke l’âme d’Ania ne marche pas sur les chemins des morts. J’ai eu beau la chercher, elle ne s’y trouvait pas. Mais la mauvaise nouvelle, c’est que je ne l’ai pas trouvée non plus dans le monde des vivants. »

« Ma… »

« Attends ! Laisse-moi terminer. Le monde est vaste, et mes pouvoirs ne sont pas illimités. Cela ne signifie pas qu’elle ne se trouve pas quelque part. Juste que je ne l’ai pas trouvée. »

Le chaman se garde bien de mentionner que certaines âmes ne reposent jamais en paix, au royaume des morts. Celles qui sont dévorées par les démons, par exemple, sont perdues à jamais.

Phoebos est déçu. Mais il n’avait pas placé trop d’espoir dans cette tentative, et se ressaisit vite. La flamme de l’espoir brûle toujours en lui, plus vive que jamais, et sa résolution grandit.

« S’il te plait, apprends-moi la magie. » demande-t-il soudain

Œil-de-Feu réfléchit un instant. Mais l’Enfant lui a demandé avec une telle force, et une telle candeur, qu’il ne peut résister bien longtemps…

« Très bien. Je vais t’apprendre. Mais ne sois pas trop… gourmand. Komme le dit l’expression, Orkalia ne s’est pas faite en une nuit. Kommençons par un exercice simple. »

« D’accord. »

« Ferme les yeux. Respire plus lentement. Koncentre-toi sur mes paroles, et surtout, sur le Mana. Essaie de sentir l’énergie qui souffle en toi, et autour de toi. »

L’Enfant s’exécute aussitôt, sous le charme. Au début il a du mal à calmer son enthousiasme et ses pensées virevoltantes, mais il s’apaise progressivement lorsque le chaman effleure délicatement la surface de son esprit. Il se relaxe, et écoute la mélodie basse et profonde qu’Œil-de-Feu chantonne tranquillement. Bientôt Souffle-Dragon l’accompagne à l’aide de ce qui semble être une variante exotique d’instrument à vent – son okarina.

Phoebos se laisse bercer par la musique, et les battements de son cœur qui résonnent dans tout son être. Et il voit l’énergie qui brûle en lui, d’abord très ténue puis de plus en plus nette. Celle-ci lui parait essentiellement bleue, mêlée de volutes noires, sang et or. Elle bouillonne et s’écoule de son cœur à travers tout son corps – alimentant son crâne de manière privilégiée. Il est stupéfait, c’est la première fois qu’il prend conscience de la présence du souffle d’énergie en lui, son Ki. Il profite de l’instant, s’abandonnant à la douce sensation née de cette expérience unique.

Œil-de-Feu fait signe au reste de l’assistance de reculer de quelques pas, puis il interrompt son chant. Sa voix s’élève à nouveau, baignée par les notes de l’okarina.

« Maintenant, ékoute moi bien, les yeux toujours fermés. Komme je te l’ai dit, on va kommencer par kelke chose de simple. Ouvre l’une de tes mains. Là, doucement. Fais apparaître une petite flamme, komme tu m’as dit l’avoir appris de ton Grand-Père. »

Phoebos ouvre doucement sa main gauche, posée sur son genou, et une flammèche dansante s’y matérialise bientôt. Il voit l’énergie s’écouler dans son bras, puis sa main, et au creux de sa paume, prendre la forme imprimée à la surface de son esprit. Cette fois le feu qu’il a créé ne dégage aucune fumée, mais éclaire et chauffe sa main de manière agréable.

« Très bien. Tu sens le souffle, et tu parviens à le kanaliser et le pétrir à ta guise. Essaie avec l’autre main… Oui, là, c’est bien. Maintenant, je veux ke tu en laisse échapper un peu plus, doucement. Tu dois garder le kontrôle, c’est important. N’aie pas peur, je veux juste voir jusk’où tu peux aller. Je suis là. »

Les flammèches grandissent peu à peu, très lentement, et l’Enfant sent le débit d’énergie grandir avec elles. Les battements de son cœur accélèrent légèrement, de même que les pulsations de bien-être dans sa tête. Il se laisse griser par cette énergie qui s’échappe de lui, paisiblement. En quelques minutes, les flammes jumelles ont atteint une taille respectable, dépassé la hauteur de sa tête, et continuent de monter en direction du haut plafond. Leurs bases et leurs diamètres s’élargissent du même coup, jusqu’à ce que les deux flammes se rejoignent en une seule, toujours plus imposante. Phoebos esquisse un sourire lorsqu’il sent la chaleur caresser son visage, tout proche maintenant, et tend inconsciemment les bras plus en avant. Mais surtout, il se sent terriblement bien. Son cœur bat si vite… Son souffle s’accélère.

Toute l’assistance est sciée. Kharn et Garulo, totalement immobiles, ont le regard plongé dans le brasier grandissant. Pour les orks, essuyant la transpiration qui coule sur leur front, un gosse de cette taille et cet âge peut difficilement être capable d’une telle prouesse. Mais ils ont déjà vu des choses tellement incroyables, combattu des démons, et d’autres créatures que l’esprit des mortels ne pouvait concevoir. Ils connaissent les surprises que peut réserver Tenebrae, pour le meilleur et pour le pire. Œil-de-Feu sourit tandis que la flamme impressionnante commence à lécher le plafond, à quatre mètres de hauteur. Il surveille Phoebos, qui semble maintenir le flux d’énergie, et garder le contrôle sans grande difficulté. C’est fascinant.

« Phoebos. Tu peux arrêter maintenant. »

Mais l’Enfant n’entend pas, totalement en transe. Le chaman fait signe à ses compagnons de reculer encore, et se décale légèrement pour se placer juste à sa gauche, tout près de lui. Il lui murmure quelques paroles à l’oreille, afin de tenter de le sortir sans heurt de son songe.

 

Je flotte. Vide. Tenebrae. Souffle de Vie. Stormanea.

Je vois la couronne de métal argenté, irradiant de mille feux. Des vagues d’énergie crépitent autour d’elle, dansent et caressent l’espace.

Elle est posée sur le front d’un cadavre à la peau fripée et aux yeux vides. C’est celui d’un puissant guerrier ork. Il est assis sur un trône taillé dans la pierre, au fond d’une caverne. D’innombrables griffes de pierre noire descendent du plafond ou montent du sol. La caverne est illuminée par d’immenses cierges maléfiques. Des silhouettes sont agenouillées aux pieds des cierges, entre les griffes de pierre. Leur chant guttural envahit l’air tandis qu’elles lèvent les bras et direction du puissant artefact.

Stormanea lutte pour repousser l’énergie spectrale qui tente de l’engloutir. Je me tiens devant elle, comme un spectateur invisible de la scène. Je sens qu’elle m’appelle. Elle pleure. Elle souffre.

Je la prends et la pose sur mon front. Une immense vague d’énergie me balaie, et recouvre tout.

 

Œil-de-Feu murmure toujours à l’oreille de Phoebos, lorsque celui-ci est agité d’un violent spasme et perd conscience. La flamme s’éteint tandis qu’il s’effondre en arrière dans les bras du chaman. Un sourire illumine son merveilleux visage.

Plus tard, à nouveau conscient. Tous les compagnons sont attroupés près de lui, et accueillent son éveil avec soulagement. Le chaman lui tient la main.

« Phoebos. Tout va bien maintenant. »

« Je l’ai vue. »

« Koi ? »

« Je l’ai vue. Stormanea. »

Les chasseurs de reliques retiennent leur souffle, en attente de détails supplémentaires.

« Dans une profonde caverne, dont l’atmosphère suintait la mort. En haut d’un sombre escalier de pierre, j’ai vu un trône. Et sur ce trône, un guerrier en armure. Défunt, mais toujours fier. Sur ses genoux, une large épée. Et sur son front, Stormanea. »

« Ce ne peut être ke notre roi… Harukh Torg. Et ke s’est-il passé ? »

« Il restait impassible dans la mort, tandis que la couronne luttait contre le mal omniprésent qui tentait de les dévorer. J’ai vu des choses, semblables à des hommes. Mais leur chair était flétrie à l’extrême, et leurs yeux fous emplis d’une haine morbide. Ils ne me voyaient pas, mais psalmodiaient des incantations dans une langue inconnue, horrible. »

Phoebos marque une hésitation, incertain de la manière dont raconter la suite.

« N’aie pas peur. Vas-y, kontinue… »

« Et… Stormanea résistait, dans la douleur… Elle m’appelait, je crois. Nous devons la retrouver ! »

« Kalme toi. Il faut prendre le temps de réfléchir au sens de cette vision. Passé, présent, futur… Mais avant tout, je dois te dire à kel point je suis impressionné. Par cette affinité… partikulière ke tu possède avec le souffle de vie, et le Mana. Il est possible ke… k’alors ke celui-ci brûlait en toi, la force de ton âme t’aie guidée jusk’à Stormanea. Peut-être sera-t-il possible de rekréer ce lien… Mais pour l’instant, repose-toi un peu avant ke nous ne reprenions la route. Dors, mon Enfant. »

Phoebos ferme les yeux. Il rêve d’Ania, puis de Stormanea.

 

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