XXIII – La maîtrise des Arcanes et du Ki

XXIII – La maîtrise des Arcanes et du Ki

 

Kharn et Garulo ressentent maintenant les effets des perles de Gyromitras avec plus d’intensité. Ils sont pris d’un fou rire démentiel. De la bave coule à la commissure de leurs lèvres. Les orks les maintiennent plaqués contre le sol de la caverne, aussi fermement que possible sans les blesser. Œil-de-Feu a tiré plusieurs herbes et onguents de son paquetage, et s’efforce d’apaiser les esprits drogués des deux enfants. Phoebos est affolé, il s’en veut d’avoir gardé toute son attention sur le combat, et n’avoir pu empêcher cette bêtise. Souffle-Dragon également, toute absorbée qu’elle était par la découverte du carnet de notes. Les Limax ont repris leurs couinements désagréables en fond sonore de la scène.

Malgré tous les efforts du chaman, les enfants sont pris de spasmes violents, le sang et le cerveau saturés par l’importante quantité de perles qu’ils ont ingérés, sous une impulsion de curiorité bien malheureuse. Poing-Tonnerre et Aigle-Tempête sont penchés sur Kharn, dont la force incontrôlable est la plus dangereuse. Ours-Agile et Souffle-Dragon tiennent Garulo, l’empêchant de battre l’air avec ses griffes. Le petit singeloup hurle comme un possédé, supportant moins bien l’intensité des effets de la substance. Ses yeux se révulsent, et il manque avaler sa langue. Œil-de-Feu l’en empêche, et s’efforce de ralentir son cœur, tout prêt à exploser.

« Je n’y arrive pas ! Phoebos, aide-moi ! »

Phoebos ajoute son énergie de guérison à celle du chaman, mais cela ne suffit pas. Tentant le tout pour le tout, il tire une graine magique de son sac, et la place entre les lèvres de Garulo. Avec l’aide du chaman il parvient à la lui faire avaler, et au bout de quelques instants le petit singeloup retrouve son calme, hébété mais hors de danger.

Mais la crise de Kharn atteint son paroxysme, et il faut bien toute la force du maître berzerk pour l’empêcher de déchaîner sa frénésie. pose les mains sur ses tempes, maintenant au mieux sa tête vociférante. Après plusieurs tentatives infructueuses, manquant se faire mordre, Phoebos lui fait gober à son tour une graine du Grand Arbre. Les effets se font rapidement sentir chez l’enfant, ses spasmes musculaires et ses battements de cœur ralentissent. Son corps est sauf, mais pour sauver son esprit le chaman continue son imposition des mains, et purge le Ki qui circule en Kharn. Peu à peu l’enfant s’apaise, et ses traits se détendent complètement.

Bientôt les deux imprudents dorment d’un lourd sommeil, toute menace de crise écartée. Phoebos se tient à leur chevet. Le chaman a fait taire les mollusques bruyants d’un sort de silence, et ramasse les perles toujours répandues à terre dans le tunnel. Puis il s’empresse de ranger le sac dans son bagage, non loin du carnet de note.

Œil-de-Feu et Aigle-Tempête inspectent les objects éclectiques trouvés dans la cavité murale, dernières preuves des expériences du dénommé Daïus Holthar, du Ministère de la Recherche des Mages Noirs. Ils trouvent une télécommande, destinée à contrôler la sphère lumineuse dans la caverne, la caméra de télésurveillance désormais détruite, et d’autres fonctions qu’ils n’ont pas le temps d’étudier. Une malette d’instruments médicaux, et d’instruments de torture. Des éprouvettes remplis de produits chimiques. Un pistolet à flechette. Un talisman orné d’une gemme sombre, et frappé du sceau d’Abjectalia : le Crâne Cornu Rieur. Une balise de localisation, magique et électronique. Œil-de-Feu et Aigle-Tempête font le nécessaire pour la désactiver. Le tekno fourre les objets dans son sac, pour les inspecter plus tard. Avec sa magie, le chaman pourra mener une analyse psychométrique pour en apprendre plus sur Daïus Holthar et ses motivations.

 

Les compagnons quittent la grotte du géant fou. Ils marchent plusieurs heures, mis à profit pour se remettre de leurs émotions. Enfin ils marquent la pause de fin de nuitée, et installent leur campement. Les orks astiquent leur attirail, comme à leur habitude. Le maître berzerk frotte la bosse impressionnante qui orne encore son crâne, mauvais souvenir du géant, à l’aide d’une pommade curative élaborée par le chaman. Souffle-Dragon, se sentant toujours un peu coupable, veille sur les deux enfants convalescents. Phoebos est soulagé maintenant que son frère et leur compère poilu sont hors de danger. Ses pensées reviennent à ses considérations habituelles. L’apprentissage du pouvoir, entre autre.

« Dis Œil-de-Feu, comment as-tu fait pour calmer Kharn, après qu’il ait pris la graine ? Juste avec tes mains… J’arrive à soulever des pierres, contrôler le feu, guérir les blessures mêmes. Mais je ne fais jamais qu’agir sur la matière visible, sur des choses que l’on peut voir et toucher… C’est facile… J’aimerai pouvoir aller plus loin, maintenant ! »

« Hum… » le chaman cherche ses mots, tout en allumant sa pipe. « En premier lieu, ne sous-estime pas tes capacités, Phoebos. C’est déjà un exploit de pouvoir manipuler les forces magiques comme tu le fais. Même la matière. Pour l’immatériel, c’est une autre paire de manche. Tu dois prendre le temps d’explorer l’immensité de ton esprit, pour mieux le contrôler, l’affûter, l’affiner… Apprendre à distinguer les innombrables flux d’énergie qui baignent les êtres, et le monde qui nous entoure. Alors seulement – et pas avant – seras-tu capable de maîtriser la quintessence des arcanes magiques. Mais je pense que tu es encore un peu jeune, même si tu es extrêmement doué. Surtout, il te manque encore un élément essentiel : la sagesse. Cela viendra avec le temps, ne sois pas déçu. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre. »

« Ne t’en fais pas, je comprends. J’apprendrai la patience… Mais j’aimerai tant pouvoir créer un bouclier comme le tien ! Pour vous protéger tous ! » reprend l’Enfant avec un enthousiasme débordant.

Œil-de-Feu, assis prêt du feu et des gamins convalescents, sourit chaleureusement à son jeune élève.

« Le Ki, Phoebos, le Ki. Le mana, l’aether, l’énergie magique, l’énergie spirituelle, peu importe comment on l’appelle. Là est la clé. Tu dois pouvoir le modeler à ta convenance, par la force de ton esprit. Tu dois penser très fort à la forme que tu veux lui donner, la visualiser même, et tisser la trame du Ki dans ce but. »

Le chaman fouille dans son sac, pendant que ses mots s’impriment dans l’esprit de son disciple. Avec le plus grand soin, il en sort un ouvrage épais et ancien. Il le caresse avec émotion, puis le tend à l’Enfant.

« Tiens… Jette un œil à ce grimoire. »

Dans un premier temps, Phoebos n’ose poser les mains sur cet antique recueil de connaissances, qui pulse paisiblement d’énergie à l’état pur. Mais il l’accepte finalement, avec une délicatesse exagérée mais sincère. Des souvenirs remontent à la surface de son esprit, des lectures qu’il faisait auprès de Grand-Père, au coin de l’âtre, dans la hutte patriarcale. Pour la première fois, une telle pensée fait naître l’ombre d’un sourire en bordure de ses lèvres, plutôt que de couvrir son cœur d’un voile de tristesse. Il se souvient de l’Ancien, qui refusait de le laisser manipuler seul un tel ouvrage. Et maintenant il comprend mieux pourquoi. Trop de puissance pour un si jeune enfant… Il repense à tous ces livres qui sont partis en fumée, cette nuit maudite où la Tribu a été anéantie…

« Je le tiens de mon maître, Bison Argenté. Et je n’ai cessé de l’enrichir avec le temps, afin de parfaire mes sortilèges et mon art. Des notes, des idées, des visions, des mots de pouvoir, des réflexions sur le monde… Des poèmes même, lorsque les muses daignaient me visiter… Pour tout initié aux arts magiques, un tel grimoire est un élément indispensable, tellement précieux. »

Phoebos caresse la couverture de cuir, en évitant de toucher les enluminures sang et or. Puis il parcourt les premières pages, découvrant le serment du chaman, les premières annotations inscrites par Bison Argenté, et les règles sacrées édictées par le Conseil. Oubliant tout autre chose alentour, il s’assied près du feu, à côté de son mentor, et de ses amis. Œil-de-Feu le guide jusqu’à la page dévoilant les secrets du bouclier de protection.

« Regarde les mots, les symboles, et essaie de comprendre leur signification. Je les ai retravaillés jusqu’à arriver à la combinaison qui me paraissait la plus appropriée. Une partie de ma force vitale, de mon Ki, imprègne ces lignes, et ces feuillets jaunis par le temps. C’est ce qui leur donne une grande partie de leur pouvoir. En les lisant, tu pourras y trouver une partie de tes réponses. Mais malgré tout tu devras trouver tes propres mots, suivre ta propre voie pour parvenir au bon résultat. Regarde, et apprends… »

Les deux initiés passent un long moment plongés dans le grimoire.

Parfois le cliquetis des armes et des armures leur rappelle la présence du reste de la troupe. Puis les orks se lancent dans la préparation du repas. Poing-Tonnerre peste contre cette « salop’rie d’géant d’pierre », qui n’était même pas comestible… Ses limaces auraient pu faire pour l’apéro, mais ils n’en ont pas pris. Le berzerk s’éloigne un peu pour dénicher quelque chose de plus consistant. Aigle-Tempête s’est lancé dans la préparation d’une poêlée de champignons, en assez grande quantité pour eux tous. Souffle-Dragon s’amuse comme une folle avec un jouet électronique, une “Gam’Boyz”, que lui a prêté le tekno. Ours-Agile est penché sur son épaule, et se marre avec elle, lui balançant de grandes tapes dans le dos lorsqu’elle gagne ou perd.

«Satané boss de fin d’niveau… Vas-y fé lui la fesse ! » l’encourage le berzerk.

« Et eux… Tu ne leur apprends pas la magie? » murmure l’Enfant au chaman.

« Très bonne question, mon jeune élève. Comme tu le sais, sur proposition du Conseil, les orks survivants à la guerre ont abandonné leurs noms pour suivre la voie du chaman. Afin de perpétrer nos traditions, notre sagesse, pour que brille encore une étincelle d’espoir… Mais j’ai tout essayé, et ces quatre là ne sont pas doués pour la magie… Chakun son truk, comme on dit chez nous. »

« Même avec des parchemins ? »

« Hmm, tu apprends vite. Non, même en lisant un parchemin, qui contient pourtant toutes les indications nécessaires, ils ne parviennent pas à modeler correctement les courants magiques qui nous entoure, et l’énergie du Ki en eux. En revanche, l’Ordre Berzerk a développé depuis longtemps des techniques très intéressantes pour utiliser cette énergie au combat. Mais patience, nous n’en sommes pas encore là… »

Le maître chaman sort un nouvel objet de son sac à malice, une étoile dorée sertie d’une pierre blanche étincelante. Œil-de-Feu passe une main devant la pierre, augmentant l’intensité de son éclat. Phoebos se masque les yeux pour ne pas être aveuglé.

« Oh pardon, c’est un peu fort. Ceci est un Talisman de Lumière. »

Œil-de-Feu passe la main devant la pierre, et celle-ci retrouve une intensité supportable.

« Comme pour un parchemin, la personne qui a créé ce Talisman y a enfermé une partie de son énergie, en lui donnant une forme particulière. Mais l’élaboration d’un tel objet est beaucoup plus complexe que l’écriture d’un parchemin, et la difficulté augmente avec la puissance de l’objet. Cette méthode peut aussi être utilisée pour créer une arme, tel le Tranchoir de Poing-Tonnerre, ou bien son armure. »

Œil-de-Feu repose le Talisman, tire une bouffée de sa pipe, puis reprend sa leçon.

« Regarde ma main. Chaque anneau renferme un pouvoir particulier, que j’ai appris à connaître pour bien le maîtriser. Regarde ce pendentif à mon cou, qui m’a été remis lors de mon accession au titre de maître chaman. Regarde le joyau du Feu Ardent qui y est enchâssé. Regarde mon bâton, et ses runes sacrées… Les objets enchantés acquièrent une énergie propre, qu’il est nécessaire de stimuler, et de contrôler pour en faire bon usage. »

« Waaaa… C’est fantastique… »

« Oui, mon jeune ami. Mais revenons au Talisman de Lumière. Il a été créé par Blanche-Marmotte, alors qu’elle était une toute jeune apprentie, déjà très douée. Son pouvoir est de concentrer la lumière, pour la rediffuser de manière amplifiée. Tiens, essaie. Approche-le du feu, vois comme il rayonne. Pas trop près, attention. Maintenant, tiens le bien au creux de tes mains, et concentre-toi. Essaie d’utiliser ton Ki pour contrôler la lumière. »

L’Enfant referme ses mains pâles sur le Talisman. Il tient l’étoile de métal doré d’une main, et plonge la pierre blanche dans l’obscurité de l’autre main. Puis il ferme les yeux, et contrôle le flux d’énergie qui s’écoule par ses paumes, comme lors de l’expérience de la flamme magique. Cette énergie pénètre lentement dans la pierre, qui ne tarde pas à se gonfler de magie, et irradier de lumière à travers ses doigts.

« Génial, ça marche ! Ouch, la pierre chauffe et devient brûlante ! C’est tellement facile, incroyable ! »

« Oui… C’est tout l’intérêt des artefacts magiques. Ce sont de puissants catalyseurs, qui permettent de modeler le Ki avec un moindre effort. Tu comprends leur importance. Ils peuvent faire toute la différence lors d’un combat, d’une bataille. Ou dans d’innombrables autres situations, selon le pouvoir qui leur a été donné. »

Œil-de-Feu tire une nouvelle bouffée de sa pipe, et esquisse un sourire triste.

« Je te confie ce Talisman, Phoebos. Prends en grand soin, et entraîne toi sans relâche à maîtriser tous ses pouvoirs. »

« Œil-de-Feu, merci… Encore un cadeau… Tu es beaucoup trop généreux avec moi. »

« Ne te méprend pas, Phoebos. Si je te fais ces cadeaux, c’est que cela m’emplit de joie. Je désespérais de trouver un apprenti auquel je pourrais transmettre mon savoir. Notre rencontre est un signe du destin, alors daigne accepter ce modeste présent. Car il était écrit qu’il en serait ainsi. »

« Merci, mille fois merci… Mais… si nous ne nous étions jamais rencontrés ? C’est le Talisman de Marmotte, tu dois beaucoup y tenir ? »

« Oh oui, c’est certain. Mais je souhaite encore plus ardemment que ce Talisman de Lumière te revienne. Et je suis certain que Marmotte aurait désiré la même chose. Ainsi elle continuera de vivre en toi, en quelque sorte. Mets-le précieusement de côté pour l’instant, et passons à la suite de notre leçon. Si les arcanes magiques sont un élément essentiel de notre Art, il existe également d’autres façons d’utiliser le Ki. Par exemple tout à l’heure, lorsque tu t’es concentré pour donner plus de force à ta flèche, tirée contre le géant. A l’inverse, si tu avais été la cible, tu aurais pu essayer de dévier cette flèche. L’énergie qui nous entoure peut être canalisée et modelée pour agir sur l’univers matériel. »

« Je vois ce que tu veux dire. J’ai fait ça sans y penser, par pur instinct… »

« Et je t’en félicite. C’est comme ça que ça doit marcher. Un guerrier par exemple, avec l’expérience, devient capable de sentir l’énergie vitale qui circule dans tout son corps. Avec de l’entraînement, il devient capable de ralentir ou d’accélérer l’écoulement de cette énergie. Economiser ses forces. Ou déchaîner sa fureur. »

« C’est ce qu’a fait Poing-Tonnerre contre le géant ? »

« Oui, exactement. »

« HOLA lé potos, on parle de moi ? Bougé vous d’finir vot’ papote, on va bientôt passé à la tambouille. Maté un peu c’ke jé chopé ! »

Le berzerk brandit par la queue une espèce d’énorme raton, gigotant avec frénésie. La bestiole se contorsionne et essaie de mordre celui qui le maltraite ainsi. Mais Poing-Tonnerre ne se laisse pas faire, et d’un revers parfaitement maîtrisé, lui explose la tête contre une stalagmite dépassant du sol.

« Ayé la bestiole est r’froidie, nous f’ra plus chier. Tiens Aigle-Tempête, mézy à kuire avek lé champis. Lé bien grasse, miam miam. En fait jé complèt’ment trop la dalle… Souffle-Dragon, tu voudré pas y foutre un koup d’rôtissoire lance-flam’ pour gagner du temps ? Komment ça cé pô fait pour ça ? Mouais, bon d’accord… »

Poing-Tonnerre se retourne vers Œil-de-Feu et Phoebos.

« Vous disié koi de bô ? »

« Hum, je lui expliquais les possibilités d’utilisation du Ki. Et on allait justement parler des techniques de l’Ordre Berzerk. Ecoute Phoebos, le principe est assez simple : concentrer le Ki dans une partie de ton corps, ce qui te donne une force ou une résistance supérieure, phénoménale. Hey boss, tu peux nous faire une petite démonstration ? Avec un caillou pour commencer ? »

« Waaa, trop fastoch’ !… Regard’zy bien, ça va allé très vite. »

Le colosse ramasse une pierre, plus grosse que la tête de Phoebos, mais qui dépasse à peine de son énorme main. Il la montre à l’assemblée, comme un prestidigitateur voulant prouver que son tour est réalisé sans aucun trucage.

« Maté ça. Là y’a une pierre. »

Il referme la main et le rocher est immédiatement pulvérisé en une poudre grisâtre, qui s’écoule à terre lorsqu’il écarte ses doigts.

« Et là y’a pu d’pierre ! »

« Mouais… Cé trop facile boss, t’as pris une kaillasse tout’ molle ! J’fé pareil ! »

Ours-Agile ramasse un caillou à sa taille et le broie tout aussi facilement. Les autres Orks esquissent un sourire, habitués à ce genre de défis entre les deux berzerks.

« P’tit kon va, hé ça tu peux l’faire ? »

Poing-Tonnerre s’approche d’une énorme stalagmite, et l’enlace de ses bras démesurément musclés. L’instant d’après, la pointe de pierre éclate en une infinité de cailloux de petite taille. Ne voulant pas en rester là, Ours-Agile s’empresse de faire de même. Il force comme un possédé sur une grosse stalagmite, jusqu’à ce que ses veines saillent sur ses tempes, ses biceps. Finalement la stalagmite se fissure et tombe en petits morceaux. Phoebos se lève et essaie à son tour, mais ne parvient pas à diriger une énergie suffisante vers ses muscles pour détruire le rocher.

« ET ÇA, VOUS POUVEZ L’FAIRE !? »

Le maître berzerk, soucieux de prouver qu’il est vraiment le plus fort, fait péter un énorme coup de poing dans un mur de la caverne. L’impact fait littéralement éclater la paroi, creusant un profond cratère circulaire qui s’étend du sol au plafond. Mais le choc se propage, et la caverne se met à trembler. Des morceaux de roches tombent vers le sol, risquant de blesser les compagnons.

D’instinct, Phoebos s’élance vers Kharn et Garulo. De toutes les forces de son esprit, il parvient à stopper la chute des pierres meurtrières juste au dessus d’eux. Œil-de-Feu également a été prompt à réagir, créant un bouclier magique de dimensions plus importantes. Seul Poing-Tonnerre n’a pas jugé utile de se mettre à couvert, car il n’a pas besoin d’une telle protection. Il se déplace légèrement, la tête levée vers le plafond, et lorsqu’un rocher tombe vers lui, il le pulvérise d’un coup de boule d’une grande puissance. Du sang s’écoule par une légère entaille au dessus de son sourcil gauche, mais il sourit au reste du groupe et salue pataudement, ravi de sa prestation…

Le maître chaman laisse éclater sa colère. Son accent ork le plus primitif reprend alors le dessus :

« MÉ CÉ PÔ VRÉ ! Ah ça cé sûr, cé toi l’plus fort, mé T’AS VRÉMENT UN P’TIT POIS DANS LA TÊTE ! Le plus fort pour faire nimp’ ouais ! Kelk’un aurait pu êt’ blessé ! Lé zenfants sont pô aussi kostos k’toi ! »

« …Ah ouais, merde… Chui désolé !… » laisse échapper un Poing-Tonnerre un peu penaud.

« Putain boss tu krains du boudin !… T’as dékonné, tu m’as fé perdre ma partie d’Gam’ Boyz ! »

« GRRR… »

« Nan putain tap’ pô la tête, tap’ pô la tête !… »

 

La nuit suivante, les compagnons reprennent leur marche dans les profondeurs de Nahang’Hog. Kharn et Garulo ont repris connaissance, mais restent silencieux, comme s’ils avaient une sale gueule de bois.

Aigle-Tempête s’approche de Phoebos.

« Hey gamin, cé trop kool c’ke l’chaman t’as appris. Etre un chaman, c’est vrément la klasse. Mais putain sans dek’ faut faire ‘achment gaffe… La magie ça fé pas tout… »

« Oui, c’est sûr. »

« J’avé un frère k’été chaman, et ben maint’nant ilé raide mort, six pieds sous terre… Pendant la dernière guerre kontre Abjektalia d’mes deux, il sé pris un putain d’missile. Eh beh j’peux t’dire ke bouklier d’énergie ou pô, on l’a r’trouvé éparpillé en p’tits morceaux façon puzzle… Cété franch’ment moche à voir, j’te l’garantis. »

« …Désolé… »

« Non, t’en fais pô mek. L’a buté paket d’ogres et d’géants avant d’krever. Ilé mort en héros. Cé pas l’blème. C’ke j’voulé t’dire, cé d’faire ‘achment gaffe aux flingues, et toutes lé zarmes de teknologie. Paske ça pardonne pô. Sauf si té kapable d’arrêté les balles, les lasers, les missiles… Mais là, ça veut dire k’t’es déjà un putain d’balèze… »

Le tekno lui montre son énorme flingue en acier chromé. Phoebos a déjà été témoin des dégâts qu’était capable de produire une telle arme.

« Tu peux avoir la hache la plus maouss’, ou plein d’pouvoirs… Mé kontre ça, j’en konnais pô des masses ki font les marioles… Bam ! Une putain d’balle bien kallée dans la tronche, et tu t’retrouves fissa à faire la papote avek les pissenlits et les vers de terre. »

Œil-de-Feu observe la discussion du coin de l’œil, tout en marchant en appui sur son bâton. Il tortille sa barbichette de plus en plus fournie, de plus en plus blanche également… Mantisss est partie en éclaireur, tandis qu’un essaim de lucioles voltige autour d’eux. La troupe avance à bons pas, de plus en plus proche de son but.

Après sa discussion avec Aigle-Tempête, l’Enfant semble méditer aux enseignements de la nuitée dernière. De la main droite, il tient fermement sa lance tribale. L’autre main est serrée sur le Talisman de Lumière, qui pulse par intermittence. Sans relâche, Phoebos s’entraîne à maîtriser son pouvoir, et il semble y parvenir à merveille. En s’approchant un peu, la chaleur qui se dégage de l’objet est presque perceptible, et le rayonnement de lumière parfaitement maîtrisé. Même lorsque l’Enfant paraît songer à autre chose, parle à son frère, ou bien avec un autre membre de la compagnie, sa concentration reste exemplaire… Il n’a pas perdu de temps.

L’élève n’est pas un vase que l’on remplit mais un feu qu’on allume.

Je me souviens de cette phrase, que répétaient sans cesse mes maîtres lorsque j’étais encore un jeune apprenti. C’est tellement vrai, je m’en rends bien compte à présent. Quant à Phoebos, c’est un véritable brasier, qui brûle avec une telle ardeur…

 

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